Techniques

Matériaux Biosourcés dans la Construction : Réglementation et Mise en Oeuvre

Temps de lecture : 12 minutes

Bois, chanvre, paille, ouate de cellulose… Les matériaux biosourcés séduisent de plus en plus de particuliers qui souhaitent construire une maison respectueuse de l'environnement. Mais entre les promesses écologiques et la réalité administrative, le chemin peut sembler complexe. Quelle est la réglementation applicable ? Faut-il des autorisations spécifiques ? La RE2020 impose-t-elle ces matériaux ? Après avoir accompagné des centaines de projets de construction écologique, je vous livre les clés pour intégrer les matériaux biosourcés dans votre projet de construction neuve ou de rénovation, en toute conformité avec le Code de l'urbanisme.

Sommaire

Qu'est-ce qu'un matériau biosourcé ?

Un matériau biosourcé est un matériau de construction issu de la biomasse végétale ou animale. Contrairement aux matériaux conventionnels (béton, acier, polystyrène), ces matériaux stockent du carbone au lieu d'en émettre lors de leur fabrication. Ils participent ainsi à la réduction de l'empreinte carbone du bâtiment.

Définition officielle

Selon le décret n°2012-518 du 19 avril 2012, un matériau biosourcé est un matériau "issu de la biomasse d'origine végétale ou animale pouvant être utilisé comme matière première dans des produits de construction et de décoration, d'ameublement fixe et comme matériau de construction dans un bâtiment".

Le label "Bâtiment Biosourcé" créé par ce décret distingue trois niveaux :

  • Niveau 1 : 18 kg/m² de surface de plancher pour les maisons individuelles
  • Niveau 2 : 24 kg/m² de surface de plancher
  • Niveau 3 : 36 kg/m² de surface de plancher

Cette surface de plancher correspond à la somme des surfaces de tous les niveaux clos et couverts, calculée depuis le nu intérieur des murs de façade.

Pourquoi choisir des matériaux biosourcés ?

Les avantages sont multiples pour bâtir une maison :

Critère Matériaux conventionnels Matériaux biosourcés
Bilan carbone +50 à +100 kg CO2eq/m² -20 à -50 kg CO2eq/m²
Confort d'été Faible inertie Excellent déphasage thermique (10-12h)
Qualité de l'air COV possibles Régulation hygrométrique naturelle
Recyclabilité Limitée Biodégradable ou recyclable

Cadre réglementaire et RE2020

La RE2020 : un tournant pour la construction écologique

Entrée en vigueur le 1er janvier 2022, la Réglementation Environnementale 2020 (RE2020) révolutionne les normes de la construction nouvelle. Pour la première fois, le bilan carbone du bâtiment est pris en compte sur l'ensemble de son cycle de vie.

Les seuils d'émissions de gaz à effet de serre (exprimés en kg CO2eq/m²) se durcissent progressivement :

  • 2022-2024 : 640 kg CO2eq/m² pour une maison neuve
  • 2025-2027 : 530 kg CO2eq/m²
  • 2028-2030 : 475 kg CO2eq/m²
  • À partir de 2031 : 415 kg CO2eq/m²

Ces exigences poussent naturellement vers l'utilisation de matériaux biosourcés. Pour édifier un bâtiment conforme en 2031, le recours à ces matériaux sera quasiment incontournable.

Impact sur les autorisations d'urbanisme

La RE2020 ne modifie pas les règles d'urbanisme, mais elle s'ajoute aux exigences du permis de construire. L'attestation de prise en compte de la RE2020 doit être jointe au dossier de demande de permis (formulaire CERFA 13406 pour les maisons individuelles).

En tant que maître d'ouvrage, vous devez :

  1. Réaliser une étude thermique et environnementale avant le dépôt
  2. Joindre l'attestation RE2020 au permis de construire
  3. Fournir l'attestation de conformité à l'achèvement des travaux

Autorisations d'urbanisme requises

Les matériaux biosourcés ne nécessitent pas d'autorisation spécifique. C'est le projet de construction lui-même qui détermine le type de formalité.

Seuils de surface pour un projet construction

Surface créée Zone sans PLU Zone avec PLU (zone U)
Moins de 5 m² Aucune formalité Aucune formalité
5 à 20 m² Déclaration préalable Déclaration préalable
20 à 40 m² Permis de construire Déclaration préalable
Plus de 40 m² Permis de construire Permis de construire
Surface totale > 150 m² PC + architecte PC + architecte

Ces règles s'appliquent que vous utilisiez du béton, du bois ou de la paille. L'emprise au sol détermine également le type d'autorisation : au-delà de 5 m², une déclaration préalable s'impose.

