Autorisations d'Urbanisme

Syndic et Autorisation de Travaux : Quelle Procédure pour vos Projets en Copropriété ?

Temps de lecture : 12 minutes

Vous souhaitez installer une climatisation, changer vos fenêtres ou créer un balcon dans votre appartement ? En copropriété, obtenir l'autorisation de la mairie ne suffit pas. Avant même de déposer votre dossier d'urbanisme, vous devez passer par une étape incontournable : obtenir l'accord du syndic de copropriété et, bien souvent, celui de l'assemblée générale. Cette double procédure administrative et privée piège de nombreux copropriétaires qui se retrouvent avec un permis accordé mais des travaux impossibles à réaliser. Pire : certains commencent les travaux sans autorisation du syndic et se voient contraints de tout remettre en état, parfois plusieurs années après. Ce dossier vous explique précisément comment articuler ces deux autorisations pour mener votre projet à bien, dans les règles.


Sommaire

  1. Qu'est-ce que le syndic de copropriété ?
  2. Quand faut-il l'accord du syndic pour des travaux ?
  3. Procédure complète pour obtenir l'autorisation
  4. Cas pratiques et exemples chiffrés
  5. Erreurs à éviter
  6. Questions fréquentes
  7. Conclusion

Qu'est-ce que le syndic de copropriété ?

Le syndic de copropriété est le gestionnaire mandaté pour administrer les parties communes d'un immeuble divisé en lots. Cette fonction, encadrée par la loi du 10 juillet 1965 et son décret d'application du 17 mars 1967, peut être exercée par un syndic professionnel (société de gestion immobilière) ou un syndic bénévole (copropriétaire élu).

Les missions du syndic en matière de travaux

Le gestionnaire de copropriété assure plusieurs fonctions essentielles :

  • Conservation de l'immeuble : il veille au maintien en bon état des parties communes
  • Exécution des décisions de l'AG : il met en oeuvre les travaux votés collectivement
  • Contrôle des modifications : il vérifie que les travaux privatifs respectent le règlement de copropriété
  • Fourniture de documents : il délivre les attestations nécessaires aux dossiers d'urbanisme

Le syndic n'a pas le pouvoir d'autoriser seul des travaux touchant les parties communes ou l'aspect extérieur de l'immeuble. Son rôle est de convoquer l'assemblée générale (AG) et de soumettre les résolutions au vote des copropriétaires.

Distinction parties privatives / parties communes

Cette distinction est fondamentale pour savoir si vous avez besoin d'une autorisation :

Type de partie Exemples Autorisation syndic
Privatives Intérieur de l'appartement, cloisons non porteuses Non (sauf si impact extérieur)
Communes Façade, toiture, escaliers, halls Oui (vote AG obligatoire)
Communes à jouissance privative Balcon, terrasse, jardin privatif Oui pour modifications

Attention : même des travaux dans vos parties privatives peuvent nécessiter une autorisation si vous touchez à l'aspect extérieur de l'immeuble. C'est le cas lorsque vous souhaitez changer vos fenêtres en copropriété ou installer une unité extérieure de climatisation.


Quand faut-il l'accord du syndic pour des travaux ?

Travaux nécessitant systématiquement l'accord de la copropriété

Plusieurs catégories de travaux requièrent obligatoirement un vote en assemblée générale :

1. Modifications de l'aspect extérieur

Tout ce qui modifie la façade visible depuis l'extérieur :

2. Travaux sur les parties communes

  • Percement de murs porteurs
  • Modification des canalisations communes
  • Intervention sur la toiture (velux, cheminée)
  • Changement d'affectation impliquant les parties communes

3. Travaux pouvant affecter la structure

  • Extension sur un balcon ou une terrasse
  • Création d'une trémie d'escalier
  • Suppression de poteaux ou éléments porteurs

Travaux sans accord du syndic

Vous pouvez réaliser librement (sous réserve des autorisations d'urbanisme si nécessaires) :

  • Peinture et revêtements intérieurs
  • Remplacement de la cuisine ou salle de bains (sans déplacement des alimentations communes)
  • Pose de parquet ou carrelage (en respectant les normes acoustiques du règlement)
  • Abattage de cloisons non porteuses
  • Installation électrique intérieure

Le cas particulier de la division d'appartement

Diviser un appartement en copropriété constitue un cas complexe. Cette opération nécessite généralement :

  • L'accord de l'AG si elle crée un nouveau lot (modification de l'état descriptif de division)
  • Une autorisation d'urbanisme si elle constitue un changement de destination
  • Le respect des normes de surface et d'habitabilité

Procédure complète pour obtenir l'autorisation

Étape 1 : Vérifier le règlement de copropriété (Semaine 1)

Avant toute démarche, consultez attentivement :

  • Le règlement de copropriété : il précise les travaux interdits ou soumis à conditions
  • L'état descriptif de division : il définit précisément les parties privatives et communes
  • Les procès-verbaux des dernières AG : ils peuvent révéler des décisions antérieures sur des projets similaires

Le syndic professionnel ou le syndic bénévole doit vous fournir ces documents sur simple demande. Comptez 15 à 30 euros de frais de copie.

