Architecte d'intérieur : Ce qu'il peut faire (et ne pas faire) pour votre projet
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Vous rénovez votre appartement et cherchez un professionnel pour repenser l'agencement des espaces. Un ami vous recommande un "architecte d'intérieur", un autre parle d'"architecte DPLG". Ces deux métiers portent le même mot, mais leurs compétences et leurs prérogatives sont radicalement différentes. L'architecte d'intérieur ne peut pas signer un permis de construire. L'architecte DPLG peut tout faire, y compris l'aménagement intérieur. Avant d'engager le mauvais professionnel, clarifions les rôles de chacun.
Sommaire
- Architecte d'intérieur : définition et formation
- Différences avec l'architecte DPLG/HMONP
- Missions de l'architecte d'intérieur
- Quand faut-il un architecte DPLG ?
- Cas pratiques et exemples
- Erreurs à éviter
- Questions fréquentes
- Conclusion
Architecte d'intérieur : définition et formation
L'architecte d'intérieur est un professionnel de l'aménagement des espaces intérieurs. Il conçoit l'organisation fonctionnelle et esthétique d'un lieu : circulation, mobilier, matériaux, couleurs, éclairage.
Formation
Contrairement à l'architecte DPLG ou HMONP, l'architecte d'intérieur n'est pas diplômé d'une école nationale d'architecture. Il est généralement issu :
- D'une école reconnue par le CFAI (Conseil français des architectes d'intérieur)
- D'un BTS Design d'espace ou d'un DN MADE
- D'une école privée d'arts appliqués
La formation dure 4 à 5 ans après le bac. Le titre d'"architecte d'intérieur" est protégé : seuls les professionnels inscrits au CFAI peuvent l'utiliser officiellement.
Statut juridique
L'architecte d'intérieur n'est pas inscrit à l'Ordre des architectes. Cette distinction est fondamentale :
| Critère | Architecte d'intérieur | Architecte DPLG/HMONP |
|---|---|---|
| Inscription Ordre | Non | Obligatoire |
| Permis de construire | Ne peut pas signer | Peut signer |
| Seuil 150 m² | Non concerné | Obligatoire au-delà |
| Assurance décennale | Non obligatoire | Obligatoire |
Domaine d'intervention
L'architecte d'intérieur intervient sur l'aménagement sans modification de structure :
- Redistribution des cloisons (non porteuses)
- Choix des revêtements (sols, murs, plafonds)
- Conception du mobilier sur mesure
- Éclairage et ambiance
- Sélection des matériaux et coloris
Différences avec l'architecte DPLG/HMONP
L'architecte inscrit à l'Ordre
L'architecte DPLG (diplômé par le gouvernement, avant 2007) ou architecte HMONP (habilité à la maîtrise d'œuvre en son nom propre, après 2007) est le seul professionnel autorisé à :
- Signer un permis de construire
- Intervenir sur les structures porteuses
- Concevoir une construction neuve
- Réaliser une extension ou surélévation
L'architecte DPLG ou HMONP est inscrit à l'Ordre des architectes, une obligation légale pour exercer la maîtrise d'œuvre.
Le seuil des 150 m²
Le seuil architecte obligatoire de 150 m² ne concerne que l'architecte inscrit à l'Ordre, pas l'architecte d'intérieur. Ce seuil s'applique uniquement aux projets nécessitant un permis de construire :
- Construction neuve > 150 m² de surface de plancher
- Extension portant le total à plus de 150 m²
Un projet purement intérieur, sans modification de structure ni de façade, ne nécessite généralement aucune autorisation d'urbanisme et donc aucun architecte obligatoire.
Cabinet d'architecture vs agence d'architecture d'intérieur
Un cabinet d'architecture (ou agence d'architecture) est dirigé par un ou plusieurs architectes DPLG/HMONP. Il peut réaliser tous types de projets, y compris l'aménagement intérieur.
Une agence d'architecture d'intérieur ne peut intervenir que sur l'aménagement sans toucher au bâti. Si le projet évolue vers une extension ou une modification de façade, il faudra faire appel à un architecte inscrit.
Missions de l'architecte d'intérieur
Phase conception
L'architecte d'intérieur commence par une phase d'étude :
- Relevé de l'existant : mesures, contraintes techniques
- Programme : recueil des besoins du client
- Esquisse : premières propositions d'aménagement
- Avant-projet : plans détaillés, choix des matériaux
- Projet définitif : plans d'exécution, devis descriptif
Sélection et coordination
L'architecte d'intérieur sélectionne :
- Les artisans (menuisier, électricien, peintre, carreleur)
- Les fournisseurs de matériaux
- Les fabricants de mobilier sur mesure
Il coordonne les interventions et suit le chantier jusqu'à la réception des travaux.
Ce que l'architecte d'intérieur ne peut PAS faire
Interventions interdites sans architecte DPLG :
- Percement de murs porteurs
- Modification de la toiture
- Création d'ouvertures en façade
- Extension ou surélévation
- Changement de destination du bâtiment
- Dépôt d'un permis de construire
Pour ces travaux, le recours à un architecte inscrit est indispensable. Si la surface totale dépasse 150 m², l'architecte est obligatoire.