Constitution du dossier

Que ce soit pour une construction neuve en ossature bois ou en béton de chanvre, les pièces demandées restent identiques. Vous devrez notamment fournir :

Pour différencier ces documents, consultez notre comparatif sur la différence entre plan de masse et plan de situation.

Délais d'instruction

Les délais restent standard pour une nouvelle construction :

  • Déclaration préalable : 1 mois (2 mois en secteur ABF)
  • Permis de construire : 2 mois pour une maison individuelle, 3 mois si ABF ou autre consultation

En zone protégée (site classé, abords de monuments historiques), l'Architecte des Bâtiments de France émettra un avis. Attention : certains ABF sont particulièrement attentifs aux matériaux apparents comme le bois ou la paille, qui doivent s'intégrer harmonieusement au paysage.

Les principaux matériaux biosourcés

Le bois : le plus répandu

Le bois représente 90% des constructions biosourcées en France. Une maison à ossature bois peut être montée en quelques semaines seulement.

Données techniques :

  • Conductivité thermique : 0,12 à 0,15 W/m.K
  • Densité : 450 à 650 kg/m³
  • Durée de vie : 100 ans et plus (si bien conçu)

Prix moyen : 1 400 à 2 000 €/m² pour une maison individuelle livrée hors d'eau hors d'air.

Les certifications PEFC et FSC garantissent une gestion durable des forêts. Pour faire construire une maison en bois, vérifiez que votre constructeur dispose de la garantie décennale construction, obligatoire comme pour toute construction.

Le chanvre : l'isolant polyvalent

Le béton de chanvre mélange chènevotte (partie ligneuse du chanvre) et liant minéral. Utilisé en remplissage d'ossature ou en blocs préfabriqués, il offre d'excellentes performances hygroscopiques.

Applications :

  • Murs : béton de chanvre banché ou blocs
  • Isolation : laine de chanvre (lambda 0,039 W/m.K)
  • Enduits : mortier chanvre-chaux

Prix : 80 à 120 €/m² pour une isolation en laine de chanvre (fourniture + pose).

La paille : économique et performante

La construction en bottes de paille existe depuis plus d'un siècle. Les règles professionnelles de construction en paille (2012, révisées en 2018) encadrent cette technique reconnue par les assurances.

Caractéristiques :

  • R = 7 m².K/W pour une botte de 37 cm
  • Coût des bottes : 2 à 5 €/botte
  • Coût mur complet : 150 à 250 €/m²

Pour un projet construction en paille, privilégiez un artisan formé aux règles professionnelles. La garantie décennale couvre ce type de construction dès lors que les règles de l'art sont respectées.

L'ouate de cellulose : l'isolation recyclée

Issue du recyclage de papier journal, l'ouate de cellulose s'insuffle dans les combles ou les murs. Excellent rapport qualité-prix pour construire neuf de façon écologique.

Prix : 20 à 35 €/m² pour l'insufflation en combles perdus (R=7).

Le liège : noble mais onéreux

Le liège expansé offre des performances exceptionnelles : imputrescible, stable dans le temps, excellent isolant phonique. Son prix élevé (40 à 80 €/m² en panneaux) le réserve aux projets haut de gamme.

Coûts et aides financières

Surcoût des matériaux biosourcés

Le surcoût d'une construction biosourcée par rapport au conventionnel varie selon les matériaux :

Type de construction Prix moyen au m² Surcoût estimé
Maison traditionnelle (parpaing) 1 400 €/m² Référence
Maison ossature bois 1 600 €/m² +10 à 15%
Maison béton de chanvre 1 800 €/m² +20 à 30%
Maison paille 1 500 €/m² +5 à 10%

Ces prix s'entendent pour une maison neuve livrée clés en main, sans le terrain. Le surcoût initial est souvent compensé par les économies d'énergie sur 15-20 ans.

Aides disponibles

MaPrimeRénov' Parcours accompagné (rénovation uniquement) :

  • Jusqu'à 63 000 € pour une rénovation globale
  • Bonus "sortie de passoire" : 10 000 €
  • Les matériaux biosourcés sont éligibles

Éco-PTZ :

  • Jusqu'à 50 000 € à taux zéro
  • Durée : 20 ans maximum
  • Compatible construction neuve et rénovation

TVA réduite :

  • 5,5% pour les travaux d'amélioration énergétique en rénovation
  • 20% pour la construction neuve (pas d'avantage)

Exonération de taxe foncière :

  • Certaines communes exonèrent les constructions à haute performance environnementale
  • Durée : 5 ans minimum
  • Renseignez-vous auprès de votre mairie

Concernant la taxe d'aménagement, des exonérations sont possibles pour les constructions respectant des critères de performance énergétique.