Étape 2 : Préparer votre demande (Semaines 2-3)

Constituez un dossier complet comprenant :

Documents obligatoires :

  • Description détaillée des travaux envisagés
  • Plans côtés de l'état existant et du projet
  • Devis des entreprises (au moins 2 pour comparaison)
  • Planning prévisionnel des travaux
  • Attestation d'assurance de l'entreprise

Documents recommandés :

  • Études techniques si travaux structurels (bureau d'études agréé)
  • Simulation visuelle du rendu final (photomontage)
  • Avis d'un architecte si projet complexe

Étape 3 : Soumettre la demande au syndic (Semaine 4)

Adressez votre demande par lettre recommandée avec accusé de réception au syndic. Votre courrier doit :

  • Décrire précisément les travaux
  • Demander l'inscription à l'ordre du jour de la prochaine AG
  • Joindre tous les documents préparés
  • Proposer une résolution rédigée

Délai important : votre demande doit parvenir au syndic au minimum 2 mois avant la date prévue de l'AG pour être inscrite à l'ordre du jour. La convocation AG syndic doit en effet être envoyée aux copropriétaires au moins 21 jours avant la réunion.

Étape 4 : Le vote en assemblée générale (Variable)

Les travaux sont votés selon des majorités différentes :

Type de travaux Majorité requise Article de loi
Travaux d'amélioration Majorité absolue (art. 25) Art. 25 loi 1965
Travaux affectant les parties communes Majorité absolue (art. 25) Art. 25 loi 1965
Travaux de transformation Double majorité (art. 26) Art. 26 loi 1965
Changement de destination Unanimité Art. 26 loi 1965

Astuce : si la majorité de l'article 25 n'est pas atteinte mais que le projet recueille au moins 1/3 des voix, un second vote peut avoir lieu à la majorité simple (article 25-1).

Étape 5 : Obtenir l'attestation du syndic (Après AG)

Une fois les travaux approuvés, demandez au syndic :

  • Une copie du procès-verbal de l'AG mentionnant la résolution adoptée
  • Une attestation d'autorisation syndic précisant la nature des travaux autorisés

Cette attestation sera indispensable pour constituer votre dossier de déclaration préalable ou de permis de construire auprès de la commune.

Étape 6 : Déposer l'autorisation d'urbanisme (Parallèle ou après)

Selon l'ampleur de vos travaux, vous devrez déposer :

Déclaration préalable (DP) pour :

Permis de construire pour :

  • Extension supérieure à 20 m² (ou 40 m² en zone U)
  • Changement de destination avec modification de structure
  • Surface totale après travaux dépassant 150 m² (architecte obligatoire)

Délais d'instruction :

  • Déclaration préalable : 1 mois (2 mois en zone ABF)
  • Permis de construire : 2 mois pour une maison, 3 mois pour autres projets

Cas pratiques et exemples chiffrés

Exemple 1 : Installation d'une climatisation split

Situation : Mme Dupont souhaite installer une climatisation réversible dans son appartement au 3ème étage. Le groupe extérieur doit être fixé sur le balcon, visible depuis la rue.

Procédure suivie :

  1. Vérification du règlement : pas d'interdiction, mais nécessité d'homogénéité des installations
  2. Préparation du dossier : devis Daikin 3 800 euros TTC, plan d'implantation, photo de l'équipement
  3. Demande au syndic professionnel : courrier envoyé le 15 janvier
  4. Vote AG du 20 mars : accord à la majorité article 25 (72% des voix)
  5. Dépôt DP en mairie : 2 avril
  6. Accord mairie : 5 mai (non-opposition)
  7. Travaux : juin

Coût total : 3 800 euros (équipement) + 150 euros (frais syndic inscription AG) + 0 euros (DP gratuite) = 3 950 euros

Durée totale : 5 mois du début à la fin des travaux

Exemple 2 : Fermeture d'un balcon en véranda

Situation : M. Martin veut transformer son balcon de 8 m² en véranda fermée pour agrandir son salon.

