Autorisations d'Urbanisme

Vide Sanitaire : Réglementation, Coupe et Représentation sur les Plans

Temps de lecture : 11 minutes

Le vide sanitaire représente cet espace souvent méconnu entre le sol et le premier plancher habitable. Lors du dépôt d'un permis de construire, sa représentation sur le plan de coupe (PCMI3 ou DP3) suscite de nombreuses interrogations. Comment le coter correctement ? Faut-il détailler les fondations ? Quelle hauteur indiquer par rapport au terrain naturel (TN) ? Ces questions techniques conditionnent pourtant l'acceptation de votre dossier. Un vide sanitaire mal représenté peut entraîner une demande de pièces complémentaires, voire un refus. Voici les règles à connaître et les bonnes pratiques pour intégrer cet élément sur vos plans d'urbanisme.

Sommaire

Qu'est-ce qu'un vide sanitaire ?

Définition technique

Le vide sanitaire est un espace non habitable situé entre le sol naturel et le plancher bas du rez-de-chaussée. Sa hauteur varie généralement entre 20 cm et 80 cm, parfois davantage selon la configuration du terrain. Cet espace remplit plusieurs fonctions essentielles : isolation thermique, protection contre les remontées d'humidité, ventilation de la structure, et passage éventuel des réseaux (eau, électricité, assainissement).

Contrairement à un sous-sol ou une cave, le vide sanitaire n'est pas destiné à être aménagé ni même accessible facilement. On y accède généralement par une trappe pour les interventions de maintenance. Cette distinction est fondamentale sur le plan réglementaire : le vide sanitaire ne crée pas de surface de plancher au sens de l'article R111-22 du Code de l'urbanisme.

Cadre juridique et incidence urbanistique

Le vide sanitaire n'est pas explicitement réglementé par le Code de l'urbanisme. En revanche, il influence plusieurs paramètres du projet :

  • La hauteur totale de la construction : le niveau dalle du rez-de-chaussée détermine le point de départ pour calculer la hauteur au faîtage imposée par le PLU
  • L'implantation par rapport au terrain naturel : le profil terrain naturel doit apparaître clairement sur la coupe pour justifier la position du bâtiment
  • Le gabarit constructible : dans certaines zones, l'enveloppe maximale autorisée intègre le vide sanitaire dans le volume global

Les articles R421-1 à R421-8 du Code de l'urbanisme fixent les obligations en matière de permis de construire. Même si le vide sanitaire n'ajoute pas de surface taxable, il doit figurer sur les plans pour permettre à l'instructeur de vérifier la conformité du projet.

Le vide sanitaire sur le plan de coupe

La pièce PCMI3 : représentation obligatoire

Le plan de coupe PCMI3 (pour un permis de construire) ou DP3 (pour une déclaration préalable) constitue la pièce clé pour représenter le vide sanitaire. Ce document montre le profil du terrain naturel (TN) et le terrain fini (TF) après travaux, ainsi que l'implantation verticale de la construction.

Sur ce plan, la coupe sur terrain doit faire apparaître :

  • Le terrain naturel TN avant travaux (ligne en pointillés ou trait fin)
  • Le terrain fini TF après travaux (ligne continue)
  • Le volume du vide sanitaire avec sa hauteur cotée
  • Le niveau dalle du plancher bas
  • Les fondations (semelles, longrines, plots)
  • La cotation verticale depuis le TN jusqu'au faîtage

La représentation du TN plan de coupe est particulièrement importante en terrain en pente. Elle permet de visualiser comment le bâtiment s'adapte au relief et si des travaux de terrassement (déblais/remblais) sont nécessaires.

Cotations essentielles à indiquer

Plusieurs cotes sont indispensables pour un plan de coupe conforme :

Élément Cotation requise Précision
Hauteur vide sanitaire En cm ou m Depuis le TN jusqu'au plancher
Niveau NGF du terrain En altitude Point de référence altimétrique
Hauteur faîtage En m depuis TN Point le plus haut
Épaisseur plancher En cm Dalle + isolation + chape
Profondeur fondations En cm Hors-gel selon zone

Le niveau NGF (Nivellement Général de la France) permet de positionner précisément le projet dans l'espace. Certains PLU imposent un niveau maximum en NGF pour les constructions, notamment en zone inondable ou en secteur sauvegardé.

Le TF plan de coupe : après travaux

Le TF plan de coupe représente l'état du terrain après achèvement des travaux. Cette distinction TN/TF est cruciale car elle révèle les modifications apportées au relief. Un décaissement pour créer le vide sanitaire, un remblaiement pour rattraper une pente : toutes ces interventions doivent être lisibles.