Quand faut-il un architecte DPLG ?
Travaux nécessitant un permis de construire
Un permis de construire est obligatoire pour :
- Toute construction neuve > 20 m² (ou > 40 m² en zone U PLU)
- Les extensions et surélévations au-delà de ces seuils
- Les changements de destination avec modification de structure ou de façade
Dans ces cas, si la surface totale après travaux dépasse 150 m², l'architecte DPLG ou HMONP est obligatoire. L'architecte d'intérieur ne peut pas intervenir seul.
Modification de structure
Toute intervention sur les éléments porteurs (murs, poteaux, poutres, planchers) relève de la compétence d'un architecte ou d'un ingénieur structure. L'architecte d'intérieur peut proposer l'aménagement, mais la faisabilité structurelle doit être validée par un professionnel qualifié.
Projet en zone ABF
En périmètre de monument historique ou en site classé, même une modification de façade mineure nécessite l'avis de l'Architecte des Bâtiments de France (ABF). L'architecte d'intérieur ne peut pas déposer ce type de dossier.
Le cas du permis sans architecte
Un particulier peut déposer un permis sans architecte si la surface totale reste sous 150 m². Mais cela concerne uniquement les projets impliquant un permis. Pour un simple aménagement intérieur sans permis, la question ne se pose pas.
Cas pratiques et exemples
Exemple 1 : Rénovation d'un appartement haussmannien (120 m²)
Sophie souhaite réagencer son appartement parisien : ouvrir la cuisine sur le salon, refaire les sols, créer un dressing.
Analyse :
- Pas de modification de façade
- Cloisons à abattre : non porteuses (vérification préalable)
- Pas de changement de destination
- Surface < 150 m²
Professionnel adapté : Architecte d'intérieur
Budget : 8 000 à 12 000 € HT (honoraires conception + suivi)
L'architecte d'intérieur conçoit l'aménagement, sélectionne les matériaux et coordonne les artisans. Pas de permis nécessaire, donc pas besoin d'architecte DPLG.
Exemple 2 : Extension d'une maison avec réaménagement (maison 130 m² + extension 35 m²)
Marc veut agrandir sa maison de 130 m² avec une extension de 35 m² et en profiter pour réorganiser l'intérieur existant.
Analyse :
- Extension de 35 m² en zone U PLU = déclaration préalable possible
- Mais total après travaux = 165 m² > seuil 150 m²
- Modification de façade (création baie vitrée)
Professionnel obligatoire : Architecte DPLG/HMONP
Marc doit faire appel à un architecte inscrit à l'Ordre. Celui-ci peut également concevoir l'aménagement intérieur. Un architecte d'intérieur pourrait intervenir en complément pour la décoration, mais l'architecte DPLG reste le maître d'œuvre légal.
Budget architecte : 15 000 à 20 000 € HT (mission complète)
Exemple 3 : Aménagement de combles sans modification de toiture (45 m²)
Claire transforme ses combles perdus en chambre et salle de bain. La toiture existante offre une hauteur suffisante, pas de modification de structure ni de façade.
Analyse :
- Surface créée : 45 m² > 20 m² en zone standard = permis de construire
- Maison existante : 110 m², total après travaux : 155 m²
- Seuil 150 m² dépassé
Professionnel obligatoire : Architecte DPLG/HMONP
Même si l'aménagement est "intérieur", la création de surface de plancher nécessite un permis. Le plan de masse devra être mis à jour avec les nouvelles surfaces. L'architecte établira également le PCMI6 (insertion paysagère).
Budget architecte : 6 000 à 10 000 € HT
Exemple 4 : Rénovation d'un local commercial en boutique
Paul transforme un ancien entrepôt de 80 m² en boutique de décoration. Le local est déjà à usage commercial, pas de changement de destination.
Analyse :
- Pas de modification de structure
- Façade : remplacement de la vitrine (modification aspect extérieur)
- Surface < 150 m², personne physique
Professionnel adapté : Selon les travaux
Pour l'aménagement intérieur : architecte d'intérieur possible. Pour le remplacement de la vitrine : déclaration préalable nécessaire, l'architecte d'intérieur peut aider mais ne peut pas déposer le dossier si celui-ci implique un plan de masse.
Erreurs à éviter
1. Confondre les deux métiers
Un architecte d'intérieur n'est pas un architecte DPLG. Les deux professions ont des compétences différentes et des prérogatives légales distinctes. Vérifiez toujours l'inscription à l'Ordre pour les projets nécessitant un permis.
2. Faire des travaux de structure sans architecte
Abattre un mur porteur sans étude préalable peut mettre en péril la stabilité du bâtiment. L'architecte d'intérieur peut proposer l'aménagement, mais seul un architecte ou un ingénieur structure peut valider la faisabilité.