Analyse juridique :

  • Création de 8 m² de surface de plancher : déclaration préalable obligatoire
  • Modification de l'aspect extérieur : accord copropriété nécessaire
  • L'appartement fait actuellement 75 m² : pas besoin d'architecte après travaux (83 m² < 150 m²)

Procédure :

  1. Consultation architecte conseil gratuit de la mairie : projet validé sur le principe
  2. Devis obtenu : 18 500 euros pour véranda aluminium sur mesure
  3. AG extraordinaire demandée (refus d'attendre l'AG annuelle)
  4. Vote : accord à la majorité article 25 après débat sur l'harmonie visuelle
  5. Condition imposée : couleur RAL 7016 (gris anthracite) identique aux menuiseries de l'immeuble
  6. Dépôt DP avec attestation syndic : accord obtenu en 1 mois

Points d'attention :

  • Le règlement de copropriété prévoyait que les balcons sont des parties communes à jouissance privative
  • L'accord de l'AG était donc indispensable même si M. Martin est "propriétaire" de son balcon

Exemple 3 : Changement complet des fenêtres

Situation : La famille Leblanc souhaite remplacer ses 6 fenêtres simple vitrage par du double vitrage pour améliorer l'isolation de leur appartement.

Complexité : L'immeuble est situé dans le périmètre de protection d'un monument historique (zone ABF).

Procédure :

  1. Consultation du règlement : impose des fenêtres bois blanc à petits carreaux
  2. Demande de dérogation pour PVC aspect bois : refusée par l'AG
  3. Devis fenêtres bois double vitrage : 14 200 euros (contre 7 800 euros en PVC)
  4. Vote AG : accord unanime car projet respecte le cachet de l'immeuble
  5. Dépôt DP avec attestation syndic
  6. Transmission à l'ABF : délai porté à 2 mois
  7. Avis favorable ABF avec prescription de quincaillerie laiton
  8. Travaux : coût final 15 100 euros (quincaillerie en supplément)

Aide obtenue : MaPrimeRénov' de 3 000 euros pour rénovation énergétique, ramenant le reste à charge à 12 100 euros.


Erreurs à éviter

Erreur n°1 : Commencer les travaux avant l'accord de l'AG

C'est l'erreur la plus fréquente et la plus coûteuse. Même avec un accord verbal du syndic, seul le vote en AG fait foi. Un copropriétaire qui installe une climatisation ou modifie sa façade sans autorisation s'expose à :

  • Une action en justice du syndicat des copropriétaires
  • L'obligation de remise en état aux frais du contrevenant
  • Des dommages et intérêts si le trouble a causé un préjudice (dépréciation de l'immeuble)

La prescription pour les infractions au règlement de copropriété est de 10 ans. Un voisin peut donc agir longtemps après les travaux.

Erreur n°2 : Confondre autorisation du syndic et autorisation d'urbanisme

Ces deux autorisations sont indépendantes et cumulatives :

  • L'accord de la copropriété ne dispense pas de l'autorisation d'urbanisme
  • L'autorisation de la mairie ne vaut pas accord de la copropriété

Un permis de construire accordé ne vous protège pas d'une action de la copropriété si vous n'avez pas obtenu son accord préalable.

Erreur n°3 : Mal évaluer la majorité requise

Sous-estimer le niveau de majorité nécessaire conduit souvent à des déconvenues en AG. Renseignez-vous précisément :

  • Travaux d'amélioration sur parties privatives impactant l'extérieur : majorité absolue (art. 25)
  • Travaux sur les parties communes : majorité absolue à double majorité selon l'impact
  • Aliénation de parties communes : unanimité

Erreur n°4 : Négliger la convocation AG syndic

Votre demande doit arriver suffisamment tôt pour être inscrite à l'ordre du jour. Si vous ratez l'AG annuelle, vous devrez :

  • Soit attendre l'AG suivante (jusqu'à 12 mois)
  • Soit demander une AG extraordinaire (coût : 500 à 1 500 euros à votre charge)

Conseil : envoyez votre demande 3 mois avant la date habituelle de l'AG annuelle.

Erreur n°5 : Présenter un dossier incomplet

Un dossier bâclé suscite la méfiance des autres copropriétaires et conduit souvent au rejet. Investissez dans :

  • Des plans professionnels cotés
  • Un photomontage réaliste du rendu final
  • Plusieurs devis pour montrer que vous avez étudié les options

Erreur n°6 : Oublier les travaux sur parties communes lors d'un projet privatif

Vos travaux sur les parties communes connexes à votre projet privatif doivent aussi être autorisés. Exemples courants :

  • Passage de gaines dans les parties communes pour une climatisation
  • Raccordement aux colonnes montantes pour une salle de bains
  • Percement de la dalle du balcon (partie commune) pour évacuation des eaux

Erreur n°7 : Ignorer le recours possible d'un huissier

Un copropriétaire mécontent peut mandater un huissier (commissaire de justice) pour constater les travaux non autorisés. Ce constat a valeur probante devant les tribunaux. Il constitue souvent la première étape d'une action judiciaire.