Pour les projets d'extension de 20 m² ou plus, le plan de coupe doit montrer à la fois la construction existante et l'extension, avec leur raccordement au niveau du vide sanitaire si celui-ci est prolongé.

Réglementation et hauteurs

Hauteur maximale et point de mesure

La hauteur maximale autorisée par le PLU se mesure généralement depuis le terrain naturel avant travaux. Le vide sanitaire entre donc dans le calcul de la hauteur totale. Prenons un exemple concret :

  • PLU autorisant une hauteur maximale de 9 m au faîtage
  • Vide sanitaire de 60 cm
  • Rez-de-chaussée de 2,70 m sous plafond
  • Combles aménagés de 2,40 m sous rampant
  • Épaisseur de plancher et toiture : 80 cm

Total : 0,60 + 2,70 + 2,40 + 0,80 = 6,50 m sous faîtage + charpente = environ 8,50 m. Le projet est conforme.

Mais si vous augmentez le vide sanitaire à 1,20 m pour un terrain très humide, vous gagnez 60 cm qui peuvent faire dépasser la limite. Cette vérification s'effectue lors de l'instruction du délai du permis de construire par le service urbanisme.

Cas particuliers selon les zones

En secteur ABF (Architecte des Bâtiments de France), la représentation du vide sanitaire peut nécessiter plus de détails. L'ABF examine l'intégration du bâtiment dans son environnement, y compris les éléments techniques comme les grilles de ventilation du vide sanitaire visibles en façade.

Pour un projet de piscine avec local technique, le vide sanitaire du local doit figurer sur la coupe si ce local dépasse 20 m² et nécessite un permis de construire.

Les projets en zone inondable imposent souvent un niveau dalle minimum. Le vide sanitaire permet justement de surélever le plancher habitable au-dessus de la cote de crue de référence. Cette exigence figure dans le Plan de Prévention des Risques (PPR) annexé au PLU.

Surface de plancher et vide sanitaire

Le vide sanitaire ne compte pas dans le calcul de la surface de plancher, à condition de respecter les critères suivants :

  • Hauteur sous plafond inférieure à 1,80 m
  • Espace non aménageable
  • Absence de clos et de couvert supplémentaires

Si votre vide sanitaire dépasse 1,80 m de hauteur, il pourrait être requalifié en sous-sol et compter dans la surface de plancher. Cette situation modifierait l'autorisation nécessaire et potentiellement l'obligation de recourir à un architecte si la surface totale dépasse 150 m² (articles R421-9 à R421-12 du Code de l'urbanisme).

Procédure pour le dossier d'urbanisme

Étape 1 : Relevé du terrain naturel

Avant de dessiner le plan de coupe, réalisez un relevé altimétrique du terrain. Pour un terrain plat, quelques mesures au niveau laser suffisent. Pour un terrain en pente, un géomètre peut établir un plan topographique avec courbes de niveau.

Le profil terrain naturel ainsi obtenu servira de base pour positionner le vide sanitaire. Relevez les points suivants :

  • Altitude NGF aux quatre coins de l'emprise
  • Pente moyenne en pourcentage
  • Points bas (zone d'accumulation des eaux)
  • Points hauts (référence pour les cotes)

Ce relevé vous permettra également d'établir la pièce PA3 (plan de l'état actuel du terrain) si vous déposez un permis d'aménager ou un permis de construire sur un terrain vierge.

Étape 2 : Conception du vide sanitaire

La hauteur du vide sanitaire dépend de plusieurs facteurs :

  • Nature du sol : sol argileux ou humide = vide sanitaire plus haut (50-80 cm)
  • Passage des réseaux : besoin d'espace pour la plomberie, l'électricité
  • Accessibilité : pour la maintenance, 60 cm minimum recommandé
  • Ventilation : surface d'aération = 1/150e de la surface du vide

Pour une maison de 100 m² d'emprise, la surface de ventilation minimale est donc de 0,67 m², soit l'équivalent de 4 grilles de 20×20 cm réparties sur le pourtour.

Étape 3 : Représentation sur le plan de coupe

Le plan de coupe (PCMI3 ou DP3) doit être établi à une échelle comprise entre 1/50 et 1/100. Les éléments à représenter pour le vide sanitaire :

  1. Fondations : semelles filantes ou plots avec leurs dimensions
  2. Plancher bas : poutrelles-hourdis ou dalle pleine avec isolation
  3. Trappes d'accès : positionnement si visible en coupe
  4. Ventilation : grilles en pied de mur
  5. Cotation : hauteur intérieure du vide, niveau par rapport au TN

Le plan de masse du permis de construire complétera cette représentation en vue de dessus, en indiquant l'emprise au sol et les cotes d'implantation par rapport aux limites.

