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Diagnostic Électricité : Obligations et Procédure pour Vendre Votre Bien

Temps de lecture : 12 minutes

Votre installation électrique a plus de 15 ans et vous vendez votre maison ? Le diagnostic électricité est obligatoire. Sans ce document, votre vente peut être bloquée chez le notaire. Pire : si un problème survient après la transaction, vous risquez de voir votre responsabilité engagée. Ce diagnostic, réalisé par un professionnel certifié, identifie les anomalies potentiellement dangereuses de votre installation. Entre le choix du diagnostiqueur, la préparation du logement et l'interprétation du rapport, les vendeurs se posent légitimement des questions. Voici ce que vous devez savoir pour aborder cette étape sereinement et sécuriser votre transaction immobilière.

Sommaire

Qu'est-ce que le diagnostic électricité ?

Le diagnostic électricité, officiellement appelé "état de l'installation intérieure d'électricité", est un contrôle visuel de votre installation électrique. Il évalue la sécurité des équipements électriques présents dans les parties privatives d'un logement et ses dépendances.

Ce diagnostic est encadré par les articles L134-7 et R134-10 à R134-13 du Code de la construction et de l'habitation. Il fait partie des diagnostics immobiliers obligatoires que tout vendeur doit fournir à l'acquéreur avant la signature de l'acte authentique.

Le diagnostiqueur vérifie 87 points de contrôle répartis en 6 domaines :

Domaine vérifié Points de contrôle Exemples
Appareil général de commande et de protection 12 points Disjoncteur de branchement, accessibilité
Protection différentielle 15 points Présence, sensibilité 30mA
Dispositifs de protection contre les surintensités 18 points Calibrage des fusibles, disjoncteurs divisionnaires
Liaison équipotentielle 8 points Salle de bain, cuisine
Conducteurs et câblages 22 points Sections, état de l'isolant
Installation dans les locaux à risque 12 points Salle d'eau, piscine

Ce que le diagnostic n'est pas

Le diagnostic électricité n'est pas une mise en conformité. Le diagnostiqueur ne répare rien et ne vous oblige pas à faire des travaux. Il constate l'état de l'installation à un instant T. Son rapport informe l'acquéreur des risques potentiels, permettant à celui-ci de négocier le prix ou de prévoir des travaux après l'achat.

Quand est-il obligatoire ?

Pour la vente : installations de plus de 15 ans

Le diagnostic électricité est obligatoire pour la vente de tout bien immobilier dont l'installation électrique a plus de 15 ans. Cette règle s'applique aux :

  • Maisons individuelles
  • Appartements
  • Dépendances (garage, cave, grenier aménagé)
  • Locaux annexes raccordés à l'installation principale

Attention : l'âge de l'installation compte, pas celui du bâtiment. Une maison construite en 1980 mais dont l'installation a été refaite en 2015 n'est pas concernée, à condition de pouvoir prouver cette rénovation (factures, attestation de conformité Consuel).

Pour la location : même règle

Depuis le 1er janvier 2018, les propriétaires bailleurs doivent également fournir ce diagnostic pour toute nouvelle mise en location ou renouvellement de bail. La durée de validité diffère selon la situation :

Contexte Validité du diagnostic
Vente 3 ans
Location 6 ans

Cas particuliers

Le diagnostic concerne uniquement les parties privatives. Pour un appartement en copropriété, il ne porte pas sur les parties communes. Toutefois, si vous vendez un commerce ou un local destiné à devenir un commerce ou magasin de type M, des vérifications supplémentaires peuvent s'appliquer selon la catégorie de l'établissement.

Procédure complète de réalisation

Étape 1 : Choisir un diagnostiqueur certifié (J-15 à J-7)

Le diagnostiqueur doit obligatoirement détenir une certification délivrée par un organisme accrédité COFRAC. Vérifiez cette certification sur l'annuaire du ministère de la Transition écologique.

