La réglementation thermique française est passée de la RT 2012 (en vigueur sur les anciens projets) à la RE 2020 (obligatoire pour toute construction neuve déposée depuis le 1er janvier 2022). Elle s’accompagne d’un dispositif fiscal et d’aides massif (MaPrimeRénov, CEE, éco-PTZ, TVA réduite) et d’une obligation de DPE (Diagnostic de Performance Énergétique) qui interdit progressivement la location des passoires thermiques. Voici la cartographie 2026 des normes thermiques, des seuils de performance et des aides à la rénovation énergétique.

Ce panorama pose les repères. Pour chaque norme, équipement ou aide, vous trouverez un article spécialisé qui détaille les seuils, les procédures et les conditions d’éligibilité.


1. RE 2020 et RT 2012 : deux régimes pour deux situations

La réglementation thermique française distingue construction neuve et bâtiment existant :

  • RE 2020 (Réglementation Environnementale 2020) : obligatoire pour toute construction neuve déposée depuis le 1er janvier 2022. Trois piliers : performance énergétique (Bbio, Cep), confort d’été, et impact carbone sur le cycle de vie (analyse ACV).

  • RT 2012 : applicable aux extensions et rénovations majeures de bâtiments existants. Plus simple (Bbio + Cep + Tic), sans volet carbone.

  • Bâtiment existant : aucune obligation de performance pour rénovation classique, mais DPE obligatoire pour vente ou location.

Évolutions 2026 : – 1er mai 2026 : la RE 2020 s’étend à la quasi-totalité de la construction neuve (notamment RE2020 tertiaire décret 2026-16). – 1er janvier 2026 : intégration de 10 nouvelles typologies de bâtiments tertiaires. – DPE : interdiction progressive des passoires thermiques en location (calendrier détaillé section 4).

→ Détail : étude thermique : obligation, contenu, tarifs, sanctions non-conformité RE 2020.


2. Performance thermique : Bbio, Cep, Cmax — les indicateurs

Trois indicateurs réglementaires mesurent la performance énergétique d’un bâtiment :

  • Bbio (Besoin bioclimatique) : évalue le besoin énergétique du bâti avant tout équipement (chauffage, climatisation, éclairage). Mesure l’efficacité passive : isolation, orientation, surface vitrée, inertie. Plus le Bbio est bas, plus le bâti est performant.

  • Cep (Coefficient d’énergie primaire) : consommation conventionnelle d’énergie primaire en kWh/m²/an pour 5 usages (chauffage, ECS, refroidissement, ventilation, auxiliaires + éclairage en RE2020 et déclaration préalable (extension <50m²)). Limité à un Cmax (plafond) variable selon zone climatique et altitude.

  • Cmax : plafond du Cep. Varie selon la zone climatique (H1, H2, H3), l’altitude et le type de logement. Diminue progressivement avec la RE 2020 (-30 % par rapport à la RT 2012).

À cela s’ajoutent en RE 2020 : – Ic (Impact carbone construction) : émissions liées aux matériaux et à la construction. – Ic énergie : émissions liées à l’énergie consommée pendant 50 ans. – DH (Degré-Heure) : confort d’été, mesure le nombre d’heures où la température dépasse un seuil de confort.

Ces indicateurs sont calculés par un bureau d’études thermique (BET) à partir d’un logiciel agréé (Pléiades, U22Win, ClimaWin, etc.) et synthétisés dans l’attestation PCMI14 déposée au permis.

→ Pour comprendre : Cep : consommation d’énergie primaire expliquée, étanchéité à l’air : exigence RT et test obligatoire, test d’infiltrométrie, surface vitrée RT 2012 / RE 2020.


3. Étude thermique et attestation PCMI14

Pour toute construction neuve ou extension importante (>50 m² ou >30 % de la SDP existante), une étude thermique réglementaire est obligatoire. Elle est réalisée par un thermicien (bureau d’études thermique) et débouche sur l’attestation PCMI14, pièce du dossier de permis de construire.

Contenu de l’étude thermique : – Modélisation 3D du bâtiment dans un logiciel agréé. – Calcul des coefficients Bbio, Cep, DH (et Ic en RE 2020). – Comparaison aux Cmax de référence selon zone climatique. – Préconisations sur isolation, équipements, surface vitrée.

Tarifs indicatifs 2026 : – Étude thermique RT 2012 (extension) : 600 – 1 200 € – Étude thermique RE 2020 (construction neuve) : 1 500 – 3 500 € – Test d’infiltrométrie obligatoire avant DAACT : 400 – 800 €

À l’achèvement, une seconde attestation AT.3 (rédigée par un contrôleur agréé : architecte, bureau de contrôle, organisme certification) est exigée pour la DAACT. Sans AT.3, le récolement est bloqué.

→ Détail : étude thermique, attestation RE 2020, attestation RT 2012 PCMI14, attestation RT 2012.


4. DPE et passoires thermiques : interdiction de location

Le Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) est obligatoire pour : – Vendre un logement. – Louer un logement (sauf bail commercial, contrats courts). – Construire neuf (DPE estimatif intégré au permis).

