Réglementaires
Carte aérienne annotée montrant calcul des surfaces de sol imperméabilisées et perméables pour mesurer l’impact environnemental"

Surface d'imperméabilisation des sols : comment la mesurer et la calculer

Temps de lecture : 12 minutes

Les PLU imposent de plus en plus des règles de coefficient de pleine terre ou de surface imperméabilisée maximale. Ces contraintes visent à préserver les sols perméables pour l'infiltration des eaux pluviales et limiter le ruissellement. Pour votre projet de construction ou d'extension, vous devez calculer la surface imperméabilisée et vérifier qu'elle reste dans les limites autorisées. Voici comment effectuer ce calcul et éviter un refus de permis pour non-respect des règles d'imperméabilisation.


Sommaire

  1. Qu'est-ce que la surface d'imperméabilisation ?
  2. Coefficient de pleine terre et PLU
  3. Comment calculer la surface imperméabilisée
  4. Surfaces semi-perméables : cas particuliers
  5. Impact sur les autorisations d'urbanisme
  6. Cas pratiques et exemples
  7. Erreurs à éviter
  8. Questions fréquentes
  9. Conclusion

Qu'est-ce que la surface d'imperméabilisation ?

Définition

La surface d'imperméabilisation correspond à la partie du terrain rendue imperméable par les constructions et les aménagements. Elle comprend :

Type d'aménagement Imperméabilisation
Bâtiments (emprise au sol) 100%
Terrasses béton/carrelage 100%
Allées bitumées/pavées jointes 100%
Piscine (bassin) 100%
Parking enrobé 100%

À l'inverse, les surfaces perméables permettent l'infiltration de l'eau dans le sol :

Type d'aménagement Perméabilité
Pelouse naturelle 100% perméable
Massifs plantés 100% perméable
Graviers sur géotextile Partiellement perméable
Pavés drainants 50-80% perméable
Dalles alvéolées enherbées 70-90% perméable

Cadre juridique

La gestion des eaux pluviales est encadrée par :

  • Le Code de l'urbanisme (articles R151-43 à R151-50) : règles du PLU
  • Le Code de l'environnement (articles L2224-10) : zonage d'assainissement pluvial
  • Le Code civil (article 640) : servitudes d'écoulement des eaux

Les PLU récents intègrent systématiquement des règles sur l'imperméabilisation, souvent sous forme de coefficient d'espaces verts (CEV) ou de coefficient de pleine terre (CPT).

Pourquoi cette réglementation ?

L'imperméabilisation excessive des sols engendre :

  • Ruissellement : l'eau ne s'infiltre plus, elle ruisselle vers les réseaux
  • Inondations : saturation des réseaux pluviaux en cas d'orage
  • Îlots de chaleur : les surfaces minérales chauffent plus que la végétation
  • Appauvrissement des nappes : moins d'infiltration = moins de recharge

Les règles d'imperméabilisation visent à maintenir un équilibre entre urbanisation et perméabilité des sols.


Coefficient de pleine terre et PLU

Le coefficient de pleine terre (CPT)

Le coefficient de pleine terre est le rapport entre la surface de pleine terre et la surface totale du terrain :

CPT = Surface de pleine terre / Surface du terrain

Exemple : terrain de 500 m² avec 200 m² de pleine terre → CPT = 200/500 = 0,40 (40%)

Les PLU imposent un CPT minimum. Un CPT de 0,30 signifie que 30% du terrain doit rester en pleine terre.

Le coefficient d'emprise au sol (CES)

Le CES mesure l'emprise des constructions :

CES = Emprise au sol des constructions / Surface du terrain

Le CES et le CPT sont complémentaires mais pas inverses stricts, car les aménagements imperméables hors construction (terrasses, allées) s'ajoutent.

Le coefficient d'espaces verts (CEV)

Certains PLU utilisent le CEV qui inclut :

  • La pleine terre
  • Les toitures végétalisées (coefficient 0,3 à 0,7)
  • Les surfaces semi-perméables (coefficient variable)

Exemple de règle PLU

« Article UA 13 : Les espaces libres et plantations
Le coefficient de pleine terre minimum est fixé à 30% de la surface du terrain.
Les surfaces de dalles alvéolées enherbées sont comptabilisées à 70% de leur surface. »

Ce type de règle impose de conserver 30% de pleine terre et offre un bonus pour les revêtements semi-perméables.