3. Sous-estimer les démarches administratives
Même un projet apparemment "intérieur" peut nécessiter une autorisation :
- Création de surface habitable (combles, garage)
- Modification de façade (fenêtres, volets)
- Changement de destination
Consultez le délai d'instruction avant de planifier votre chantier.
4. Négliger l'assurance
L'architecte d'intérieur n'a pas d'obligation d'assurance décennale. En cas de sinistre, la couverture peut être insuffisante. L'architecte DPLG est obligatoirement assuré. Vérifiez les attestations d'assurance de tous les intervenants.
5. Choisir sur le seul critère du prix
Les honoraires d'un architecte d'intérieur (8 à 15 % du montant des travaux) peuvent sembler élevés. Mais un professionnel expérimenté évite les erreurs coûteuses et optimise le budget travaux. Le moins-disant n'est pas toujours le meilleur choix.
Questions fréquentes
L’architecte d’intérieur peut-il signer un permis de construire ?
Non. Seul un architecte inscrit à l'Ordre des architectes (DPLG ou HMONP) peut signer un permis de construire. L'architecte d'intérieur n'étant pas inscrit à l'Ordre, il ne dispose pas de cette prérogative. Pour un projet nécessitant un permis et dépassant le seuil de 150 m², le recours à un architecte inscrit est obligatoire. L'architecte d'intérieur peut intervenir en complément sur l'aménagement intérieur.
Combien coûte un architecte d’intérieur ?
Les honoraires d'un architecte d'intérieur varient selon la mission et la surface. En pourcentage du budget travaux : 8 à 15 % pour une mission complète (conception + suivi de chantier). En forfait : 3 000 à 8 000 € pour un appartement de 60-100 m², 8 000 à 15 000 € pour 100-200 m². Une mission de conseil (esquisse seule) peut coûter 1 500 à 3 000 €. Les tarifs varient selon la notoriété du professionnel et la localisation (Paris étant plus cher).
Architecte obligatoire à partir de quelle surface ?
L'architecte inscrit à l'Ordre est obligatoire dès que la surface de plancher totale (existant + projet) dépasse 150 m² pour un projet nécessitant un permis de construire. Ce seuil ne concerne pas l'architecte d'intérieur. Un aménagement purement intérieur (sans permis) ne déclenche jamais l'obligation d'architecte, quelle que soit la surface. En revanche, si le projet implique une extension ou une modification de structure, le seuil s'applique.
Quand l’architecte est-il obligatoire ?
L'architecte DPLG/HMONP est obligatoire dans trois cas : (1) le projet nécessite un permis de construire et la surface totale dépasse 150 m², (2) le maître d'ouvrage est une personne morale (société, association), (3) le projet est situé en secteur sauvegardé. Pour une extension de 40 m² sur une maison de 120 m², le total atteint 160 m² : architecte obligatoire. Pour un simple réaménagement intérieur sans permis : jamais obligatoire.
Construire sans architecte est-ce possible ?
Oui, sous conditions. Un particulier peut déposer un permis sans architecte si la surface de plancher totale après travaux reste inférieure ou égale à 150 m². Pour un aménagement intérieur sans permis (redistribution de cloisons non porteuses, décoration), aucun architecte n'est jamais obligatoire. L'architecte d'intérieur peut accompagner ce type de projet. En revanche, toute modification de structure ou création de surface nécessite une analyse au cas par cas.
Extension avec ou sans architecte ?
Pour une extension, tout dépend de la surface totale après travaux. Extension 30 m² sur maison 100 m² = total 130 m² < 150 m² : permis sans architecte possible. Extension 30 m² sur maison 130 m² = total 160 m² > 150 m² : architecte obligatoire. L'architecte d'intérieur ne peut pas intervenir sur l'extension elle-même (travaux extérieurs), mais peut concevoir l'aménagement intérieur de l'espace agrandi.
Conclusion
Architecte d'intérieur et architecte DPLG/HMONP sont deux métiers complémentaires mais distincts. Le premier excelle dans l'aménagement des espaces, le choix des matériaux et la coordination des artisans. Le second est indispensable dès qu'un projet touche à la structure, à la façade ou nécessite un permis de construire.
Pour choisir le bon professionnel :
- Projet purement intérieur (cloisons, décoration, mobilier) : architecte d'intérieur
- Extension, surélévation, modification de façade : architecte DPLG/HMONP
- Surface totale > 150 m² avec permis : architecte DPLG/HMONP obligatoire
Les deux professions peuvent collaborer sur un même projet. L'architecte DPLG conçoit l'extension et dépose le permis, l'architecte d'intérieur prend le relais pour l'aménagement intérieur.
Avant de vous engager, vérifiez les références et les assurances du professionnel. Un projet bien accompagné, c'est un chantier serein et un résultat à la hauteur de vos attentes.
Sources : Ordre des architectes, CFAI (Conseil français des architectes d'intérieur), Code de l'urbanisme (articles R431-2, R421-1 à R421-17), Service-public.fr
