Malfaçons sur vos travaux : la marche à suivre pour obtenir réparation (sans aller au tribunal)

Infiltration d’eau après travaux relevant de la garantie décennale

Temps de lecture : 10 minutes — mis à jour en août 2026

Le carrelage est posé de travers, l’enduit cloque déjà, l’artisan ne répond plus au téléphone. Les travaux que vous avez payés ne ressemblent pas à ce qu’on vous a promis — et vous vous demandez par où commencer. Bonne nouvelle : la grande majorité des litiges de malfaçons se règlent sans procès, à condition de suivre la bonne méthode dans le bon ordre. La voici, étape par étape, avec ce que la loi dit vraiment — y compris ses évolutions récentes que beaucoup de pages ignorent encore.

Malfaçon, non-conformité, inachèvement : de quoi parle-t-on ?

La qualification du problème détermine vos droits — c’est la première chose qu’un expert établit :

  • Malfaçon : le travail a été fait, mais mal — carrelage désaffleurant, peinture irrégulière, pose non conforme aux règles de l’art (les DTU, documents techniques unifiés, qui définissent les bonnes pratiques de chaque corps de métier) ;
  • Non-conformité : le travail est différent de ce que prévoyait le contrat — matériau remplacé, dimensions non respectées, prestation modifiée sans votre accord ;
  • Inachèvement (ou non-façon) : une prestation prévue et payée n’a tout simplement pas été réalisée ;
  • Désordre grave : le défaut compromet la solidité de l’ouvrage ou le rend impropre à sa destination — on bascule alors dans le champ de la garantie décennale.

Étape 1 — Faire constater par un expert indépendant (la pièce maîtresse)

Avant toute lettre, tout appel énervé, toute retenue de paiement : documentez. Photos datées, devis, factures, échanges écrits. Puis faites constater les malfaçons par un expert indépendant : son rapport localise chaque défaut, le rattache à la règle de l’art violée (référence DTU à l’appui) et — c’est notre spécificité — chiffre le coût des reprises par un économiste de la construction.

Ce chiffrage change tout : il transforme « c’est mal fait » (contestable) en « la reprise coûte 8 400 €, voici le détail » (difficile à balayer). Il calibre aussi, comme on va le voir, ce que vous avez le droit de retenir sur le paiement.

Étape 2 — La mise en demeure (la lettre qui doit tout contenir)

La mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception est le passage obligé avant toute action. Pour être efficace, elle doit contenir :

  1. les références du devis ou contrat signé ;
  2. la liste numérotée et localisée des malfaçons (pièce par pièce), avec dates d’apparition ;
  3. le rappel des obligations de l’artisan — qui est tenu d’une obligation de résultat sur les travaux de son devis ;
  4. votre demande précise : reprise des travaux OU indemnisation, au choix ;
  5. un délai raisonnable : 8 à 15 jours pour se manifester, jusqu’à 30 jours pour exécuter selon l’ampleur ;
  6. en pièces jointes : photos et rapport d’expertise ;
  7. l’annonce des suites à défaut de réponse (expertise contradictoire, conciliateur, tribunal).

Peut-on retenir le paiement ? Oui — mais proportionnellement

C’est la question que tout le monde se pose. La réponse du Code civil (articles 1219 et 1220, l’« exception d’inexécution ») : vous pouvez suspendre le paiement du solde tant que l’artisan n’a pas correctement exécuté — à quatre conditions :

  • les malfaçons sont réelles et suffisamment graves ;
  • la retenue est proportionnée : elle ne doit pas excéder le coût estimé des reprises — c’est précisément là que le chiffrage de l’expert vous protège ;
  • vous êtes de bonne foi ;
  • vous avez informé l’artisan (mise en demeure).

Attention à l’excès inverse : une retenue disproportionnée peut se retourner contre vous (intérêts de retard, voire condamnation). Retenir 15 000 € pour 3 000 € de reprises chiffrées n’est pas un levier, c’est une faute.

