Calculer la Surface de Plancher : Exemples Pratiques Illustrés
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Le calcul de la surface de plancher est souvent source de confusion. Entre les éléments à déduire (garage, combles bas, trémies) et ceux à inclure, les erreurs sont fréquentes. Or ce calcul détermine directement le type d'autorisation nécessaire et l'obligation éventuelle de recourir à un architecte. Une erreur de quelques mètres carrés peut transformer une simple déclaration préalable en permis de construire, ou vous exposer à des sanctions pour travaux non autorisés. Voici des exemples concrets pour maîtriser ce calcul essentiel.
Sommaire
- Définition de la surface de plancher
- Méthode de calcul pas à pas
- Exemples de calcul illustrés
- Les seuils réglementaires
- Erreurs fréquentes
- Questions fréquentes
- Conclusion
Définition de la surface de plancher
Le cadre légal
La surface de plancher (SDP) est définie par l'article R111-22 du Code de l'urbanisme. Elle a remplacé depuis le 1er mars 2012 les anciennes notions de SHOB (Surface Hors Œuvre Brute) et SHON (Surface Hors Œuvre Nette).
Définition officielle :
La surface de plancher correspond à la somme des surfaces de tous les niveaux clos et couverts, calculée à partir du nu intérieur des murs de façade, après déduction de certains éléments.
Ce qui est inclus dans la surface de plancher
Espaces comptant dans la SDP :
- Toutes les pièces habitables (chambres, séjour, cuisine)
- Les circulations intérieures (couloirs, paliers)
- Les placards et rangements intégrés
- Les combles aménageables (hauteur > 1,80 m)
- Les caves et sous-sols aménageables (hauteur > 1,80 m)
- Les vérandas et extensions
Ce qui est déduit de la surface de plancher
Déductions obligatoires :
- Les surfaces avec hauteur sous plafond ≤ 1,80 m
- Les trémies d'escalier et d'ascenseur
- Les rampes d'accès
- Les aires de stationnement (garages fermés)
- Les locaux techniques (chaufferie, machinerie)
- Les caves et celliers en sous-sol (stationnement)
- Les combles non aménageables
Différence avec la surface habitable
Ne confondez pas surface de plancher et surface habitable. La surface habitable diffère de la surface de plancher sur plusieurs points :
| Critère | Surface de plancher | Surface habitable |
|---|---|---|
| Usage | Autorisations urbanisme | Location, vente |
| Mesure | Nu intérieur façades | Nu intérieur murs |
| Garage | Déduit | Non comptabilisé |
| Combles < 1,80 m | Déduits | Non comptabilisés |
| Référence légale | Code urbanisme | Code construction |
Méthode de calcul pas à pas
Étape 1 : Mesurer chaque niveau
Commencez par mesurer la surface de chaque niveau depuis le nu intérieur des murs de façade. Attention : on mesure à l'intérieur des murs extérieurs, pas à l'intérieur des cloisons.
Conseil pratique : Mesurez depuis l'angle intérieur du mur de façade, sans compter l'épaisseur des doublages ou de l'isolation intérieure.
Étape 2 : Identifier les surfaces à déduire
Pour chaque niveau, identifiez :
- Les zones avec hauteur ≤ 1,80 m (sous rampants, sous escalier)
- Les trémies (ouvertures dans le plancher)
- Les espaces techniques (chaufferie, local électrique)
- Les stationnements fermés
Étape 3 : Calculer la SDP de chaque niveau
Pour chaque niveau :
SDP niveau = Surface brute – Déductions
Étape 4 : Additionner tous les niveaux
SDP totale = Somme des SDP de chaque niveau
Point de mesure : le nu intérieur
Le nu intérieur des murs de façade correspond à la face intérieure du mur porteur ou de la structure, avant les éventuels doublages d'isolation. Cette précision est importante pour les constructions récentes avec forte isolation.
Exemples de calcul illustrés
Exemple 1 : Maison R+1 avec garage
Description du projet :
Maison de plain-pied avec étage, garage accolé.
Rez-de-chaussée :
- Dimensions extérieures : 12 m × 10 m
- Épaisseur murs : 0,30 m
- Dimensions intérieures : 11,40 m × 9,40 m = 107,16 m²
- Garage : 5 m × 4 m = 20 m² → déduit
- Chaufferie : 2 m × 2 m = 4 m² → déduit
SDP RDC = 107,16 – 20 – 4 = 83,16 m²
Étage :
- Mêmes dimensions que RDC (hors garage)
- Surface brute : 11,40 × 9,40 – (5 × 4) = 87,16 m²
- Trémie escalier : 3 m × 1 m = 3 m² → déduit
SDP Étage = 87,16 – 3 = 84,16 m²
Surface de plancher totale = 83,16 + 84,16 = 167,32 m²
Cette surface dépasse 150 m², l'architecte est donc obligatoire pour le permis de construire.