Critères de choix :

  • Certification en cours de validité (renouvelée tous les 5 ans)
  • Assurance responsabilité civile professionnelle
  • Avis clients vérifiés
  • Prix transparent incluant tous les diagnostics nécessaires

Le coût moyen du diagnostic électricité seul varie entre 100 € et 150 € pour un appartement T3, et entre 120 € et 180 € pour une maison de 4-5 pièces. Les tarifs sont généralement dégressifs si vous regroupez plusieurs diagnostics : DPE, diagnostic amiante, diagnostic plomb, diagnostic gaz et diagnostic termites.

Étape 2 : Préparer le logement (J-1)

Facilitez le travail du diagnostiqueur pour obtenir un rapport complet :

  • Libérez l'accès au tableau électrique : déplacez les meubles qui le masquent
  • Dégagez les prises et interrupteurs : retirez les meubles collés aux murs
  • Rendez accessibles les dépendances : garage, cave, combles
  • Rassemblez les documents : factures de travaux électriques récents, attestation Consuel si existante

Un accès difficile ou impossible à certains équipements sera mentionné dans le rapport comme "point non vérifié", ce qui peut inquiéter les acquéreurs potentiels.

Étape 3 : Le jour du diagnostic (2 à 3 heures)

Le diagnostiqueur procède à un contrôle visuel et à des mesures techniques :

  1. Identification du disjoncteur de branchement : vérifie son accessibilité et son calibrage
  2. Test des dispositifs différentiels : utilisation d'un testeur pour vérifier le déclenchement à 30mA
  3. Contrôle des circuits : correspondance entre le calibre des protections et les sections des câbles
  4. Vérification des liaisons équipotentielles : notamment dans les salles d'eau
  5. Examen des matériels vétustes : prises sans terre, fils sous tube IRL apparent, boîtiers de dérivation ouverts
  6. Mesures de continuité : prise de terre, résistance

Le diagnostiqueur ne démonte rien et n'effectue aucun sondage destructif. Son intervention reste non invasive.

Étape 4 : Réception du rapport (J+1 à J+3)

Le rapport est généralement disponible sous 24 à 72 heures. Il comprend :

  • La liste des anomalies constatées, classées par domaine
  • Une évaluation du niveau de risque (points à risque immédiat vs amélioration conseillée)
  • Des photos illustrant les principales anomalies
  • La durée de validité et les coordonnées du diagnostiqueur certifié

Ce rapport intègre le DDT (Dossier de Diagnostics Techniques) que vous remettrez à l'acquéreur lors du compromis de vente.

Les anomalies les plus fréquentes

Sur les 7 millions de transactions immobilières annuelles en France, deux tiers des diagnostics électricité révèlent au moins une anomalie. Voici les plus courantes :

1. Absence de dispositif différentiel 30mA (46% des cas)

Le différentiel 30mA protège les personnes contre les risques d'électrocution. Son absence ou sa défaillance constitue un danger majeur. Coût de mise en conformité : 150 € à 400 € selon le type de tableau.

2. Absence de liaison équipotentielle dans la salle d'eau (39% des cas)

Cette liaison relie tous les éléments métalliques (canalisations, huisseries, radiateurs) pour éviter les différences de potentiel. Dans une salle de bain, où l'eau est omniprésente, c'est un point de sécurité critique. Coût : 100 € à 250 €.

3. Matériels vétustes ou inadaptés (35% des cas)

Prises sans terre dans les pièces humides, interrupteurs des années 1960, fils sous gaine textile… Ces éléments témoignent d'une installation dépassée. Une rénovation partielle coûte 500 € à 2 000 €, une réfection totale entre 80 € et 120 € par m².

4. Calibrage incorrect des protections (28% des cas)

Un fusible de 20A sur un circuit prévu pour 10A ne déclenchera pas en cas de surcharge, créant un risque d'incendie. Le recalibrage coûte quelques dizaines d'euros mais nécessite l'intervention d'un électricien.

5. Absence de mise à la terre (22% des cas)

La mise à la terre évacue les courants de défaut. Son absence rend inefficace toute protection différentielle. Créer une terre coûte 200 € à 600 € selon la configuration du terrain.

Cas pratiques et exemples

Exemple 1 : Appartement parisien des années 1970

Situation : M. et Mme Durand vendent leur appartement de 65 m² dans le 15e arrondissement. L'installation date de 1972.

