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Loi Littoral : Construire en Zone Côtière, Ce Qu'il Faut Savoir

Temps de lecture : 12 minutes

Vous possédez un terrain sur le littoral et souhaitez y construire ? La loi Littoral du 3 janvier 1986 impose des règles strictes qui surprennent beaucoup de propriétaires. Bande des 100 mètres inconstructible, continuité avec l'urbanisation existante, espaces remarquables protégés… Ces contraintes peuvent réduire considérablement les possibilités de construction, voire rendre un terrain totalement inconstructible malgré son classement en zone constructible au PLU. Pourtant, des projets aboutissent chaque année. La clé : comprendre précisément ce que la loi autorise et interdit, et adapter son projet en conséquence. Voici les règles réelles, les cas particuliers et les démarches à suivre pour concrétiser votre projet en bord de mer.

Sommaire

Qu'est-ce que la loi Littoral ?

La loi Littoral (loi n° 86-2 du 3 janvier 1986) est un texte fondateur de la protection du littoral français. Elle s'applique aux communes riveraines de la mer, des océans, des estuaires et des deltas, ainsi qu'aux communes riveraines de certains lacs de plus de 1 000 hectares. Au total, environ 1 200 communes sont concernées en France métropolitaine et outre-mer.

Cette loi vise à concilier trois objectifs parfois contradictoires :

  • Préserver les espaces naturels et les paysages côtiers
  • Permettre le développement économique des communes littorales
  • Garantir l'accès au rivage pour tous les citoyens

Les articles L121-1 à L121-51 du Code de l'urbanisme codifient ces dispositions. Contrairement à ce que beaucoup croient, la loi Littoral ne rend pas tout le littoral inconstructible. Elle encadre strictement les conditions de construction selon la distance au rivage et la nature des espaces.

Communes concernées

Pour savoir si votre commune est soumise à la loi Littoral, consultez la liste officielle établie par décret. Sont concernées :

  • Les communes riveraines des mers et océans
  • Les communes riveraines des étangs salés
  • Les communes riveraines des plans d'eau de plus de 1 000 ha (lac Léman, lac de Serre-Ponçon, etc.)
  • Les communes participant aux équilibres économiques et écologiques littoraux (liste fixée par décret)

La réglementation littorale se cumule avec le PLU local. Vous pouvez consulter le PLU en ligne pour connaître les règles spécifiques à votre parcelle, mais le PLU ne peut pas déroger aux principes de la loi Littoral.

Articulation avec les autres réglementations

La loi Littoral s'articule avec d'autres dispositifs. Comme pour la Loi Montagne qui encadre les constructions en altitude, elle impose des règles de continuité urbaine. La Loi de Simplification de l'Urbanisme 2025 a apporté quelques assouplissements ciblés, notamment pour les exploitations agricoles, mais les principes fondamentaux restent inchangés.

Les zones et leurs contraintes

La bande des 100 mètres : interdiction quasi-totale

C'est la règle la plus connue. Dans une bande de 100 mètres à compter de la limite haute du rivage, les constructions et installations sont interdites. Cette distance se mesure horizontalement, pas en suivant la pente.

Exceptions limitées :

  • Constructions ou installations nécessaires à des services publics ou à des activités économiques exigeant la proximité immédiate de l'eau
  • Aménagements légers destinés à l'accueil du public (sanitaires, postes de secours)
  • Extension limitée des constructions existantes (sous conditions strictes)

En pratique, une maison d'habitation ne peut jamais être construite dans cette bande, même si le terrain est classé constructible au PLU. Un propriétaire qui a acheté un terrain à 80 mètres de la mer devra revoir totalement son projet.

Les espaces remarquables : inconstructibilité absolue

L'article L121-23 du Code de l'urbanisme définit les espaces terrestres et marins remarquables. Ces espaces sont totalement inconstructibles, sans aucune exception pour l'habitation :

  • Dunes, landes côtières, plages
  • Forêts et zones boisées proches du rivage
  • Îlots inhabités, parties naturelles des estuaires
  • Zones humides et milieux nécessaires au maintien des équilibres biologiques

Le SCoT (Schéma de Cohérence Territoriale) identifie ces espaces remarquables. Leur délimitation précise figure au PLU. Avant tout achat de terrain, vérifiez que votre parcelle n'est pas classée en espace remarquable.