Comment calculer la surface imperméabilisée

Méthode de calcul

  1. Identifier toutes les surfaces du terrain
  2. Classer chaque surface (imperméable, semi-perméable, perméable)
  3. Appliquer les coefficients selon le PLU
  4. Vérifier le respect des seuils

Tableau de calcul type

Surface Type Coefficient Surface imperméable
Maison existante Imperméable 100 1,00 100
Extension projetée Imperméable 30 1,00 30
Terrasse béton Imperméable 25 1,00 25
Allée pavée Semi-perméable 20 0,50 10
Parking graviers Semi-perméable 15 0,30 4,5
Pelouse Perméable 310 0,00 0
Total terrain 500 169,5

Surface imperméabilisée : 169,5 m² soit 33,9% du terrain.
Surface de pleine terre : 310 m² soit 62% (seule la pelouse compte).

Si le PLU impose un CPT de 30%, le projet est conforme.

Distinction surface de plancher et emprise au sol

Pour l'imperméabilisation, c'est l'emprise au sol qui compte, pas la surface de plancher :

  • Surface de plancher : surface intérieure des niveaux clos et couverts (article R111-22)
  • Emprise au sol : projection verticale du bâtiment au sol

Une maison de 150 m² de surface de plancher sur deux niveaux peut n'avoir que 80 m² d'emprise au sol. Pour l'imperméabilisation, on retient 80 m².

À l'inverse, un garage double de 35 m² compte 35 m² d'emprise imperméable même s'il ne génère pas de surface de plancher.


Surfaces semi-perméables : cas particuliers

Revêtements semi-perméables

Revêtement Coefficient type Infiltration
Graviers libres 0,20-0,30 Bonne
Graviers sur géotextile 0,30-0,50 Moyenne
Pavés à joints larges 0,30-0,50 Moyenne
Dalles alvéolées enherbées 0,20-0,30 Bonne
Enrobé drainant 0,50-0,70 Moyenne
Toiture végétalisée extensive 0,30-0,50 Partielle

Ces coefficients varient selon les PLU. Consultez le règlement de votre zone pour connaître les valeurs applicables.

Cas des piscines

Une piscine est considérée comme 100% imperméable pour le bassin. La plage périphérique dépend de son revêtement :

  • Margelles béton : imperméable
  • Plage bois sur plots : semi-perméable
  • Gazon : perméable

Pour un projet de piscine, le calcul d'imperméabilisation doit inclure le bassin ET les aménagements périphériques.

Cas des toitures végétalisées

Les toitures végétalisées sont encouragées par les PLU car elles :

  • Retiennent une partie des eaux pluviales
  • Réduisent l'effet îlot de chaleur
  • Améliorent l'isolation thermique

Selon les PLU, elles peuvent être comptabilisées à 30 à 70% dans le calcul du coefficient d'espaces verts.


Impact sur les autorisations d'urbanisme

Vérification lors de l'instruction

L'instructeur vérifie le respect des règles d'imperméabilisation à partir :

  • Du plan de masse (emprise des constructions)
  • Du plan des aménagements extérieurs
  • De la notice descriptive (matériaux des revêtements)

Un dépassement du seuil d'imperméabilisation entraîne un refus ou une demande de modification du projet.

Pièces du dossier concernées

Pièce Ce qu'elle montre
PCMI2 / DP2 Emprise des constructions
PCMI4 / Notice Description des revêtements
PCMI6 / DP5 Insertion montrant les aménagements

Pour les projets en zone à enjeux (risque d'inondation, zone humide), des pièces complémentaires peuvent être demandées : étude de gestion des eaux pluviales, plan des dispositifs d'infiltration.

Seuils et autorisations

Les seuils de surface (5 m², 20 m², 40 m²) pour déterminer l'autorisation concernent la surface de plancher créée ou l'emprise au sol, pas l'imperméabilisation. Cependant, un projet respectant les seuils de surface peut être refusé pour non-respect du coefficient de pleine terre.