Cas pratiques et exemples

Exemple 1 : Maison ossature bois de 120 m²

Projet : Construction d'une maison individuelle en ossature bois, isolation paille, bardage mélèze.

Caractéristiques :

  • Surface de plancher : 120 m²
  • Emprise au sol : 85 m² (R+1 partiel)
  • Terrain : 600 m² en zone UB du PLU

Démarches :

  • Permis de construire obligatoire (surface > 20 m²)
  • Architecte non obligatoire (surface totale < 150 m²)
  • Délai d'instruction : 2 mois

Budget :

  • Construction : 192 000 € TTC (1 600 €/m²)
  • Taxe d'aménagement : 120 m² × 914 € × 5% = 5 484 €
  • Honoraires architecte (optionnel) : 15 000 €

Pour réaliser le plan de masse, vous pouvez utiliser un logiciel gratuit ou faire appel à un professionnel.

Exemple 2 : Extension en béton de chanvre de 35 m²

Projet : Extension d'une maison existante de 95 m² par une pièce de vie en béton de chanvre.

Caractéristiques :

  • Surface créée : 35 m²
  • Surface totale après travaux : 130 m²
  • Zone U du PLU

Démarches :

  • Déclaration préalable suffisante (35 m² < 40 m² en zone U)
  • Pas d'architecte obligatoire (total 130 m² < 150 m²)
  • Délai : 1 mois

Budget :

  • Extension : 63 000 € TTC (1 800 €/m²)
  • Taxe d'aménagement : 35 m² × 914 € × 3% = 959 €

Exemple 3 : Petit abri de jardin en bois de 15 m²

Projet : Construction d'un abri de jardin en ossature bois avec isolation ouate de cellulose.

Caractéristiques :

  • Surface : 15 m²
  • Hauteur : 2,80 m

Démarches :

  • Déclaration préalable obligatoire (surface entre 5 et 20 m²)
  • Pas d'architecte
  • Délai : 1 mois

Budget :

  • Construction : 8 000 € TTC
  • Pas de taxe d'aménagement (< 5 m² taxables après abattement)

Erreurs à éviter

Erreur n°1 : Négliger l'étude de sol

Les fondations d'une construction biosourcée sont identiques à celles d'une construction conventionnelle. L'étude géotechnique (obligatoire depuis 2020 en zone argileuse) coûte 1 500 à 3 000 € mais évite des désordres majeurs. Cette erreur peut compromettre la garantie décennale.

Erreur n°2 : Sous-estimer les ponts thermiques

Une ossature bois mal conçue peut présenter des ponts thermiques au niveau des montants. Privilégiez l'isolation par l'extérieur ou la double ossature pour les performances optimales.

Erreur n°3 : Ignorer le pare-vapeur

Les matériaux biosourcés sont hygroscopiques : ils absorbent et restituent l'humidité. Un pare-vapeur mal posé ou absent provoque des condensations dans l'isolant. Pour les murs en béton de chanvre, un enduit perspirant suffit.

Erreur n°4 : Choisir un artisan non formé

Les techniques biosourcées requièrent des compétences spécifiques. Vérifiez :

  • La formation aux règles professionnelles (paille, chanvre)
  • Les références de chantiers similaires
  • L'attestation d'assurance décennale couvrant ces techniques

Erreur n°5 : Oublier la réception des travaux

La réception des travaux marque le point de départ des garanties légales. Formalisez-la par un procès-verbal signé, même avec un artisan de confiance. Notez toutes les réserves éventuelles.

Erreur n°6 : Mal dimensionner la ventilation

Un bâtiment biosourcé très étanche nécessite une ventilation performante. Prévoyez une VMC double flux (3 000 à 6 000 € installée) pour une qualité d'air optimale et une récupération de chaleur.

Erreur n°7 : Démarrer sans autorisation

Construire sans autorisation expose à des sanctions lourdes : amende jusqu'à 6 000 €/m² de surface construite, démolition possible, prescription de 6 ans au pénal et 10 ans au civil. Même pour un abri de jardin biosourcé de 15 m², la déclaration préalable est obligatoire.

Questions fréquentes

Quelle autorisation pour une construction neuve en matériaux biosourcés ?

Les autorisations sont identiques aux constructions conventionnelles. Une déclaration préalable suffit pour 5 à 20 m² (40 m² en zone U du PLU). Au-delà, le permis de construire est obligatoire. Le recours à un architecte s'impose uniquement si la surface totale dépasse 150 m². Les matériaux biosourcés ne créent aucune formalité supplémentaire : seules la surface et la nature du projet comptent.

