Autorisations d'Urbanisme

Aire de Camping-Car : Règles et Formalités pour Créer un Espace d'Accueil

Temps de lecture : 12 minutes

Vous possédez un terrain bien situé et souhaitez l'aménager pour accueillir des camping-cars ? Que vous soyez particulier voulant rentabiliser une parcelle ou collectivité cherchant à développer le tourisme local, la création d'une aire de camping-car ne s'improvise pas. Entre permis d'aménager, déclaration préalable et normes techniques, le Code de l'urbanisme impose un cadre strict. Les articles R111-37 à R111-42 encadrent spécifiquement l'installation de caravanes et camping-cars. Mal anticipées, ces obligations peuvent transformer un projet rentable en cauchemar administratif avec des amendes pouvant atteindre 6 000 € par m². Voici la marche à suivre pour mener votre projet sereinement.


Sommaire

  1. Qu'est-ce qu'une aire de camping-car ?
  2. Quelle autorisation d'urbanisme ?
  3. Procédure complète étape par étape
  4. Cas pratiques et exemples
  5. Erreurs à éviter
  6. Questions fréquentes
  7. Conclusion

Qu'est-ce qu'une aire de camping-car ?

Une aire de camping-car est un espace aménagé spécifiquement pour le stationnement et l'accueil des véhicules de loisirs autonomes. Contrairement au camping traditionnel, les usagers restent dans leur véhicule et n'installent pas de tentes ni de caravanes tractées.

Les différents types d'aires

Le Code de l'urbanisme distingue plusieurs catégories :

L'aire de stationnement simple : espace stabilisé permettant le stationnement temporaire (moins de 24 heures), sans équipement particulier. Souvent gratuite, elle relève généralement du domaine public.

L'aire de services : elle propose a minima une borne de vidange des eaux usées et un point d'eau potable. Ces équipements sont indispensables pour l'autonomie des camping-caristes.

L'aire d'accueil ou d'étape : plus complète, elle offre des emplacements délimités, des branchements électriques, parfois des sanitaires et des services annexes (WiFi, laverie). Le séjour peut durer plusieurs jours.

Cadre juridique applicable

Les articles R111-37 à R111-42 du Code de l'urbanisme fixent les règles générales applicables au camping-caravaning. L'article R111-38 précise notamment les zones où l'installation est interdite : rivages de la mer, sites classés, périmètres de protection des monuments historiques.

Le pétitionnaire, qu'il soit propriétaire privé ou collectivité, doit respecter ces dispositions sous peine de voir son projet refusé. En tant que demandeur de l'autorisation, vous êtes responsable de la conformité du projet aux règles d'urbanisme locales définies par le PLU ou le RNU.

Surface et capacité

La réglementation ne fixe pas de surface minimum par emplacement, mais les usages professionnels recommandent :

  • 80 à 100 m² par emplacement pour un stationnement confortable
  • Voies de circulation de 5 m de large minimum pour les manœuvres
  • Aire de retournement si l'aire compte plus de 6 emplacements

Une aire de 10 emplacements nécessite donc environ 1 500 m² au total, incluant les espaces de circulation et les zones techniques.


Quelle autorisation d'urbanisme ?

Le type d'autorisation dépend de la capacité de l'aire et des aménagements prévus. Le porteur de projet doit analyser précisément son cas avant de déposer un dossier.

Le permis d'aménager : obligatoire au-delà de 6 emplacements

Selon l'article R421-19 du Code de l'urbanisme, un permis d'aménager est requis pour toute aire accueillant plus de 6 emplacements ou plus de 20 personnes. C'est la situation la plus fréquente pour les projets à vocation commerciale.

Le dossier doit être déposé avec le CERFA 13409 : Formulaire Permis Autre que Maison pour les aménagements importants. Pour comprendre comment faire un permis de construire ou un permis d'aménager, les pièces à fournir sont similaires : plans, notice descriptive, attestations.

Délai d'instruction : 3 mois (pouvant être majoré en secteur protégé).

La déclaration préalable : pour les petites aires

Une aire de 6 emplacements maximum relève de la déclaration préalable (article R421-23). C'est souvent le cas pour les particuliers souhaitant accueillir quelques véhicules sur leur terrain privé.