Exemple : une terrasse de 45 m² sans création de surface de plancher peut nécessiter une déclaration préalable (emprise au sol > 20 m²) ET être refusée si elle viole le CPT.


Cas pratiques et exemples

Cas n°1 : Extension de 30 m² sur terrain de 600 m²

Situation : Maison de 120 m² d'emprise. Projet d'extension de 30 m². Terrasse existante de 20 m². PLU impose CPT minimum 25%.

Calcul avant travaux :

  • Maison : 120 m²
  • Terrasse : 20 m²
  • Total imperméable : 140 m² (23,3%)
  • Pleine terre : 460 m² (76,7%)

Calcul après travaux :

  • Maison + extension : 150 m²
  • Terrasse : 20 m²
  • Total imperméable : 170 m² (28,3%)
  • Pleine terre : 430 m² (71,7%)

Résultat : CPT de 71,7% > 25% minimum → Projet conforme.

Cas n°2 : Projet refusé pour dépassement

Situation : Terrain de 400 m², maison 110 m², terrasse 40 m², allée 30 m². Projet : piscine 32 m² + plage 25 m². CPT minimum 20%.

Calcul actuel :

  • Imperméable : 110 + 40 + 30 = 180 m² (45%)
  • Pleine terre : 220 m² (55%)

Calcul après projet :

  • Ajout piscine + plage : 32 + 25 = 57 m²
  • Total imperméable : 237 m² (59,3%)
  • Pleine terre : 163 m² (40,7%)

Résultat : CPT de 40,7% > 20% minimum → Projet conforme sur le CPT.

Mais attention : si le PLU fixe une emprise maximale à 50% (200 m²), le projet dépasse avec 237 m² d'emprise et sera refusé.

Cas n°3 : Utilisation de revêtements perméables

Situation : Même projet que le cas n°2, mais avec parking en dalles alvéolées et plage piscine en bois sur plots.

Nouveau calcul :

  • Maison : 110 m² (100%)
  • Terrasse béton : 40 m² (100%)
  • Allée dalles alvéolées : 30 m² × 0,30 = 9 m²
  • Piscine : 32 m² (100%)
  • Plage bois : 25 m² × 0,30 = 7,5 m²

Total imperméable équivalent : 110 + 40 + 9 + 32 + 7,5 = 198,5 m² (49,6%)

Résultat : Passage sous le seuil de 50% grâce aux revêtements perméables → Projet conforme.


Erreurs à éviter

Erreur n°1 : Confondre surface de plancher et imperméabilisation

La surface de plancher sert à déterminer l'autorisation (DP ou PC) et le seuil des 150 m² pour l'architecte. L'imperméabilisation concerne l'emprise au sol et les aménagements extérieurs. Ce sont deux calculs distincts.

Erreur n°2 : Oublier les aménagements extérieurs

L'imperméabilisation ne se limite pas aux bâtiments. Les terrasses, allées, parkings et piscines comptent aussi. Un projet de surélévation n'ajoute pas d'emprise au sol, mais les aménagements associés (terrasse, accès) peuvent augmenter l'imperméabilisation.

Erreur n°3 : Ignorer les règles du PLU

Tous les PLU n'ont pas de règles d'imperméabilisation. Consultez le règlement de votre zone avant de présumer que cette contrainte s'applique. En RNU (commune sans PLU), il n'existe généralement pas de coefficient de pleine terre.

Erreur n°4 : Sous-estimer les revêtements

Chaque mètre carré compte. Une allée de 20 m² peut faire basculer un projet au-delà du seuil. Optimisez les surfaces imperméables dès la conception.

Erreur n°5 : Ne pas vérifier le zonage pluvial

Certaines communes ont un zonage d'assainissement pluvial imposant des règles spécifiques (noue d'infiltration, bassin de rétention). Ces règles s'ajoutent à celles du PLU et peuvent conditionner l'autorisation.