La construction en paille est-elle assurable en garantie décennale ?

Oui, la construction paille est assurable depuis la publication des règles professionnelles en 2012. Les assureurs couvrent ces techniques dès lors que les règles de l'art sont respectées : bottes de paille certifiées, mise en oeuvre conforme, protection contre l'humidité. Demandez à votre constructeur son attestation d'assurance mentionnant explicitement les techniques biosourcées. Un géomètre peut intervenir pour garantir la conformité des implantations.

Quel est le prix au m² d’une maison biosourcée ?

Le prix varie selon les matériaux et le niveau de finition. Comptez 1 500 à 1 700 €/m² pour une maison ossature bois standard, 1 600 à 2 000 €/m² pour une maison à isolation paille, et 1 800 à 2 200 €/m² pour une maison en béton de chanvre. Ces prix correspondent à une construction clés en main, hors terrain. Le surcoût de 10 à 25% par rapport au conventionnel est compensé par les économies d'énergie sur le long terme.

Les matériaux biosourcés sont-ils obligatoires avec la [RE2020](/reglementation-thermique/re2020-guide-complet/) ?

La RE2020 n'impose pas explicitement les matériaux biosourcés, mais elle fixe des seuils d'émissions carbone de plus en plus stricts. En 2022, le seuil de 640 kg CO2eq/m² est atteignable avec des matériaux conventionnels optimisés. En 2031, avec un seuil de 415 kg CO2eq/m², l'utilisation de matériaux biosourcés deviendra quasi indispensable pour atteindre la conformité. Consultez des exemples de plan de masse annotés pour visualiser l'intégration de ces constructions.

Quelles sont les étapes pour construire une maison en matériaux biosourcés ?

Les étapes sont classiques : 1) Achat du terrain et étude de sol (2-3 mois), 2) Conception avec un architecte ou constructeur spécialisé (2-4 mois), 3) Dépôt du permis de construire et attente (2-3 mois), 4) Recherche de financement (1-2 mois), 5) Travaux (8-14 mois selon la technique), 6) Réception et emménagement. Prévoyez 18 à 24 mois au total. L'assurance dommages-ouvrage (3 000 à 8 000 €) est fortement recommandée.

Un architecte est-il obligatoire pour une maison biosourcée ?

L'obligation de recourir à un architecte dépend uniquement de la surface, pas des matériaux. Pour une maison individuelle, l'architecte est obligatoire si la surface de plancher totale après travaux dépasse 150 m². Exemple : une maison ossature bois de 140 m² ne nécessite pas d'architecte. Une extension biosourcée de 60 m² sur une maison existante de 100 m² (total 160 m²) l'exigera.

Les matériaux biosourcés résistent-ils aux termites et à l’humidité ?

Les matériaux biosourcés correctement mis en oeuvre résistent parfaitement. Le bois doit être traité ou choisi naturellement durable (classe 3 ou 4). La paille, maintenue sèche (humidité < 20%), ne pourrit pas et n'attire pas les rongeurs. Le béton de chanvre, grâce à son pH basique (liant chaux), est naturellement résistant aux moisissures. Les règles professionnelles encadrent ces points techniques.

Conclusion

Les matériaux biosourcés représentent l'avenir de la construction durable. Avec la RE2020 et ses exigences croissantes en matière de bilan carbone, ces matériaux passeront du statut d'alternative écologique à celui de standard de construction d'ici 2030.

Sur le plan administratif, aucune complexité supplémentaire : les autorisations d'urbanisme restent identiques aux constructions conventionnelles. Permis de construire au-delà de 20 m² (40 m² en zone U), architecte obligatoire au-delà de 150 m² de surface totale.

Le surcoût initial de 10 à 25% se justifie par le confort thermique exceptionnel, les économies d'énergie durables et la valorisation patrimoniale de votre bien. Une maison neuve biosourcée performante consomme 50 à 70% d'énergie en moins qu'une construction traditionnelle.

Pour votre projet, entourez-vous de professionnels formés aux techniques biosourcées, vérifiez leurs attestations d'assurance, et n'hésitez pas à visiter des réalisations similaires. Les réseaux comme le RFCP (Réseau Français de la Construction Paille) ou Construire en Chanvre recensent les artisans qualifiés par région.


Sources : Legifrance (décret 2012-518), Ministère de la Transition Écologique (RE2020), Service-public.fr, ADEME, Règles Professionnelles de Construction en Paille (2018), RFCP