Le formulaire à utiliser est le CERFA 13703 : Formulaire Déclaration Préalable. Si vous vous demandez comment faire une déclaration préalable, le dossier comprend le formulaire complété, un plan de situation, un plan de masse et une notice décrivant le projet.

Délai d'instruction : 1 mois (2 mois si avis de l'Architecte des Bâtiments de France requis).

Cas particulier des aires temporaires

L'installation temporaire de camping-cars pour une manifestation (festival, événement sportif) peut bénéficier d'une dispense si la durée n'excède pas 3 mois consécutifs et si le terrain retrouve son état initial après usage.

Tableau récapitulatif des autorisations

Configuration Autorisation requise Formulaire Délai
1 à 6 emplacements Déclaration préalable CERFA 13703 1 mois
Plus de 6 emplacements Permis d'aménager CERFA 13409 3 mois
Avec bâtiment de services > 20 m² Permis de construire CERFA 13406 2-3 mois
Installation temporaire < 3 mois Aucune

Si votre projet inclut la construction d'un local de services (accueil, sanitaires) dépassant 20 m², un permis de construire distinct sera nécessaire. Utilisez alors le CERFA 13406 : Formulaire Permis Construire Maison pour une construction simple.


Procédure complète étape par étape

Étape 1 : Vérifier la faisabilité réglementaire

Avant tout, consultez le PLU de votre commune ou le RNU si aucun document d'urbanisme n'existe. Certaines zones (agricoles, naturelles) interdisent ou limitent fortement ce type d'aménagement.

Un certificat d'urbanisme opérationnel (CUb) est fortement recommandé. Valable 18 mois, il vous indique précisément si votre projet est réalisable et cristallise les règles applicables.

Pour les terrains situés en zone argileuse, une Étude géotechnique G1/G2 peut être exigée pour dimensionner correctement les fondations des équipements techniques.

Étape 2 : Concevoir le projet technique

L'aménagement doit prévoir :

  • Stabilisation du sol : empierrement, enrobé ou dalles engazonnées
  • Réseau d'assainissement : collecte des eaux usées de vidange
  • Alimentation en eau potable : raccordement au réseau ou forage déclaré
  • Éclairage : respect des normes anti-pollution lumineuse
  • Signalétique : panneau d'entrée, tarifs, règlement intérieur

Si vous envisagez une alimentation électrique par panneaux solaires (autoconsommation solaire), les installations au sol de plus de 3 kWc nécessitent une déclaration préalable spécifique.

Pour les projets d'envergure, une étude impact peut être requise, notamment si le site est proche d'une zone Natura 2000 ou d'un captage d'eau potable.

Étape 3 : Constituer le dossier

Le dossier de permis d'aménager comprend obligatoirement :

  • Le formulaire CERFA complété en 4 exemplaires
  • Un plan de situation (échelle 1/5000 ou 1/10000)
  • Un plan de l'état actuel du terrain (levé topographique)
  • Un plan d'aménagement coté avec les emplacements
  • Une notice descriptive du projet
  • Des photos du terrain et de l'environnement

Un Géomètre pour Plan de Masse : Quand Faire Appel ? est souvent nécessaire pour obtenir un plan précis du terrain existant et garantir l'exactitude des cotes.

Le DP9 : Plan Sommaire des Lieux et Division est requis si le projet implique une division parcellaire.

Étape 4 : Déposer et suivre l'instruction

Déposez votre dossier en mairie (service urbanisme) ou via la plateforme dématérialisée si votre commune la propose. Conservez précieusement le récépissé : il fait foi pour le calcul des délais.

Le requérant reçoit une notification dans le mois suivant le dépôt, indiquant soit la complétude du dossier, soit les pièces manquantes à fournir sous 3 mois.

En cas de refus ou de non-réponse dans les délais, un Avocat Urbanisme : Quand Faire Appel à un Expert ? peut vous accompagner pour un recours gracieux ou contentieux.

Étape 5 : Afficher l'autorisation et réaliser les travaux

L'autorisation obtenue doit être affichée sur le terrain pendant toute la durée des travaux, de façon visible depuis la voie publique. Ce panneau mentionne le nom du bénéficiaire, la nature du projet et les caractéristiques principales.

Si nécessaire, un changement titulaire permis peut être demandé en cours de validité (cession du terrain par exemple).

