Architecte d'intérieur : Ce qu'il peut faire (et ne pas faire) pour votre projet

Temps de lecture : 11 minutes

Vous rénovez votre appartement et cherchez un professionnel pour repenser l'agencement des espaces. Un ami vous recommande un "architecte d'intérieur", un autre parle d'"architecte DPLG". Ces deux métiers portent le même mot, mais leurs compétences et leurs prérogatives sont radicalement différentes. L'architecte d'intérieur ne peut pas signer un permis de construire. L'architecte DPLG peut tout faire, y compris l'aménagement intérieur. Avant d'engager le mauvais professionnel, clarifions les rôles de chacun.

Sommaire

Architecte d'intérieur : définition et formation

L'architecte d'intérieur est un professionnel de l'aménagement des espaces intérieurs. Il conçoit l'organisation fonctionnelle et esthétique d'un lieu : circulation, mobilier, matériaux, couleurs, éclairage.

Formation

Contrairement à l'architecte DPLG ou HMONP, l'architecte d'intérieur n'est pas diplômé d'une école nationale d'architecture. Il est généralement issu :

La formation dure 4 à 5 ans après le bac. Le titre d'"architecte d'intérieur" est protégé : seuls les professionnels inscrits au CFAI peuvent l'utiliser officiellement.

Statut juridique

L'architecte d'intérieur n'est pas inscrit à l'Ordre des architectes. Cette distinction est fondamentale :

Critère Architecte d'intérieur Architecte DPLG/HMONP
Inscription Ordre Non Obligatoire
Permis de construire Ne peut pas signer Peut signer
Seuil 150 m² Non concerné Obligatoire au-delà
Assurance décennale Non obligatoire Obligatoire

Domaine d'intervention

L'architecte d'intérieur intervient sur l'aménagement sans modification de structure :

Différences avec l'architecte DPLG/HMONP

L'architecte inscrit à l'Ordre

L'architecte DPLG (diplômé par le gouvernement, avant 2007) ou architecte HMONP (habilité à la maîtrise d'œuvre en son nom propre, après 2007) est le seul professionnel autorisé à :

L'architecte DPLG ou HMONP est inscrit à l'Ordre des architectes, une obligation légale pour exercer la maîtrise d'œuvre.

Le seuil des 150 m²

Le seuil architecte obligatoire de 150 m² ne concerne que l'architecte inscrit à l'Ordre, pas l'architecte d'intérieur. Ce seuil s'applique uniquement aux projets nécessitant un permis de construire :

Un projet purement intérieur, sans modification de structure ni de façade, ne nécessite généralement aucune autorisation d'urbanisme et donc aucun architecte obligatoire.

Cabinet d'architecture vs agence d'architecture d'intérieur

Un cabinet d'architecture (ou agence d'architecture) est dirigé par un ou plusieurs architectes DPLG/HMONP. Il peut réaliser tous types de projets, y compris l'aménagement intérieur.

Une agence d'architecture d'intérieur ne peut intervenir que sur l'aménagement sans toucher au bâti. Si le projet évolue vers une extension ou une modification de façade, il faudra faire appel à un architecte inscrit.

Missions de l'architecte d'intérieur

Phase conception

L'architecte d'intérieur commence par une phase d'étude :

  1. Relevé de l'existant : mesures, contraintes techniques
  2. Programme : recueil des besoins du client
  3. Esquisse : premières propositions d'aménagement
  4. Avant-projet : plans détaillés, choix des matériaux
  5. Projet définitif : plans d'exécution, devis descriptif

Sélection et coordination

L'architecte d'intérieur sélectionne :

Il coordonne les interventions et suit le chantier jusqu'à la réception des travaux.

Ce que l'architecte d'intérieur ne peut PAS faire

Interventions interdites sans architecte DPLG :

Pour ces travaux, le recours à un architecte inscrit est indispensable. Si la surface totale dépasse 150 m², l'architecte est obligatoire.

Quand faut-il un architecte DPLG ?

Travaux nécessitant un permis de construire

Un permis de construire est obligatoire pour :

Dans ces cas, si la surface totale après travaux dépasse 150 m², l'architecte DPLG ou HMONP est obligatoire. L'architecte d'intérieur ne peut pas intervenir seul.

