Autorisations d'Urbanisme

Toit Plat : Permis de Construire ou Déclaration Préalable ?

Temps de lecture : 12 minutes

Vous envisagez de construire une extension à toiture plate ou de transformer votre toiture traditionnelle en toit-terrasse ? La question de l\047autorisation d\047urbanisme se pose immédiatement. Entre permis de construire et déclaration préalable, le choix dépend de plusieurs critères : surface créée, nature des travaux, zone géographique. Un dossier mal orienté peut entraîner un refus, voire l\047obligation de démolir. Ce n\047est pas qu\047une formalité administrative : c\047est la garantie que votre projet respecte les règles locales et que personne ne viendra le contester pendant 10 ans. Voici comment déterminer précisément quelle autorisation correspond à votre projet de toit plat.

Sommaire

Qu\047est-ce qu\047un toit plat ?

Un toit plat, aussi appelé toiture terrasse ou toiture plate, est une couverture de bâtiment présentant une pente très faible (généralement entre 1 % et 5 %) permettant l\047évacuation des eaux pluviales. Contrairement à une toiture traditionnelle à deux ou quatre pans, la toiture plate offre une surface horizontale exploitable ou non.

Les différents types de toits plats

On distingue trois catégories principales :

  • La toiture-terrasse accessible : conçue pour supporter une circulation piétonne régulière, elle peut accueillir un espace de vie extérieur
  • La toiture-terrasse technique : accessible uniquement pour l\047entretien (climatisation, panneaux solaires)
  • La toiture végétalisée : recouverte de substrat et de plantes, elle améliore l\047isolation et la gestion des eaux pluviales

Le Code de l\047urbanisme ne traite pas spécifiquement du toit plat. Ce sont les règles générales des articles R421-1 à R421-17 qui s\047appliquent, combinées au règlement du PLU de votre commune. Ce dernier peut imposer des contraintes sur :

  • La hauteur maximale au faîtage (ou à l\047acrotère pour un toit plat)
  • Les matériaux autorisés pour la couverture
  • L\047aspect architectural compatible avec le secteur

Certains PLU interdisent même les toits plats dans les zones pavillonnaires traditionnelles. La première démarche consiste donc à consulter le règlement de votre zone au service urbanisme de votre mairie.

Quelle autorisation pour un toit plat ?

L\047autorisation requise dépend de la nature de vos travaux et de la surface concernée. Trois situations principales se présentent.

Construction neuve avec toit plat

Pour une construction neuve (maison, garage, abri), les seuils habituels s\047appliquent :

Surface de plancher Zone standard (RNU) Zone U (PLU)
Moins de 5 m² Aucune formalité Aucune formalité
5 à 20 m² Déclaration préalable Déclaration préalable
20 à 40 m² Permis de construire Déclaration préalable
Plus de 40 m² Permis de construire Permis de construire
Surface totale > 150 m² PC + architecte PC + architecte

Extension avec toit plat

L\047extension de maison avec toiture plate suit les mêmes seuils. Toutefois, en zone urbaine d\047un PLU, vous bénéficiez du seuil étendu de 40 m² en déclaration préalable. Attention : si l\047extension porte la surface totale de la maison au-delà de 150 m², le recours à un architecte devient obligatoire, même pour une simple DP.

Transformation de toiture existante

Remplacer une toiture en pente par un toit plat constitue une modification de l\047aspect extérieur ET une modification de la structure (charpente). Cette double caractéristique entraîne systématiquement un permis de construire, quelle que soit la surface. La modification de charpente implique des travaux structurels soumis à PC selon l\047article R421-14.

En revanche, si vous effectuez une simple réfection de toiture à l\047identique sur un toit plat existant, aucune autorisation n\047est nécessaire tant que vous conservez les mêmes matériaux et le même aspect.

Cas particulier : surélévation et toit plat

La surélévation de maison pour créer un niveau supplémentaire avec toiture plate nécessite un permis de construire, quelle que soit la surface. Ce type de travaux crée de la surface de plancher et modifie la hauteur au faîtage. Une étude de structure préalable est indispensable pour vérifier que les fondations et murs existants peuvent supporter la charge supplémentaire.

Procédure complète selon votre projet

Étape 1 : Consulter le PLU

Avant tout dépôt, vérifiez les dispositions du règlement de zone. Le PLU peut contenir des prescriptions spécifiques sur :

  • Les règles de hauteur maximales (à l\047acrotère pour un toit plat)
  • Les pentes minimales ou maximales de toiture
  • Les matériaux de couverture autorisés (parfois les toits plats sont interdits)
  • Le traitement des acrotères et garde-corps

Ces informations se trouvent dans l\047article 10 (hauteur) et l\047article 11 (aspect extérieur) du règlement de votre zone.