Le DPE classe le logement de A (très performant, < 70 kWh/m²/an) à G (passoire thermique, > 420 kWh/m²/an). Sa durée de validité est de 10 ans. Il est opposable depuis le 1er juillet 2021 : un acquéreur ou locataire peut engager la responsabilité du vendeur ou bailleur en cas de DPE inexact.

Interdiction progressive de location des passoires thermiques (loi Climat et Résilience 2021) :

Date Classe interdite à la location
1er janvier 2025 G
1er janvier 2028 F
1er janvier 2034 E

Les contrats de location en cours ne sont pas rompus par l’entrée en vigueur des seuils, mais leur renouvellement est conditionné à la conformité énergétique. Un audit énergétique plus poussé est requis pour la vente d’un logement classé F ou G depuis avril 2023 (et E à compter de 2025).

Sanctions : amende administrative jusqu’à 15 000 € + injonction du juge à réaliser les travaux.

→ Voir : interdiction de location des passoires thermiques, DPE et obligations.


5. Chauffage : pompe à chaleur, chaudière, poêle

Le système de chauffage pèse pour 60 à 70 % du Cep d’un logement. La RE 2020 favorise les énergies décarbonées :

  • Pompe à chaleur (PAC) air-eau ou géothermique : solution de référence en RE 2020, éligible à MaPrimeRénov + CEE + éco-PTZ. Tarifs : 8 000 – 18 000 € pose comprise pour PAC air-eau.
  • PAC air-air (climatisation réversible) : moins éligible aux aides (n’alimente pas l’ECS), mais coût d’installation plus bas (3 000 – 6 000 €).
  • Chaudière à condensation gaz : interdite depuis le 1er juillet 2022 en construction neuve RE 2020. Encore autorisée en remplacement sur l’existant (sans aide MaPrimeRénov en 2026).
  • Chaudière fioul : interdiction de remplacement depuis le 1er juillet 2022. Suppression totale du fioul prévue dans les années à venir.
  • Poêle à bois ou granulés : compatible RE 2020, éligible MaPrimeRénov + CEE. Tarifs : 3 000 – 8 000 €.
  • Chauffage électrique direct (convecteurs) : pénalisé par la RE 2020 (Cmax difficile à atteindre).

L’installation d’une PAC extérieure peut nécessiter une déclaration préalable si elle modifie l’aspect extérieur (pose en façade visible). Le règlement de copropriété doit être consulté en immeuble.

→ Détail : pompe à chaleur extérieure : autorisation urbanisme.


6. Isolation : combles, murs, sol, vitrage

L’isolation est le poste le plus rentable de la rénovation énergétique. La RE 2020 et MaPrimeRénov fixent des seuils de résistance thermique R minimaux :

Paroi R minimum aide R recommandé RE 2020
Combles perdus R ≥ 7 m².K/W R ≥ 8
Combles aménagés (rampants) R ≥ 6 R ≥ 7
Murs (ITE) R ≥ 3,7 R ≥ 5
Plancher bas R ≥ 3 R ≥ 4
Vitrage Uw ≤ 1,3 Uw ≤ 0,9 (triple)

L’isolation thermique par l’extérieur (ITE) est la plus performante (suppression des ponts thermiques) mais peut être encadrée par le PLU (aspect extérieur, retrait limites). Une déclaration préalable est requise pour ITE car elle modifie l’aspect extérieur, parfois un permis si la surface vitrée change significativement.

Modification de façade (changement de menuiseries, isolation extérieure, ravalement coloré) : déclaration préalable systématique.

→ Voir : isolation extérieure : règles urbanistiques, isolation extérieure ITE, modification de façade, ravalement de façade, enduit façade.


7. Énergie solaire et autoconsommation

Les installations solaires combinent thermique (eau chaude) et photovoltaïque (électricité) :

  • Panneaux photovoltaïques en toiture : déclaration préalable systématique (modification d’aspect extérieur). Avis ABF obligatoire en zone protégée.
  • Solaire thermique pour ECS : DP en toiture, intégration possible dans la couverture ou en surimposition.
  • Autoconsommation avec ou sans revente : choix selon profil énergétique du foyer. Tarif d’achat EDF OA (Obligation d’Achat) garanti 20 ans pour le surplus injecté.
  • Panneaux au sol (centrale individuelle) : DP au-delà de 3 kWc, PC au-delà de 250 kWc.
  • Batterie de stockage : non soumise à autorisation tant que installée à l’intérieur du bâti. À l’extérieur (poste technique), DP au-delà de 5 m².

Aides 2026 : – Prime à l’autoconsommation : 80 €/kWc à 380 €/kWc selon puissance, versée sur 5 ans. – TVA 10 % sur installations ≤ 3 kWc en résidence principale. – Tarif d’achat EDF OA : 0,06-0,10 €/kWh selon trimestre.

→ Détail : panneaux solaires : autorisation, ABF, aides, batterie de stockage solaire, éolienne domestique, borne de recharge électrique, panneaux solaires : autorisation et aides.