Les espaces proches du rivage : urbanisation limitée

Entre la bande des 100 mètres et les espaces plus éloignés, les "espaces proches du rivage" font l'objet d'une protection intermédiaire. L'extension de l'urbanisation y est limitée et doit être justifiée dans le PLU.

Concrètement :

  • Les constructions doivent respecter la continuité avec l'urbanisation existante
  • Les projets isolés sont refusés, même sur terrain constructible
  • La densité doit rester compatible avec le caractère des lieux

La continuité avec l'urbanisation existante

C'est le principe central de la loi Littoral, applicable dans toutes les communes concernées. L'article L121-8 du Code de l'urbanisme impose que l'urbanisation se réalise :

  • Soit en continuité avec les agglomérations et villages existants
  • Soit en hameaux nouveaux intégrés à l'environnement

Un terrain situé à 500 mètres du dernier bâtiment du village sera généralement inconstructible, même s'il se trouve à 2 km de la mer. La jurisprudence est constante sur ce point : un permis de construire accordé en discontinuité urbaine sera annulé par le tribunal administratif.

Cas particulier : les "dents creuses"

Les dents creuses sont des terrains non bâtis entourés de constructions. La loi Littoral les autorise sous conditions :

  • La parcelle doit être située dans un espace déjà urbanisé
  • Elle doit être de taille limitée (pas de comblement d'un vaste espace)
  • La construction doit s'intégrer dans le tissu bâti existant

La Loi ALUR a précisé ces notions pour les habitats démontables, créant les fameuses "pastilles" permettant d'installer des habitats légers dans certaines zones.

Procédure pour construire en zone littorale

Étape 1 : Vérifier la constructibilité réelle

Avant tout projet, effectuez ces vérifications :

  1. Consultez le PLU : le zonage donne une première indication, mais ne suffit pas
  2. Mesurez la distance au rivage : moins de 100 m = projet compromis
  3. Identifiez les espaces remarquables : inconstructibles
  4. Vérifiez la continuité urbaine : votre terrain touche-t-il l'urbanisation existante ?
  5. Demandez un certificat d'urbanisme : il engage la mairie sur les règles applicables

Le certificat d'urbanisme opérationnel (CU b) est particulièrement utile. Il indique si votre projet précis est réalisable et fige les règles pendant 18 mois.

Étape 2 : Adapter le projet aux contraintes

En zone littorale, les projets doivent souvent être adaptés :

Surface et emprise :

  • Les extensions sont limitées (souvent 30% de la surface existante maximum)
  • En zone proche du rivage, la densité est plafonnée
  • Les combles aménageables permettent parfois de gagner de la surface sans modifier l'emprise

Hauteur et volumétrie :

  • Les constructions ne doivent pas masquer les vues sur la mer
  • La hauteur est souvent limitée à R+1 ou R+2 selon les secteurs
  • Les toits-terrasses peuvent être interdits dans certains PLU littoraux

Aspect extérieur :

  • Intégration paysagère obligatoire
  • Couleurs et matériaux réglementés
  • La photo environnement lointain DP8 devra montrer l'insertion du projet dans le paysage côtier

Étape 3 : Constituer le dossier de demande

Selon la surface créée, vous déposerez :

Surface créée Autorisation requise Délai instruction
< 5 m² Aucune formalité
5 à 20 m² Déclaration préalable 1 mois (2 mois si ABF)
20 à 40 m² (zone U) Déclaration préalable 1 mois (2 mois si ABF)
> 40 m² Permis de construire 2 à 3 mois
> 150 m² total PC + Architecte 3 mois

En zone littorale, les délais peuvent être majorés si la DREAL (Direction Régionale de l'Environnement) est consultée. Comptez 1 mois supplémentaire dans ce cas.

Le CERFA 13406 est le formulaire standard pour un permis de construire maison individuelle. Joignez impérativement un volet paysager détaillé montrant l'intégration du projet.

Étape 4 : Instruction et décision

L'instruction d'un dossier en zone littorale implique plusieurs services :

  • Service urbanisme de la commune : vérification du PLU
  • DDTM (Direction Départementale des Territoires et de la Mer) : conformité à la loi Littoral
  • DREAL éventuellement : pour les espaces sensibles

À l'issue du délai d'instruction, trois issues possibles :

  1. Accord : vous recevez l'arrêté de permis
  2. Refus motivé : vous pouvez contester ou modifier le projet
  3. Autorisation tacite : absence de réponse = accord (rare en zone littorale, les services répondent toujours)

La durée de validité du permis est de 3 ans, prorogeable deux fois un an. En zone littorale, commencez les travaux rapidement car les règles peuvent se durcir.