Diagnostic : 4 anomalies détectées

  • Absence de différentiel 30mA sur tous les circuits
  • Prises sans terre dans la cuisine et la salle de bain
  • Tableau avec porte-fusibles porcelaine (vétustes)
  • Fils apparents dans le placard technique

Impact sur la vente : Les acquéreurs, informés, ont négocié une baisse de 8 000 € sur le prix initial de 485 000 €, correspondant au devis de mise aux normes qu'ils avaient fait établir.

Leçon : Les anomalies électriques donnent un levier de négociation aux acquéreurs. Anticiper les travaux ou ajuster le prix évite les mauvaises surprises.

Exemple 2 : Maison de campagne avec extension

Situation : Une maison de 120 m² construite en 1985, avec une extension de 30 m² réalisée en 2010 par le propriétaire lui-même.

Diagnostic : 2 anomalies majeures

  • Extension non raccordée au tableau principal (alimentation sauvage depuis une prise)
  • Aucune protection différentielle sur le circuit de l'extension

Conséquence : Le notaire a exigé une attestation de conformité pour l'extension avant de signer l'acte. Le vendeur a dû engager 3 500 € de travaux en urgence, retardant la vente de 6 semaines.

Leçon : Les extensions ou aménagements réalisés sans professionnel (comme pour une colocation ou une location Airbnb) sont souvent sources d'anomalies critiques.

Exemple 3 : Vente d'un bien locatif occupé

Situation : Un investisseur vend un studio de 25 m² loué depuis 2019. Le diagnostic électricité date de 2020 (moins de 3 ans).

Résultat : Le diagnostic est toujours valide pour la vente. L'acquéreur en prend connaissance dans le DDT. Aucune anomalie majeure n'avait été relevée. Transaction fluide.

Leçon : Conservez précieusement vos diagnostics. Un diagnostic récent accélère la vente et rassure les acquéreurs, contribuant potentiellement à une plus-value sur la vente de la maison.

Erreurs à éviter

Erreur n°1 : Commander le diagnostic trop tard

Certains vendeurs attendent la promesse de vente pour lancer les diagnostics. Problème : si des anomalies graves apparaissent, l'acquéreur peut se rétracter ou renégocier à la dernière minute. Anticipez en commandant le diagnostic dès la mise en vente.

Erreur n°2 : Choisir le diagnostiqueur le moins cher

Un tarif anormalement bas (moins de 80 €) doit alerter. Certains diagnostiqueurs bâclent le contrôle pour enchaîner les rendez-vous. Un rapport incomplet ou mal rédigé peut vous être reproché en cas de litige. Vérifiez les avis et la certification avant tout engagement.

Erreur n°3 : Masquer des anomalies connues

Tenter de dissimuler un tableau électrique défaillant derrière un meuble ou refuser l'accès à certaines pièces est contre-productif. Le diagnostiqueur notera "point non vérifié" et l'acquéreur sera doublement méfiant. Jouer la transparence inspire confiance et fluidifie la négociation.

Erreur n°4 : Confondre diagnostic et mise en conformité

Le diagnostic n'oblige pas à faire des travaux. Il informe. En tant que vendeur, vous pouvez vendre en l'état à condition que l'acquéreur soit informé des anomalies. Certains vendeurs engagent des travaux coûteux alors qu'une simple négociation sur le prix aurait suffi.

Erreur n°5 : Oublier les dépendances

Le diagnostic couvre l'installation électrique dans son ensemble, y compris le garage, la cave, l'abri de jardin raccordé ou les combles aménagés. Si le diagnostiqueur n'y a pas eu accès, ces zones seront exclues du rapport, ce qui peut poser problème lors de la vente.

Erreur n°6 : Négliger la date de validité

Un diagnostic électricité est valide 3 ans pour une vente. Passer ce délai, il faudra en commander un nouveau. Si votre bien reste longtemps sur le marché, surveillez cette échéance pour éviter de devoir repayer.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le diagnostic électricité pour la vente ?