Modification de structure

Toute intervention sur les éléments porteurs (murs, poteaux, poutres, planchers) relève de la compétence d'un architecte ou d'un ingénieur structure. L'architecte d'intérieur peut proposer l'aménagement, mais la faisabilité structurelle doit être validée par un professionnel qualifié.

Projet en zone ABF

En périmètre de monument historique ou en site classé, même une modification de façade mineure nécessite l'avis de l'Architecte des Bâtiments de France (ABF). L'architecte d'intérieur ne peut pas déposer ce type de dossier.

Le cas du permis sans architecte

Un particulier peut déposer un permis sans architecte si la surface totale reste sous 150 m². Mais cela concerne uniquement les projets impliquant un permis. Pour un simple aménagement intérieur sans permis, la question ne se pose pas.

Cas pratiques et exemples

Exemple 1 : Rénovation d'un appartement haussmannien (120 m²)

Sophie souhaite réagencer son appartement parisien : ouvrir la cuisine sur le salon, refaire les sols, créer un dressing.

Analyse :

Professionnel adapté : Architecte d'intérieur

Budget : 8 000 à 12 000 € HT (honoraires conception + suivi)

L'architecte d'intérieur conçoit l'aménagement, sélectionne les matériaux et coordonne les artisans. Pas de permis nécessaire, donc pas besoin d'architecte DPLG.

Exemple 2 : Extension d'une maison avec réaménagement (maison 130 m² + extension 35 m²)

Marc veut agrandir sa maison de 130 m² avec une extension de 35 m² et en profiter pour réorganiser l'intérieur existant.

Analyse :

Professionnel obligatoire : Architecte DPLG/HMONP

Marc doit faire appel à un architecte inscrit à l'Ordre. Celui-ci peut également concevoir l'aménagement intérieur. Un architecte d'intérieur pourrait intervenir en complément pour la décoration, mais l'architecte DPLG reste le maître d'œuvre légal.

Budget architecte : 15 000 à 20 000 € HT (mission complète)

Exemple 3 : Aménagement de combles sans modification de toiture (45 m²)

Claire transforme ses combles perdus en chambre et salle de bain. La toiture existante offre une hauteur suffisante, pas de modification de structure ni de façade.

Analyse :

Professionnel obligatoire : Architecte DPLG/HMONP

Même si l'aménagement est "intérieur", la création de surface de plancher nécessite un permis. Le plan de masse devra être mis à jour avec les nouvelles surfaces. L'architecte établira également le PCMI6 (insertion paysagère).

Budget architecte : 6 000 à 10 000 € HT

Exemple 4 : Rénovation d'un local commercial en boutique

Paul transforme un ancien entrepôt de 80 m² en boutique de décoration. Le local est déjà à usage commercial, pas de changement de destination.

Analyse :

Professionnel adapté : Selon les travaux

Pour l'aménagement intérieur : architecte d'intérieur possible. Pour le remplacement de la vitrine : déclaration préalable nécessaire, l'architecte d'intérieur peut aider mais ne peut pas déposer le dossier si celui-ci implique un plan de masse.

Erreurs à éviter

1. Confondre les deux métiers

Un architecte d'intérieur n'est pas un architecte DPLG. Les deux professions ont des compétences différentes et des prérogatives légales distinctes. Vérifiez toujours l'inscription à l'Ordre pour les projets nécessitant un permis.

2. Faire des travaux de structure sans architecte

Abattre un mur porteur sans étude préalable peut mettre en péril la stabilité du bâtiment. L'architecte d'intérieur peut proposer l'aménagement, mais seul un architecte ou un ingénieur structure peut valider la faisabilité.

3. Sous-estimer les démarches administratives

Même un projet apparemment "intérieur" peut nécessiter une autorisation :

Consultez le délai d'instruction avant de planifier votre chantier.

4. Négliger l'assurance

L'architecte d'intérieur n'a pas d'obligation d'assurance décennale. En cas de sinistre, la couverture peut être insuffisante. L'architecte DPLG est obligatoirement assuré. Vérifiez les attestations d'assurance de tous les intervenants.