Questions fréquentes

Faut-il l’accord du syndic pour des travaux en copropriété ?

L'accord du syndic seul ne suffit jamais pour les travaux touchant les parties communes ou l'aspect extérieur. Le syndic n'est que le gestionnaire mandaté : il doit soumettre votre demande au vote de l'assemblée générale des copropriétaires. C'est cette AG qui accorde (ou refuse) l'autorisation de travaux. Le syndic vous délivrera ensuite une attestation mentionnant la décision prise.

En revanche, pour des travaux purement privatifs sans impact sur l'extérieur (peinture, cuisine, salle de bains), aucune autorisation du syndic ni de l'AG n'est requise.

Le syndic peut-il refuser des travaux autorisés par la mairie ?

Oui, absolument. L'autorisation d'urbanisme (déclaration préalable ou permis de construire) et l'accord de la copropriété sont deux procédures totalement indépendantes. La mairie vérifie la conformité au PLU et aux règles d'urbanisme. La copropriété défend ses intérêts privés (harmonie de l'immeuble, respect du règlement de copropriété).

Un exemple fréquent : la mairie accorde une DP pour l'installation d'une climatisation, mais l'AG refuse car le règlement de copropriété interdit les équipements visibles en façade. Vous ne pourrez pas réaliser les travaux malgré l'accord de la mairie.

Le syndic doit-il signer le permis de construire ?

Non, le syndic ne signe pas le permis de construire. Seul le demandeur (vous, en tant que copropriétaire) signe le formulaire CERFA. Cependant, vous devez joindre à votre dossier :

  • Une attestation prouvant que vous avez qualité pour déposer la demande
  • Le procès-verbal de l'AG autorisant les travaux si ceux-ci touchent les parties communes

Cette attestation est délivrée par le syndic après le vote favorable de l'AG. Sans ce document, la commune peut refuser votre dossier pour insuffisance.

Comment obtenir une autorisation de travaux en copropriété ?

La procédure se déroule en 5 étapes :

  1. Consultez le règlement de copropriété pour vérifier que votre projet n'est pas interdit
  2. Préparez un dossier complet : description, plans, devis, planning
  3. Envoyez une demande au syndic par recommandé, au moins 2 mois avant l'AG
  4. Défendez votre projet en AG et obtenez le vote favorable
  5. Récupérez l'attestation du syndic pour votre dossier d'urbanisme

Le délai moyen entre la demande initiale et l'obtention de l'autorisation est de 3 à 6 mois, selon la date de la prochaine AG.

Quels travaux nécessitent l’accord de la copropriété ?

Nécessitent obligatoirement un vote en AG :

  • Modifications de l'aspect extérieur : changement de fenêtres, de volets, de couleur de porte d'entrée, pose de stores extérieurs, climatisation visible, antenne parabolique
  • Travaux sur parties communes : percement de murs porteurs, modification de canalisations communes, intervention sur la toiture ou la façade
  • Travaux affectant la structure : extension sur balcon, création de trémie, suppression d'éléments porteurs
  • Changement de destination : transformation d'un local en habitation ou inversement

Ne nécessitent pas d'accord : travaux purement intérieurs sans impact sur l'extérieur ni sur les parties communes (peinture, cuisine, salle de bains, cloisons non porteuses).


Conclusion

Réaliser des travaux en copropriété demande une double vigilance : respecter les règles d'urbanisme de la commune ET obtenir l'accord de vos copropriétaires via le syndic. Cette procédure, parfois perçue comme contraignante, protège l'harmonie architecturale de l'immeuble et la valeur patrimoniale de tous les lots.

Les points clés à retenir :

  • Le syndic de copropriété est le gestionnaire, mais c'est l'AG qui autorise les travaux
  • Anticipez : envoyez votre demande au moins 2-3 mois avant l'AG
  • Constituez un dossier complet et professionnel pour convaincre vos copropriétaires
  • L'accord de la copropriété est indépendant de l'autorisation d'urbanisme : obtenez les deux
  • Les sanctions pour travaux non autorisés incluent la remise en état à vos frais

Pour votre prochain projet, commencez par récupérer le règlement de copropriété auprès de votre syndic professionnel ou syndic bénévole. Identifiez précisément si vos travaux touchent les parties communes ou l'aspect extérieur. Dans le doute, consultez le conseil syndical ou un avocat spécialisé en droit de la copropriété avant de vous engager.


Sources : Loi n°65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis, Décret n°67-223 du 17 mars 1967, Code de l'urbanisme (articles R421-1 à R421-17), Service-public.fr