Le diagnostic électricité est un état des lieux de l'installation électrique d'un logement dont l'installation a plus de 15 ans. Réalisé par un diagnostiqueur certifié, il vérifie 87 points de contrôle relatifs à la sécurité : protection différentielle, mise à la terre, calibrage des protections, état des équipements. Le rapport, valide 3 ans, informe l'acquéreur des éventuelles anomalies sans obliger le vendeur à effectuer des travaux.

Quand le diagnostic électricité est-il obligatoire ?

Le diagnostic électricité est obligatoire pour toute vente d'un bien immobilier à usage d'habitation dont l'installation électrique a plus de 15 ans. Depuis 2018, il est également requis pour la mise en location. L'absence de ce diagnostic lors de la signature de l'acte authentique peut engager la responsabilité du vendeur en cas de vice caché. Le document doit être annexé au compromis ou à l'acte de vente dans le dossier de diagnostics techniques (DDT).

Quels documents fournir au diagnostiqueur ?

Pour faciliter le diagnostic, rassemblez : les factures de travaux électriques récents, l'attestation de conformité Consuel si l'installation a été refaite, le précédent diagnostic électricité si existant, et tout document prouvant l'âge de l'installation. Ces éléments permettent au diagnostiqueur de contextualiser son contrôle. L'accès libre au tableau électrique, aux prises, interrupteurs et dépendances est indispensable pour un rapport complet.

Quel est le délai pour obtenir le diagnostic ?

L'intervention sur place dure entre 1h30 et 3h selon la surface et la complexité de l'installation. Le rapport définitif est généralement disponible sous 24 à 72 heures après la visite. En période chargée (printemps, rentrée), prévoyez 1 à 2 semaines de délai pour obtenir un rendez-vous. Nous conseillons de commander le diagnostic dès la mise en vente pour éviter tout retard dans la transaction.

Que faire si le diagnostic révèle des anomalies graves ?

Aucune obligation légale ne vous contraint à réaliser les travaux avant la vente. Vous avez trois options : vendre en l'état en informant l'acquéreur (qui négociera probablement le prix), réaliser les travaux pour vendre au prix souhaité, ou ajuster votre prix de vente en conséquence. Si des anomalies présentent un danger immédiat (fils dénudés sous tension, absence totale de protection), signalez-les à un électricien avant toute visite pour éviter un accident.

Combien coûte un diagnostic électricité ?

Le prix d'un diagnostic électricité varie entre 100 € et 180 € selon la surface du bien et sa localisation géographique. Pour un appartement T2-T3, comptez environ 100-120 €. Pour une maison de 100 m² avec dépendances, le tarif monte à 150-180 €. Les diagnostiqueurs proposent souvent des packs regroupant tous les diagnostics obligatoires (électricité, gaz, DPE, amiante, plomb) avec un tarif global plus avantageux, généralement entre 300 € et 500 €.

Conclusion

Le diagnostic électricité est une formalité incontournable pour vendre un bien dont l'installation a plus de 15 ans. Valide 3 ans, il coûte entre 100 € et 180 € et protège autant le vendeur que l'acquéreur. Deux tiers des logements présentent au moins une anomalie : ce n'est pas un obstacle à la vente, mais une information qui doit être partagée loyalement.

Pour une transaction sereine, commandez votre diagnostic dès la mise en vente. Choisissez un diagnostiqueur certifié avec de bonnes références. Préparez l'accès à tous les équipements électriques. En cas d'anomalies, évaluez l'intérêt de faire les travaux ou d'ajuster votre prix plutôt que de masquer les problèmes.

Votre prochaine étape : si ce n'est pas déjà fait, vérifiez que vous disposez de l'ensemble des diagnostics obligatoires. Le diagnostic de performance énergétique est devenu particulièrement scruté par les acquéreurs depuis la réforme de 2021. Anticipez ces démarches pour maîtriser votre calendrier de vente.


Sources : Code de la construction et de l'habitation (articles L134-7 et R134-10 à R134-13), Arrêté du 28 septembre 2017 définissant le modèle et la méthode de réalisation de l'état de l'installation intérieure d'électricité, Service-public.fr