5. Choisir sur le seul critère du prix

Les honoraires d'un architecte d'intérieur (8 à 15 % du montant des travaux) peuvent sembler élevés. Mais un professionnel expérimenté évite les erreurs coûteuses et optimise le budget travaux. Le moins-disant n'est pas toujours le meilleur choix.

Questions fréquentes

L’architecte d’intérieur peut-il signer un permis de construire ?

Non. Seul un architecte inscrit à l'Ordre des architectes (DPLG ou HMONP) peut signer un permis de construire. L'architecte d'intérieur n'étant pas inscrit à l'Ordre, il ne dispose pas de cette prérogative. Pour un projet nécessitant un permis et dépassant le seuil de 150 m², le recours à un architecte inscrit est obligatoire. L'architecte d'intérieur peut intervenir en complément sur l'aménagement intérieur.

Combien coûte un architecte d’intérieur ?

Les honoraires d'un architecte d'intérieur varient selon la mission et la surface. En pourcentage du budget travaux : 8 à 15 % pour une mission complète (conception + suivi de chantier). En forfait : 3 000 à 8 000 € pour un appartement de 60-100 m², 8 000 à 15 000 € pour 100-200 m². Une mission de conseil (esquisse seule) peut coûter 1 500 à 3 000 €. Les tarifs varient selon la notoriété du professionnel et la localisation (Paris étant plus cher).

Architecte obligatoire à partir de quelle surface ?

L'architecte inscrit à l'Ordre est obligatoire dès que la surface de plancher totale (existant + projet) dépasse 150 m² pour un projet nécessitant un permis de construire. Ce seuil ne concerne pas l'architecte d'intérieur. Un aménagement purement intérieur (sans permis) ne déclenche jamais l'obligation d'architecte, quelle que soit la surface. En revanche, si le projet implique une extension ou une modification de structure, le seuil s'applique.

Quand l’architecte est-il obligatoire ?

L'architecte DPLG/HMONP est obligatoire dans trois cas : (1) le projet nécessite un permis de construire et la surface totale dépasse 150 m², (2) le maître d'ouvrage est une personne morale (société, association), (3) le projet est situé en secteur sauvegardé. Pour une extension de 40 m² sur une maison de 120 m², le total atteint 160 m² : architecte obligatoire. Pour un simple réaménagement intérieur sans permis : jamais obligatoire.

Construire sans architecte est-ce possible ?

Oui, sous conditions. Un particulier peut déposer un permis sans architecte si la surface de plancher totale après travaux reste inférieure ou égale à 150 m². Pour un aménagement intérieur sans permis (redistribution de cloisons non porteuses, décoration), aucun architecte n'est jamais obligatoire. L'architecte d'intérieur peut accompagner ce type de projet. En revanche, toute modification de structure ou création de surface nécessite une analyse au cas par cas.

Extension avec ou sans architecte ?

Pour une extension, tout dépend de la surface totale après travaux. Extension 30 m² sur maison 100 m² = total 130 m² < 150 m² : permis sans architecte possible. Extension 30 m² sur maison 130 m² = total 160 m² > 150 m² : architecte obligatoire. L'architecte d'intérieur ne peut pas intervenir sur l'extension elle-même (travaux extérieurs), mais peut concevoir l'aménagement intérieur de l'espace agrandi.

Conclusion

Architecte d'intérieur et architecte DPLG/HMONP sont deux métiers complémentaires mais distincts. Le premier excelle dans l'aménagement des espaces, le choix des matériaux et la coordination des artisans. Le second est indispensable dès qu'un projet touche à la structure, à la façade ou nécessite un permis de construire.

Pour choisir le bon professionnel :

Les deux professions peuvent collaborer sur un même projet. L'architecte DPLG conçoit l'extension et dépose le permis, l'architecte d'intérieur prend le relais pour l'aménagement intérieur.

Avant de vous engager, vérifiez les références et les assurances du professionnel. Un projet bien accompagné, c'est un chantier serein et un résultat à la hauteur de vos attentes.


Sources : Ordre des architectes, CFAI (Conseil français des architectes d'intérieur), Code de l'urbanisme (articles R431-2, R421-1 à R421-17), Service-public.fr