Étape 4 : Dépôt et instruction

Le dossier de permis complet comprenant le plan de coupe correctement renseigné est à déposer en mairie. Le délai d'instruction standard est de 2 mois pour une maison individuelle, pouvant aller jusqu'à 3 mois en secteur protégé.

Si le service instructeur estime que le vide sanitaire est mal représenté ou insuffisamment coté, il peut demander des pièces complémentaires. Cette demande intervient dans le premier mois et suspend le délai d'instruction. Pour éviter cette situation, vérifiez que toutes les cotations verticales sont présentes.

En l'absence de réponse de la mairie dans le délai imparti, vous bénéficiez d'une autorisation tacite. Toutefois, demandez toujours un certificat de non-opposition pour sécuriser votre projet.

Cas pratiques et exemples

Exemple 1 : Maison individuelle sur terrain plat

Situation : Construction d'une maison de 120 m² sur terrain plat, sol argileux en zone pavillonnaire.

Vide sanitaire retenu : 60 cm de hauteur

  • Fondations : semelles filantes 50×25 cm à 80 cm de profondeur (hors-gel)
  • Plancher : poutrelles-hourdis 16+4 cm avec isolant
  • Niveau dalle : +65 cm par rapport au TN (60 cm vide + 5 cm de chaînage)

Cotation verticale sur le plan de coupe :

Niveau Altitude relative
TN (référence) 0,00 m
Niveau dalle RDC +0,65 m
Plafond RDC +3,35 m
Égout de toit +6,15 m
Faîtage +8,50 m

La durée de validité du permis de construire étant de 3 ans, les travaux de terrassement et de création du vide sanitaire doivent débuter dans ce délai.

Exemple 2 : Extension sur terrain en pente

Situation : Extension de 35 m² sur une maison existante, terrain avec 8% de pente, zone U du PLU.

Contrainte : raccorder le niveau de plancher de l'extension au niveau existant tout en respectant le gabarit constructible.

Solution :

  • Vide sanitaire variable : 40 cm côté amont, 120 cm côté aval
  • Mur de soubassement en parpaings de 20 cm côté aval
  • Ventilation renforcée côté aval (pente naturelle favorable)

Le TF plan de coupe montre un léger terrassement côté amont (-30 cm) et un remblai technique côté aval. La cotation verticale indique les deux niveaux TN aux extrémités de l'extension.

Cette extension de 35 m² en zone U relève de la déclaration préalable (seuil à 40 m²). Le formulaire CERFA et les plans suivent les mêmes exigences de représentation du vide sanitaire que pour un permis de construire.

Exemple 3 : Surélévation avec reprise du vide sanitaire

Situation : Surélévation d'une maison des années 1970 avec vide sanitaire existant de 30 cm, insuffisant pour les normes actuelles.

Problématique : la surélévation ajoute du poids sur les fondations, le vide sanitaire existant ne permet pas d'inspecter facilement les structures.

Solution technique :

  • Étude de sol et de structure préalable
  • Renforcement des fondations par micropieux
  • Le vide sanitaire existant reste en l'état (non modifiable sans travaux lourds)

Sur le plan de coupe PCMI3, la représentation montre :

  • En trait pointillé : le vide sanitaire existant à conserver
  • En trait plein : la surélévation projetée
  • Cotation : hauteur totale après travaux = existant + surélévation

Un bow-window ajouté en façade lors de la surélévation ne nécessite pas de vide sanitaire puisqu'il s'agit d'une saillie en encorbellement.

Erreurs à éviter

Erreur 1 : Oublier le niveau de référence

Le plan de coupe sans indication du niveau NGF ou du point de référence altimétrique est incomplet. L'instructeur ne peut pas vérifier la conformité aux règles de hauteur. Indiquez toujours un point de référence : borne NGF, seuil de porte existant, ou niveau de voirie publique.

Erreur 2 : Confondre TN et TF

Utiliser le terrain fini (TF) comme référence pour calculer les hauteurs est une erreur fréquente. Le PLU se réfère généralement au terrain naturel (TN) avant travaux. Si vous décaissez 50 cm pour créer le vide sanitaire, la hauteur se mesure depuis le niveau initial, pas depuis le fond de fouille.

Erreur 3 : Négliger la ventilation

Un vide sanitaire non ventilé génère des problèmes d'humidité. Sur le plan de coupe, représentez les grilles de ventilation en pied de mur. Leur absence peut soulever des questions lors de l'instruction ou lors de la conformité des travaux.

Erreur 4 : Sous-estimer la hauteur sur terrain en pente

En terrain pentu, le vide sanitaire peut atteindre des hauteurs importantes côté aval. Si cette hauteur dépasse 1,80 m sur plus de la moitié de la surface, l'espace pourrait être requalifié en niveau habitable. Vérifiez le calcul de surface de plancher avant de déposer.