Étape 2 : Constituer le dossier

Pour une déclaration préalable (formulaire CERFA 13703), vous devez fournir :

  • DP1 : Plan de situation
  • DP2 : Plan de masse
  • DP3 : Plan en coupe du terrain et de la construction
  • DP4 : Plan des façades et toitures (incluant le plan de toiture)
  • DP5-DP6 : Représentations graphiques du projet
  • DP7-DP8 : Photographie de l\047environnement proche et lointain

Pour un permis de construire (formulaire CERFA 13406), le dossier est plus complet avec les pièces PCMI1 à PCMI8, incluant la notice descriptive et l\047attestation de prise en compte de la RT2020.

Le plan de coupe est particulièrement important pour un toit plat : il doit montrer clairement la hauteur à l\047acrotère, l\047épaisseur du complexe d\047étanchéité et le système d\047évacuation des eaux pluviales.

Étape 3 : Déposer le dossier

Le dépôt s\047effectue en mairie, en 2 exemplaires pour une DP et 4 exemplaires pour un PC (davantage en secteur protégé). Une fois le dossier complet enregistré, vous recevez un récépissé indiquant la date de début d\047instruction et le délai applicable.

Étape 4 : Attendre l\047instruction

Les délais d\047instruction sont :

Type d\047autorisation Délai standard Délai avec ABF
Déclaration préalable 1 mois 2 mois
Permis de construire 2 mois 3 mois

En l\047absence de réponse dans ces délais, vous bénéficiez d\047une autorisation tacite. Demandez alors un certificat de non-opposition à la mairie pour sécuriser votre projet.

Étape 5 : Afficher et déclarer l\047ouverture de chantier

Une fois l\047autorisation obtenue, affichez le panneau réglementaire sur le terrain. Déposez également une déclaration d\047ouverture de chantier (CERFA 13407) avant de commencer les travaux. Cet affichage déclenche le délai de recours des tiers de 2 mois.

Cas pratiques et exemples chiffrés

Exemple 1 : Extension de 25 m² avec toit plat en zone PLU

Situation : Maison existante de 90 m² en zone UB du PLU. Projet d\047extension de 25 m² pour créer une pièce de vie avec toiture terrasse accessible.

Autorisation : Déclaration préalable (moins de 40 m² en zone U). Surface totale après travaux : 115 m², pas besoin d\047architecte.

Délai : 1 mois d\047instruction + 2 mois de recours = 3 mois avant de démarrer sereinement.

Coût estimé : Travaux de toiture plate avec étanchéité multicouche et isolation : 350 à 450 €/m², soit 8 750 à 11 250 € pour la couverture seule.

Exemple 2 : Garage de 35 m² avec toit plat en zone RNU

Situation : Terrain en zone non couverte par un PLU (RNU applicable). Construction d\047un garage indépendant de 35 m² avec toiture plate.

Autorisation : Permis de construire obligatoire (plus de 20 m² en zone RNU).

Particularité : En zone RNU, les constructions doivent respecter le règlement national d\047urbanisme, plus restrictif. Les toits plats peuvent être refusés si le service instructeur estime qu\047ils ne s\047intègrent pas au paysage local.

Exemple 3 : Transformation toiture pente vers toit plat

Situation : Maison des années 70 avec toiture à 2 pans. Projet de démolition de la charpente existante et création d\047un toit-terrasse accessible.

Autorisation : Permis de construire obligatoire. Ce projet constitue une modification de la structure portante et de l\047aspect extérieur.

Points de vigilance :

  • Vérifier la capacité portante des murs (la toiture terrasse est plus lourde qu\047une charpente)
  • Consulter le PLU sur la hauteur maximale (le toit plat peut être plus haut que l\047ancien faîtage)
  • Prévoir l\047étude thermique RE2020

Budget global : 800 à 1 200 €/m² pour la dépose de l\047ancienne charpente, création de la dalle, étanchéité et finitions. Pour une toiture de 80 m² : 64 000 à 96 000 €.

Exemple 4 : Aménagement d\047une toiture-terrasse existante

Situation : Immeuble avec toiture plate technique. Souhait de la rendre accessible avec garde-corps, revêtement de sol et création d\047un accès par le biais d\047un nouveau velux ou d\047une trappe.

Autorisation : Déclaration préalable pour modification de l\047aspect extérieur (garde-corps, revêtement visible). La création d\047une fenêtre de toit type velux nécessite également une DP.

Les 5 erreurs à éviter

Erreur n°1 : Négliger le PLU

De nombreux PLU restreignent ou interdisent les toitures plates dans certaines zones. Lancer un projet sans vérifier ces règles expose à un refus certain. Le règlement de zone peut imposer des pentes minimales de 30 % ou exiger des matériaux traditionnels incompatibles avec un toit plat.