Étape 6 : Déclarer l'achèvement des travaux

Une fois l'aménagement terminé, vous devez déposer une Déclaration Attestant l'Achèvement et la Conformité des Travaux (DAACT). Le CERFA 13408 : Déclaration d'Achèvement des Travaux est le formulaire officiel.

La mairie dispose alors de 3 mois pour vérifier la conformité. Passé ce délai sans contestation, l'autorisation est réputée conforme.


Cas pratiques et exemples

Exemple 1 : Aire privée de 4 emplacements en zone agricole

Situation : M. Dupont possède une parcelle de 2 000 m² en zone A du PLU, en bordure d'une route départementale fréquentée. Il souhaite aménager 4 emplacements pour camping-cars.

Problématique : En zone agricole, seules les constructions nécessaires à l'exploitation sont autorisées. Une aire de camping-cars est considérée comme un changement de destination du sol.

Solution : Après consultation du service urbanisme, M. Dupont obtient une dérogation au titre du STECAL (Secteur de Taille et de Capacité d'Accueil Limité) prévu au PLU. Il dépose une déclaration préalable avec :

  • Surface totale : 800 m² (4 x 100 m² + circulation)
  • Coût des travaux : 15 000 € (empierrement, borne eau, vidange)
  • Délai d'instruction : 1 mois

Exemple 2 : Aire communale de 15 emplacements avec services

Situation : Une commune rurale de 1 500 habitants souhaite créer une aire d'étape pour dynamiser le tourisme local. Le terrain communal retenu fait 3 000 m².

Autorisation : Permis d'aménager obligatoire (plus de 6 emplacements).

Budget prévisionnel :

  • Terrassement et stabilisation : 35 000 €
  • Borne de services (eau, vidange, électricité) : 12 000 €
  • Raccordement réseaux : 18 000 €
  • Signalétique et clôture : 5 000 €
  • Honoraires géomètre et architecte : 8 000 €
  • Total : environ 78 000 € HT

Délai global : 6 mois (études + instruction 3 mois + travaux 2 mois).

Exemple 3 : Particulier accueillant des camping-cars sur terrain privé

Situation : Mme Martin souhaite accueillir ponctuellement 2 à 3 camping-cars dans son jardin de 1 200 m², moyennant une participation aux frais.

Attention : Même sans construction, l'accueil régulier et payant de camping-cars constitue une activité de camping soumise à déclaration préalable dès lors qu'elle dépasse 20 nuitées par an.

Formalités : Déclaration préalable + déclaration d'activité en mairie. Les revenus doivent être déclarés fiscalement.

La CEP : Consommation d'Énergie Primaire n'est pas directement concernée, mais si un local technique chauffé est prévu, la RE2020 s'applique aux constructions neuves de plus de 50 m².


Erreurs à éviter

Erreur n°1 : Négliger la consultation du PLU

Le document d'urbanisme peut interdire totalement ce type d'aménagement dans certaines zones. Vérifiez systématiquement le règlement de zone avant d'engager des frais d'études.

Erreur n°2 : Sous-dimensionner les équipements de vidange

Une borne de vidange sous-dimensionnée génère des débordements et des plaintes. Prévoyez une cuve de stockage adaptée au nombre d'emplacements : minimum 3 000 litres pour 10 emplacements.

Erreur n°3 : Oublier l'accessibilité PMR

Les aires ouvertes au public doivent respecter les normes d'accessibilité. Au moins un emplacement doit être accessible aux personnes à mobilité réduite, avec un cheminement adapté vers les services.

Erreur n°4 : Ignorer le recours des tiers

Après affichage de l'autorisation, les voisins disposent de 2 mois pour contester. Un voisin peut faire constater l'absence d'affichage par un commissaire de justice (anciennement huissier). Affichez correctement dès le premier jour.

Erreur n°5 : Commencer les travaux avant la purge des recours

Même avec une autorisation accordée, attendez la fin du délai de recours (2 mois après affichage continu) avant d'engager des dépenses importantes. Un recours victorieux peut imposer la remise en état.

Erreur n°6 : Omettre la DAACT

Sans déclaration d'achèvement des travaux, l'aménagement reste juridiquement "non conforme". En cas de contrôle ou de vente du terrain, cette omission peut bloquer la transaction ou entraîner une Mise en Demeure de la Mairie : Que Faire ?.


Questions fréquentes

Quelle autorisation pour créer une aire de camping-car ?