Erreur n°6 : Oublier les constructions annexes

Un abri de jardin de 15 m² compte dans l'emprise au sol et l'imperméabilisation, même s'il ne nécessite qu'une déclaration préalable. Intégrez toutes les constructions dans votre calcul.


Questions fréquentes

Comment calculer la surface d’imperméabilisation ?

Additionnez l'emprise au sol de toutes les constructions (maison, garage, abri) et la surface des aménagements imperméables (terrasse béton, allée bitumée, piscine). Pour les revêtements semi-perméables (graviers, dalles enherbées), appliquez le coefficient du PLU (généralement 0,30 à 0,50). Divisez le total par la surface du terrain pour obtenir le pourcentage d'imperméabilisation.

Quel coefficient de pleine terre minimum ?

Le coefficient varie selon les PLU : de 20% à 50% selon les zones. Les zones urbaines denses (UA) ont souvent des exigences plus faibles (20-30%) que les zones pavillonnaires (UB, UC) où 30-40% sont courants. Consultez l'article 13 du règlement de votre zone PLU pour connaître le coefficient applicable à votre terrain.

Les graviers comptent-ils comme surface imperméable ?

Les graviers sont généralement considérés comme semi-perméables. Selon les PLU, ils sont comptabilisés à 20 à 50% de leur surface dans le calcul d'imperméabilisation. Des graviers posés sur un sol nu sont plus perméables que sur un géotextile. Vérifiez le coefficient retenu par votre PLU pour les "surfaces minérales non liées".

Une terrasse en bois est-elle imperméable ?

Cela dépend de la pose. Une terrasse bois sur plots (avec joints ouverts) est semi-perméable : l'eau s'infiltre entre les lames et dans le sol dessous. Elle est souvent comptée à 30-50%. Une terrasse bois sur dalle béton est imperméable (la dalle bloque l'infiltration). Précisez le mode de pose dans votre dossier.

Le coefficient de pleine terre peut-il bloquer mon projet ?

Oui. Si votre projet fait passer la surface imperméabilisée au-delà du seuil autorisé par le PLU, il sera refusé. Solutions : réduire l'emprise du projet, utiliser des revêtements perméables (dalles enherbées, graviers), créer des espaces verts supplémentaires. Une extension en ossature bois n'a pas d'impact différent sur l'imperméabilisation.

Quelle surface peut-on aménager sans dépasser les seuils ?

Calculez d'abord la surface imperméabilisable maximale : Surface terrain × (1 – CPT minimum). Exemple : terrain 500 m² avec CPT 30% → max imperméable = 500 × 0,70 = 350 m². Soustrayez l'existant imperméable pour connaître la marge disponible. Cette marge peut être augmentée en utilisant des revêtements semi-perméables.

Faut-il déclarer les aménagements extérieurs ?

Les aménagements extérieurs sans création d'emprise au sol significative (terrasse de plain-pied, allée) ne nécessitent généralement pas d'autorisation. Cependant, s'ils modifient l'aspect extérieur visible (murets, clôtures) ou s'ils s'accompagnent d'une construction, ils doivent figurer dans le dossier. En cas de doute, intégrez-les à votre déclaration préalable ou permis.


Conclusion

La surface d'imperméabilisation est devenue un critère incontournable des PLU modernes. Pour calculer correctement :

Étape Action
1 Mesurer l'emprise au sol des constructions existantes
2 Ajouter les surfaces d'aménagements imperméables
3 Appliquer les coefficients pour les semi-perméables
4 Comparer au coefficient de pleine terre du PLU

Pour les projets en limite de seuil, privilégiez les revêtements perméables : dalles alvéolées, graviers, bois sur plots. Ces choix techniques peuvent permettre de respecter le CPT sans réduire votre projet.

Avant de déposer un permis de construire ou une déclaration préalable, vérifiez le règlement de votre zone PLU. L'article 13 (espaces libres et plantations) contient généralement les règles d'imperméabilisation. Une extension non autorisée pour dépassement du CPT peut nécessiter des travaux correctifs (création d'espaces verts, désimperméabilisation) pour être régularisée.


Sources : Code de l'urbanisme (articles R151-43 à R151-50), Code de l'environnement (L2224-10), PLU type