8. Aides à la rénovation énergétique : MaPrimeRénov, CEE, éco-PTZ

Cinq dispositifs d’aide à la rénovation énergétique cohabitent en 2026, cumulables sous conditions :

  • MaPrimeRénov : aide forfaitaire de l’État pour travaux de rénovation énergétique. Deux parcours :

    • Par geste : pour 1 ou 2 travaux (isolation, chauffage, ventilation). Forfait de 200 à 11 000 € selon revenus et travaux.
    • Parcours accompagné : pour rénovation globale (gain énergétique ≥ 35 %). Aide jusqu’à 70 000 € (revenus très modestes).
  • CEE (Certificats d’Économies d’Énergie) : prime versée par les fournisseurs d’énergie (EDF, TotalEnergies, etc.). Cumul possible avec MaPrimeRénov. Coup de pouce 2026 sur PAC, isolation et chaudière biomasse.

  • Éco-PTZ : prêt à taux zéro jusqu’à 50 000 € sur 20 ans pour rénovation énergétique. Travaux éligibles selon liste fixée par décret.

  • TVA 5,5 % : sur travaux d’amélioration énergétique en résidence principale > 2 ans, dans un logement existant.

  • Aides locales : certaines régions, départements, intercommunalités complètent. Consultable sur france-renov.gouv.fr et anil.org.

Démarche type : 1. Audit énergétique ou diagnostic gratuit France Rénov. 2. Choix des travaux prioritaires (isolation > chauffage > ventilation). 3. Devis auprès d’artisans RGE (Reconnu Garant de l’Environnement) — obligatoire pour MaPrimeRénov + CEE. 4. Demande d’aide sur maprimerenov.gouv.fr avant signature du devis pour MaPrimeRénov. 5. Réalisation des travaux et facturation. 6. Versement des aides après réception et envoi des factures.

→ Détail : changement de chauffage avec MaPrimeRénov, pompe à chaleur PAC : aides, installer une pompe à chaleur air-eau, remplacement fenêtres : aides, isolation des combles perdus.


Foire aux questions

La RE 2020 s’applique-t-elle à mon extension ?

Oui dans deux cas : si l’extension dépasse 50 m² de surface de plancher, ou si elle représente plus de 30 % de la SDP existante. En dessous de ces seuils, la RT 2012 s’applique. L’attestation PCMI14 est obligatoire au permis (volet projet) puis l’attestation AT.3 au moment de la DAACT (volet réalisation).

Quelle classe DPE pour louer en 2026 ?

Depuis le 1er janvier 2025, les logements classés G sont interdits à la location pour les nouveaux contrats. La classe F sera interdite au 1er janvier 2028, la classe E au 1er janvier 2034. Les contrats en cours ne sont pas rompus mais leur renouvellement est conditionné à la conformité.

Quelle aide pour remplacer ma chaudière fioul ?

MaPrimeRénov + CEE Coup de pouce + éco-PTZ + TVA 5,5 % sont cumulables pour le remplacement par une PAC ou une chaudière biomasse. Total des aides : 4 000 à 12 000 € selon les revenus. Le remplacement par une chaudière fioul est interdit depuis le 1er juillet 2022.

Combien coûte une étude thermique ?

Une étude thermique RE 2020 pour construction neuve coûte 1 500 à 3 500 € selon la complexité du projet. Une étude RT 2012 pour extension : 600 à 1 200 €. Le test d’infiltrométrie obligatoire avant DAACT coûte 400 à 800 € supplémentaires.

Une pompe à chaleur extérieure nécessite-t-elle une autorisation ?

Une PAC posée en façade visible ou en limite de propriété peut nécessiter une déclaration préalable (modification d’aspect extérieur). Le règlement de copropriété doit être consulté en immeuble. Pour un appareil discret en sol, à l’arrière de la maison et hors zone protégée, aucune formalité n’est généralement exigée.

Peut-on cumuler MaPrimeRénov, CEE et éco-PTZ ?

Oui, ces trois dispositifs sont cumulables sous conditions. MaPrimeRénov + CEE se cumulent automatiquement (l’aide CEE est versée par le fournisseur d’énergie). L’éco-PTZ finance le reste à charge sans intérêts. La TVA 5,5 % s’applique automatiquement sur les travaux éligibles. Plafond global : généralement 90 % du coût pour les ménages très modestes, 75 % pour modestes.

Quelle isolation prioritaire pour un logement classé F ?

L’ordre de priorité pour passer d’un classement F à C ou D : (1) toiture/combles (perte 25-30 % via toiture), (2) murs par l’extérieur (perte 20-25 %), (3) menuiseries double ou triple vitrage performant, (4) plancher bas, (5) chauffage efficient (PAC). L’audit énergétique préalable hiérarchise ces postes selon le bâti.


Sources officielles

Ce panorama n’a pas valeur de conseil juridique ou technique. Avant tout projet de rénovation, consultez un conseiller France Rénov’ (gratuit) ou un bureau d’études thermique pour un diagnostic précis et un plan d’action adapté à votre logement.