Cas pratiques et exemples

Exemple 1 : Extension d'une maison à 150 mètres de la mer

Situation : M. et Mme Durand possèdent une maison de 90 m² à 150 mètres de la plage en Bretagne. Ils souhaitent créer une extension de 35 m² pour un bureau et une chambre d'amis.

Analyse :

  • Distance > 100 m : la bande littorale n'est pas un obstacle
  • Maison existante en continuité urbaine : OK
  • Extension < 40 m² en zone U : déclaration préalable suffisante
  • Surface totale 125 m² : pas d'architecte obligatoire

Résultat : Projet autorisé après déclaration préalable d'1 mois. Coût des démarches : environ 150 € pour les plans.

Exemple 2 : Construction neuve sur terrain isolé

Situation : Un promoteur achète un terrain de 2 000 m² avec vue mer, situé à 800 mètres de la plage mais à 300 mètres du dernier lotissement. Le terrain est classé "zone à urbaniser" (AU) au PLU.

Analyse :

  • Distance au rivage OK (> 100 m)
  • Pas d'espace remarquable identifié
  • MAIS : discontinuité avec l'urbanisation existante
  • Le classement AU du PLU ne peut pas déroger à la loi Littoral

Résultat : Permis de construire refusé malgré le zonage AU. Le tribunal administratif confirme le refus sur le fondement de l'article L121-8. Le promoteur perd 180 000 € (prix d'achat + frais).

Exemple 3 : Projet de piscine et pool house

Situation : Propriétaire d'une villa à 120 mètres de la mer en PACA, projet de piscine de 50 m² avec pool house de 25 m².

Analyse :

  • Piscine < 100 m² non couverte : déclaration préalable
  • Pool house 25 m² : déclaration préalable (< 40 m² en zone U)
  • Un seul dossier peut regrouper les deux projets
  • Le couloir de nage de plus de 10 m² nécessite toujours une autorisation

Résultat : Déclaration préalable accordée sous conditions : margelles en pierre naturelle locale, pool house avec toiture tuiles canal, végétalisation périphérique. Délai : 2 mois (secteur ABF proche d'un fort classé).

Erreurs à éviter

Erreur n°1 : Se fier uniquement au zonage PLU

Le PLU indique "zone constructible" mais la loi Littoral prime. Un terrain classé U ou AU peut être rendu inconstructible par l'application de la loi Littoral. Toujours vérifier la distance au rivage et la continuité urbaine avant l'achat.

Erreur n°2 : Sous-estimer la bande des 100 mètres

Certains pensent pouvoir obtenir une dérogation. Sauf cas très particuliers (activité nécessitant la proximité de l'eau), aucune dérogation n'est possible pour l'habitation. Les 100 mètres se calculent depuis la limite haute du rivage, pas depuis la ligne d'eau à marée basse.

Erreur n°3 : Construire en misant sur la prescription

Les infractions à la loi Littoral font l'objet d'une surveillance particulière. La prescription de 6 ans (pénal) et 10 ans (civil) ne protège pas contre une action de l'État. Les démolitions ordonnées ne sont pas rares : jusqu'à 6 000 € d'amende par m² construit illégalement, plus les frais de démolition.

Erreur n°4 : Oublier les espaces remarquables

Un terrain peut sembler constructible (hors bande des 100 m, en continuité urbaine) mais être classé en espace remarquable. Ce classement rend le terrain totalement inconstructible. Vérifiez systématiquement au PLU et au SCoT.

Erreur n°5 : Ne pas anticiper les recours

En zone littorale, les associations de protection de l'environnement sont actives. Un permis peut être attaqué pendant 2 mois après affichage. Conseil : attendez la purge du recours des tiers avant d'engager des travaux importants. Les projets en PRL (Parc Résidentiel de Loisirs) sont particulièrement surveillés.

Questions fréquentes

La loi Littoral s’applique-t-elle aux extensions ?

Oui, les extensions sont soumises à la loi Littoral. Dans la bande des 100 mètres, seules les extensions limitées des constructions existantes sont autorisées, sous conditions très strictes : pas d'augmentation significative de la surface, pas de changement de destination. Au-delà des 100 mètres, les extensions doivent respecter la continuité urbaine et les règles du PLU. Une extension de 35 m² sur une maison existante est généralement acceptée si elle respecte l'intégration paysagère.