La création d'une aire de camping-car nécessite une déclaration préalable pour 6 emplacements maximum, ou un permis d'aménager au-delà. L'autorisation dépend de la capacité d'accueil, pas de la surface du terrain. En zone protégée (ABF, site classé), les délais d'instruction sont majorés d'un mois. Consultez le PLU de votre commune pour vérifier que le zonage autorise cette destination.

Peut-on accueillir des camping-cars sur son terrain privé ?

Oui, mais avec des limites. L'accueil occasionnel (moins de 3 mois par an, non rémunéré) ne nécessite aucune formalité. En revanche, l'accueil régulier ou payant constitue une activité de camping soumise à déclaration préalable en mairie. Au-delà de 6 emplacements ou 20 personnes, un permis d'aménager est obligatoire. L'activité génère également des obligations fiscales (déclaration des revenus locatifs).

Quelles sont les normes pour une aire de services camping-car ?

Une aire de services doit obligatoirement disposer d'une borne de vidange pour les eaux grises et noires, d'un point d'eau potable et d'une zone de stationnement stabilisée. Les eaux de vidange doivent être raccordées à l'assainissement collectif ou à un dispositif de traitement agréé. L'éclairage doit respecter la réglementation anti-pollution lumineuse. Pour les aires ouvertes au public, l'accessibilité PMR est obligatoire sur au moins un emplacement.

Faut-il un permis d’aménager pour une aire de camping-car ?

Le permis d'aménager est obligatoire dès que l'aire accueille plus de 6 emplacements ou plus de 20 personnes. En dessous de ces seuils, une simple déclaration préalable suffit. Le délai d'instruction du permis d'aménager est de 3 mois (contre 1 mois pour la déclaration préalable). Le dossier doit inclure un plan d'aménagement détaillé, une notice technique et les plans des équipements prévus.

Quels équipements obligatoires sur une aire de camping-car ?

Les équipements minimum pour une aire fonctionnelle comprennent : une borne de vidange (eaux grises et cassette WC), un point d'eau potable, une surface stabilisée supportant des véhicules de 3,5 tonnes, une signalétique claire et un panneau affichant le règlement. Pour une aire d'étape, ajoutez des bornes électriques (minimum 10A par emplacement), un éclairage nocturne et éventuellement une borne WiFi. La présence de poubelles et de sanitaires est fortement recommandée.

Quelle surface minimum pour une aire de camping-car ?

La réglementation ne fixe pas de surface minimum légale. Toutefois, les recommandations professionnelles préconisent 80 à 100 m² par emplacement pour permettre les manœuvres en toute sécurité. Une aire de 10 emplacements nécessite donc environ 1 500 m² au total en comptant les voies de circulation (5 m de large minimum) et les zones techniques. Prévoyez également une aire de retournement si le nombre d'emplacements dépasse 6.

Comment obtenir le label « Aire d’accueil » ?

Le label "Aire d'accueil" est délivré par la Fédération Française de Camping et de Caravaning (FFCC) ou par des organismes comme France Passion pour les aires agricoles. Les critères portent sur la qualité des équipements, l'environnement, la sécurité et l'accueil. Comptez un délai de 3 à 6 mois pour l'instruction de la demande. Ce label, non obligatoire, améliore considérablement la visibilité de l'aire auprès des camping-caristes et justifie une tarification plus élevée.


Conclusion

Créer une aire de camping-car représente une opportunité de valorisation foncière intéressante, à condition de respecter scrupuleusement le cadre réglementaire. Que vous soyez particulier souhaitant accueillir quelques véhicules ou collectivité portant un projet touristique structurant, la démarche suit une logique claire : vérification du zonage, constitution du dossier adapté (déclaration préalable ou permis d'aménager), instruction par les services d'urbanisme, puis travaux et DAACT.

Les erreurs les plus coûteuses surviennent en amont : terrain situé en zone inconstructible, absence de raccordement possible aux réseaux, ou équipements sous-dimensionnés. Prenez le temps d'une étude de faisabilité sérieuse avant d'engager les démarches administratives.

Pour les projets complexes ou en cas de refus, n'hésitez pas à solliciter un professionnel. Un architecte ou un bureau d'études spécialisé vous fera gagner du temps et sécurisera votre investissement.


Sources : Code de l'urbanisme (articles R111-37 à R111-42, R421-19, R421-23), Service-public.fr, Legifrance.