Erreur n°2 : Sous-estimer l\047isolation

Un toit plat mal isolé représente une source majeure de déperditions thermiques. Savez-vous que 30 % de vos potentielles déperditions énergétiques partent par votre toiture ? L\047isolation de toiture est désormais encadrée par la RE2020. Une isolation insuffisante peut entraîner un refus du permis si l\047attestation thermique n\047est pas conforme.

Erreur n°3 : Oublier l\047étanchéité garantie

Les travaux de toiture engagent la garantie décennale du constructeur. Exigez systématiquement l\047attestation d\047assurance décennale de votre entreprise avant le début des travaux. Une infiltration sur toit plat peut provoquer des dommages considérables et rendre l\047ouvrage impropre à sa destination.

Erreur n°4 : Ignorer les évacuations d\047eau

Un toit plat nécessite un système d\047évacuation des eaux pluviales dimensionné. Le plan de toiture doit montrer les pentes (même faibles), les noues éventuelles et les descentes EP. Un défaut d\047évacuation entraîne stagnation, végétation parasite et infiltrations.

Erreur n°5 : Commencer les travaux trop tôt

L\047affichage du panneau de chantier déclenche un délai de recours de 2 mois. Commencer les travaux pendant ce délai vous expose à devoir tout arrêter si un voisin conteste. Attendez la purge du recours des tiers pour démarrer sereinement, surtout pour des travaux de toiture importants.

Questions fréquentes

Quelle hauteur pour une extension de maison à toit plat ?

La hauteur maximale dépend du PLU de votre commune. Elle s\047exprime généralement à l\047acrotère (bord supérieur du toit plat) et varie entre 3 m et 9 m selon les zones. Pour une extension, cette hauteur se mesure depuis le terrain naturel. Les PLU peuvent aussi imposer une hauteur à l\047égout inférieure à celle de la construction principale. Consultez l\047article 10 du règlement de votre zone.

Faut-il une autorisation pour une fenêtre de toit sur toiture plate ?

Oui, l\047installation d\047une fenêtre de toit (velux, skydome, lanterneau) nécessite une déclaration préalable car elle modifie l\047aspect extérieur de la construction. Comptez 1 mois d\047instruction, 2 mois en secteur protégé. Le coût d\047une fenêtre de toit adaptée aux toitures plates (pente de 0° à 15°) varie de 400 € à 1 500 € selon les dimensions et l\047ouverture.

Peut-on installer un conduit de cheminée sur un toit plat ?

Oui, mais avec des contraintes spécifiques. Le conduit de cheminée doit dépasser d\047au moins 40 cm le point le plus haut de la toiture (acrotère) et se situer à plus de 8 m de toute partie d\047immeuble dépassant cette sortie. L\047installation du conduit peut nécessiter une déclaration préalable si elle modifie l\047aspect extérieur.

Déclaration préalable ou permis de construire pour modifier la toiture ?

La modification de toiture (rénovation, réfection, changement de matériaux) relève généralement de la déclaration préalable. Toutefois, si les travaux impliquent un changement de structure (démolition de la charpente existante, surélévation), le permis de construire devient obligatoire. Le changement de couverture avec modification d\047aspect (tuiles vers zinc par exemple) nécessite une DP.

Peut-on créer un balcon ou une terrasse sur un toit plat ?

Oui, l\047aménagement d\047une toiture-terrasse accessible est possible sous conditions. Il faut vérifier la capacité portante (prévoir 150 à 350 kg/m² pour une terrasse accessible), installer un garde-corps réglementaire (1 m minimum) et assurer l\047étanchéité renforcée. L\047autorisation dépend de l\047ampleur des travaux : DP pour l\047aménagement simple, PC si création d\047accès ou structure nouvelle. Pour un balcon en surplomb, le permis est généralement requis.

Conclusion

Le choix entre permis de construire et déclaration préalable pour un toit plat dépend de trois facteurs : la surface créée, la nature des travaux (construction neuve, extension ou transformation) et le zonage de votre terrain. Retenez les seuils essentiels : 20 m² en zone RNU, 40 m² en zone PLU pour une simple DP. Au-delà, ou pour toute modification de structure, le permis s\047impose.

Avant de vous lancer, consultez le PLU de votre commune. Certaines zones refusent les toitures plates pour préserver l\047homogénéité architecturale. D\047autres imposent des prescriptions sur les matériaux ou les hauteurs à l\047acrotère.

Constituez un dossier complet dès le premier dépôt pour éviter les demandes de pièces complémentaires qui rallongent l\047instruction. Et surtout, attendez la purge du recours des tiers (2 mois après affichage) avant de démarrer vos travaux de toiture. Cette patience vous évitera bien des complications.


Sources : Code de l\047urbanisme (articles R421-1 à R421-17), Service-public.fr, Legifrance