Peut-on construire un abri de jardin en zone littorale ?

Cela dépend de la localisation précise. Dans la bande des 100 mètres, même un abri de jardin de 5 m² est interdit car il constitue une construction nouvelle. Au-delà, les règles classiques s'appliquent : moins de 5 m², aucune formalité ; entre 5 et 20 m², déclaration préalable obligatoire. L'abri doit toutefois s'implanter en continuité avec les constructions existantes. Un abri isolé en fond de terrain non urbanisé sera refusé.

Comment mesurer la distance de 100 mètres depuis le rivage ?

La distance de 100 mètres se mesure horizontalement depuis la limite haute du rivage, c'est-à-dire le niveau atteint par les plus hautes mers en l'absence de phénomènes météorologiques exceptionnels. Cette limite figure généralement sur les plans cadastraux et au PLU. En cas de doute, le service urbanisme de la mairie ou la DDTM peuvent vous indiquer la limite exacte applicable à votre parcelle. Le relevé topographique de votre géomètre doit intégrer cette donnée.

Existe-t-il des dérogations à la loi Littoral ?

Les dérogations sont très limitées et ne concernent jamais les maisons d'habitation classiques. Peuvent obtenir des dérogations : les activités économiques nécessitant la proximité immédiate de l'eau (conchyliculture, activités portuaires), les services publics côtiers (sauvetage, signalisation maritime), les aménagements légers d'accueil du public. Pour les exploitations agricoles existantes, certains aménagements peuvent être autorisés sous conditions strictes. La loi ELAN a introduit l'obligation d'une étude de sol pour certains projets.

Que risque-t-on en cas de construction illégale sur le littoral ?

Les sanctions sont lourdes et effectives. L'amende peut atteindre 6 000 euros par mètre carré de construction illégale. Pour une maison de 100 m², cela représente jusqu'à 600 000 euros d'amende. Le tribunal peut ordonner la démolition aux frais du propriétaire, et cette sanction est régulièrement prononcée en zone littorale. La prescription est de 6 ans pour le volet pénal et 10 ans pour le volet civil. Les associations de protection du littoral n'hésitent pas à engager des actions en justice.

Que doit montrer la photo environnement lointain en zone littorale ?

La photo environnement lointain (DP8 ou PCMI8) doit montrer l'insertion de votre projet dans le paysage côtier. Prenez la photo depuis un point élevé ou éloigné permettant de voir : le terrain, les constructions environnantes, et le contexte paysager (mer, dunes, végétation). L'instructeur vérifiera que votre projet ne porte pas atteinte aux perspectives visuelles sur le littoral. Un montage montrant le projet intégré au paysage existant est fortement recommandé.

Quelles différences entre loi Littoral et loi Montagne ?

Les deux lois partagent le principe de continuité urbaine : les constructions isolées sont interdites. La loi Littoral ajoute la bande des 100 mètres inconstructible et protège les espaces remarquables côtiers. La loi Montagne encadre les UTN (Unités Touristiques Nouvelles) et les remontées mécaniques. Les communes situées en zone de montagne proche du littoral peuvent être soumises aux deux réglementations simultanément, ce qui cumule les contraintes.

Conclusion

La loi Littoral impose des contraintes fortes mais pas insurmontables. Les projets qui aboutissent sont ceux qui respectent trois principes : continuité avec l'urbanisation existante, respect de la bande des 100 mètres et intégration paysagère soignée. Avant tout achat de terrain côtier, faites réaliser une étude de faisabilité par un professionnel de l'urbanisme. Le coût (500 à 1 500 euros) est dérisoire comparé au risque d'acheter un terrain inconstructible.

Pour votre dossier, soignez particulièrement le volet paysager et n'hésitez pas à anticiper les exigences des services instructeurs. Un projet bien préparé, qui respecte l'esprit de la loi (préserver le littoral tout en permettant un développement maîtrisé), a toutes les chances d'aboutir. En cas de refus, un avocat spécialisé en urbanisme pourra analyser si les motifs invoqués sont fondés et vous conseiller sur les recours possibles.

Un projet de construction concernant un bureau de contrôle peut être nécessaire pour certains bâtiments recevant du public en zone littorale.


Sources : Legifrance (Code de l'urbanisme, articles L121-1 à L121-51), Service-public.fr, Conservatoire du Littoral