L’artisan ne revient pas ? Faites finir par un autre — à ses frais

Si la mise en demeure reste lettre morte, l’article 1222 du Code civil vous permet de faire exécuter les reprises par une autre entreprise aux frais du premier artisan. En pratique : mise en demeure restée infructueuse, devis de reprise documenté (que nous pouvons vérifier), et idéalement une autorisation du juge pour sécuriser le remboursement sur les sommes importantes.

Étape 3 — L’expertise amiable contradictoire (le tournant du dossier)

Quand l’artisan conteste, l’étape décisive est l’expertise amiable contradictoire : l’artisan (et son assureur le cas échéant) est convoqué par courrier recommandé, le constat se fait en présence de tous, chacun s’exprime, et le rapport qui en sort est autrement plus solide qu’un constat unilatéral.

À savoir — et c’est récent : depuis le 1er septembre 2025, l’expertise amiable menée dans le cadre conventionnel encadré par le décret du 18 juillet 2025 a la même valeur probante qu’une expertise judiciaire. Un atout considérable pour régler le litige sans procès.

Étape 4 — Conciliateur, puis tribunal (en dernier recours)

  • Litige jusqu’à 5 000 € : la tentative de règlement amiable préalable (conciliateur de justice — gratuit —, médiation ou procédure participative) est obligatoire avant de saisir le juge, sous peine d’irrecevabilité ;
  • Au-delà : le tribunal judiciaire est compétent (les vieux seuils « juge de proximité », « moins de 4 000 € » qu’on lit encore partout sont périmés depuis 2020) ;
  • en urgence, pour figer les preuves ou quand l’adversaire refuse tout, le référé-expertise (article 145 du Code de procédure civile) permet de faire désigner un expert judiciaire avant tout procès.

Armé d’un rapport d’expertise et d’un chiffrage sérieux, la grande majorité des dossiers n’arrive jamais jusque-là.

Vos délais : ne confondez pas garanties et droit commun

  • Travaux réceptionnés (PV signé) : parfait achèvement 1 an, biennale 2 ans, décennale 10 ans. ⚠️ Ces délais sont des délais de forclusion : seule une action en justice les interrompt — une simple LRAR ne suffit PAS à préserver vos droits si l’échéance approche ;
  • Travaux sans réception formelle (le cas fréquent en rénovation, sans PV signé) : vous êtes sur la responsabilité contractuelle de droit commun — 5 ans à compter de la découverte du désordre. Sans PV, la preuve devient centrale : le rapport d’expertise et le constat dateront les désordres. Notre guide réception des travaux explique pourquoi il faut toujours organiser une réception, même en rénovation.

Pensez aussi à votre protection juridique : elle prend souvent en charge les frais d’expertise et d’avocat (avec plafonds) — vérifiez votre contrat avant d’engager les frais. Qui peut payer vos honoraires d’expert : le détail.

Questions fréquentes

L’artisan ne répond plus du tout : que faire ?

LRAR de relance, puis mise en demeure. Sans réponse : expertise pour figer l’état des lieux, puis article 1222 (faire finir par un autre à ses frais) ou action. Si l’entreprise a déposé le bilan, le recours bascule vers ses assurances — d’où l’importance d’avoir exigé l’attestation décennale dès le devis.

Puis-je refuser de payer la facture finale ?

Vous pouvez retenir la part correspondant au coût chiffré des reprises (exception d’inexécution), pas davantage. Le chiffrage d’expert est votre garde-fou dans les deux sens.

Le devis était anormalement bas, et maintenant tout est mal fait…

C’est le scénario classique : un devis très en dessous du marché finit en malfaçons ou en avenants. Pour la prochaine fois : faites vérifier le devis avant de signer.

Combien coûte l’expertise malfaçons ?

À partir de 890 € TTC, chiffrage des reprises inclus, déplacement compris en Île-de-France. Souvent finançable par votre protection juridique — et récupérable sur la partie adverse quand sa responsabilité est établie.

Travaux mal faits ? Faites constater et chiffrer cette semaine
Un architecte DPLG constate, un économiste chiffre les reprises : votre dossier devient incontestable.

Faire constater mes malfaçons

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