Erreur 5 : Ne pas représenter les fondations

Même si les fondations sont enterrées et non visibles, leur représentation sur le plan de coupe est attendue. Elle montre la profondeur hors-gel respectée et le type de fondation choisi (semelles, radier, plots). Cette information rassure l'instructeur sur la viabilité technique du projet.

Un voisin mécontent pourrait contester votre permis si les fondations mal conçues risquent d'affecter son terrain. Le recours des tiers dispose d'un délai de 2 mois après affichage pour être exercé.

Questions fréquentes

Comment représenter le vide sanitaire en coupe ?

Le vide sanitaire se représente sur le plan de coupe (PCMI3 ou DP3) comme un espace vide entre le terrain naturel et le plancher bas. Dessinez les fondations en partie basse, le plancher en partie haute, et laissez l'espace intermédiaire vide ou hachuré légèrement. Cotez la hauteur intérieure (généralement entre 40 et 80 cm) et indiquez le niveau par rapport au TN. Représentez également les grilles de ventilation en pied de mur si elles apparaissent dans le plan de coupe.

Comment indiquer la pente de toiture sur la coupe ?

La pente de toiture s'indique sur le plan de coupe en pourcentage ou en degrés, directement sur le rampant. Par exemple, "35%" ou "19°". Cette indication permet de vérifier la conformité avec le règlement du PLU qui impose souvent des pentes minimales et maximales selon les zones. Sur le même plan, la hauteur au faîtage et la hauteur à l'égout sont cotées depuis le terrain naturel, permettant à l'instructeur de calculer la pente si nécessaire.

Comment représenter l’isolation sur un plan de coupe ?

L'isolation se représente par un hachurage spécifique ou une zone grisée sur le plan de coupe. Pour le vide sanitaire, l'isolant se situe généralement sous le plancher (isolation des poutrelles-hourdis) ou en périphérie (isolation des murs de soubassement). L'épaisseur de l'isolation contribue à l'épaisseur totale du plancher, qui doit être cotée. Les attestations thermiques RE2020 exigent une représentation cohérente de l'enveloppe isolante.

Faut-il coter les épaisseurs de dalles sur la coupe ?

Les épaisseurs de dalles et planchers doivent figurer sur le plan de coupe, car elles participent au calcul de la hauteur totale. Indiquez l'épaisseur du plancher bas (ex : 20 cm pour un plancher poutrelles-hourdis 16+4), du plancher intermédiaire le cas échéant, et de la toiture. Ces informations permettent de vérifier que la hauteur au faîtage respecte le PLU une fois tous les éléments additionnés.

La coupe doit-elle montrer les fondations ?

Les fondations doivent être représentées sur le plan de coupe, même de façon schématique. Montrez les semelles filantes, les longrines ou le radier selon le type de fondation, ainsi que leur profondeur par rapport au terrain naturel. Cette profondeur doit respecter la mise hors-gel (60 à 90 cm selon les régions). Pour les terrains à risque (argiles gonflantes, zone sismique), des fondations spéciales peuvent être exigées.

Faut-il une coupe AA et une coupe BB ?

Une seule coupe suffit généralement pour une construction simple sur terrain plat. En revanche, deux coupes perpendiculaires (AA et BB) sont recommandées pour les projets complexes : terrain en pente, bâtiment en L, niveaux décalés, vide sanitaire de hauteur variable. Chaque coupe montre un profil différent du terrain et de la construction. Sur le plan de masse, indiquez par un trait la position et le sens des coupes correspondantes.

Conclusion

Le vide sanitaire, bien que non habitable, constitue un élément technique majeur de votre dossier d'urbanisme. Sa représentation correcte sur le plan de coupe PCMI3 ou DP3 conditionne l'acceptation de votre permis de construire ou de votre déclaration préalable. Respectez les règles de cotation : niveau NGF, hauteur par rapport au terrain naturel, épaisseurs de plancher, et n'oubliez pas de distinguer le TN du TF sur terrain en pente.

En cas de doute sur la représentation de votre vide sanitaire, consultez le service urbanisme de votre mairie avant le dépôt. Les agents peuvent vous orienter sur les attentes locales et les éventuelles exigences spécifiques du PLU. Si votre projet a été accordé, vous pouvez procéder au transfert du permis en cas de revente du terrain avant le début des travaux.

Un vide sanitaire bien conçu et correctement représenté sur vos plans garantit non seulement l'acceptation administrative de votre dossier, mais aussi la pérennité technique de votre construction pour les décennies à venir.


Sources : Code de l'urbanisme (articles R421-1 à R421-12, R111-22), Service-public.fr, Legifrance