Exemple 2 : Extension de 35 m²
Situation existante :
Maison de 95 m² de surface de plancher
Projet :
Extension latérale de 7 m × 5 m = 35 m² (dimensions intérieures)
Calcul de la nouvelle surface créée :
- Extension : 35 m²
- Pas de déduction (espace habitable standard)
Surface de plancher créée = 35 m²
Surface totale après travaux = 95 + 35 = 130 m²
Autorisation requise :
- Extension > 20 m² mais < 40 m² en zone U → Déclaration préalable possible
- Surface totale < 150 m² → Pas d'architecte obligatoire
Exemple 3 : Aménagement de combles
Situation :
Maison existante de 90 m² avec combles non aménagés.
Projet :
Aménager les combles pour créer des chambres.
Calcul :
- Surface totale des combles : 60 m²
- Surface avec hauteur > 1,80 m : 45 m²
- Surface avec hauteur ≤ 1,80 m : 15 m² → déduit
- Trémie nouvel escalier : 3 m² → déduit
Surface de plancher créée = 45 – 3 = 42 m²
Surface totale après travaux = 90 + 42 = 132 m²
L'aménagement des combles crée de la surface de plancher et nécessite une autorisation. Pour connaître la surface de combles aménageables sans autorisation, consultez notre article dédié.
Exemple 4 : Construction avec terrasse et pergola
Projet :
Maison de 100 m² + terrasse couverte par pergola 20 m²
Calcul surface de plancher :
- Maison : 100 m² (nu intérieur)
- Garage intégré : 18 m² → déduit
- Terrasse sous pergola : ne compte pas (non close)
SDP = 100 – 18 = 82 m²
Attention : La terrasse sous pergola ne crée pas de surface de plancher car elle n'est pas close. En revanche, elle crée de l'emprise au sol si la pergola a une couverture fixe.
Exemple 5 : Local professionnel
Projet :
Création d'un local de 25 m² pour activité libérale dans une maison.
Particularité :
Le local compte dans la surface de plancher totale. Si la maison fait déjà 130 m², le total atteindra 155 m².
Conséquence :
- Surface totale > 150 m² → Architecte obligatoire
- Changement de destination partiel → Déclaration préalable ou permis selon travaux
Les seuils réglementaires
Récapitulatif des seuils de surface
| Surface créée | Zone standard | Zone U PLU |
|---|---|---|
| ≤ 5 m² | Aucune formalité | Aucune formalité |
| 5-20 m² | Déclaration préalable | Déclaration préalable |
| 20-40 m² | Permis de construire | DP si extension |
| > 40 m² | Permis de construire | Permis de construire |
Le seuil de 20 m² et ses subtilités
Le seuil de 20 m² est la limite entre déclaration préalable et permis de construire pour une construction neuve. Pour les extensions en zone U d'un PLU, ce seuil est relevé à 40 m².
Condition importante : Le seuil de 40 m² ne s'applique que si la surface totale après travaux reste inférieure à 150 m². Sinon, c'est le permis de construire avec architecte.
Le seuil de 150 m² et l'architecte
Le seuil de 150 m² pour l'architecte s'applique à la surface de plancher totale après travaux, pas seulement à la surface créée.
Exemple :
- Maison existante : 120 m²
- Extension projetée : 35 m²
- Total : 155 m²
- Architecte obligatoire (même si l'extension seule fait < 40 m²)
Cas particuliers
Garage et carport :
Un garage fermé ne crée pas de surface de plancher (déduit car stationnement), mais un carport ouvert n'en crée pas non plus car il n'est pas clos. La différence porte sur l'emprise au sol.
Abri de jardin :
Un abri de jardin crée de la surface de plancher s'il est clos et couvert avec une hauteur > 1,80 m. Pour connaître la surface d'abri de jardin sans permis, le seuil est de 20 m² en zone standard.
Hangar agricole :
Les hangars agricoles sans permis bénéficient de seuils spécifiques liés à l'activité agricole.
Erreurs fréquentes
1. Mesurer depuis l'extérieur des murs
L'erreur classique : mesurer les dimensions extérieures du bâtiment. La surface de plancher se mesure depuis le nu intérieur des murs de façade. Pour une maison de 12 m × 10 m avec des murs de 0,30 m, la différence est significative :
- Mesure extérieure : 120 m²
- Mesure intérieure : 107,16 m² (soit 13 m² de moins)
2. Oublier de déduire le garage
Le garage fermé est déduit de la surface de plancher car il constitue un espace de stationnement. Un garage de 20 m² ne compte pas dans le calcul. Attention : il compte dans l'emprise au sol.
3. Compter les surfaces sous 1,80 m
Les parties de plancher où la hauteur sous plafond est inférieure ou égale à 1,80 m sont déduites. Dans les combles, mesurez précisément la zone utile.
4. Confondre surface créée et surface existante
Pour une extension, c'est la surface créée qui détermine l'autorisation. Mais pour le seuil architecte, c'est la surface totale après travaux qui compte.
5. Ignorer les déductions des locaux techniques
Chaufferie, local électrique, machinerie d'ascenseur… Ces surfaces sont déductibles mais souvent oubliées dans les calculs.
Questions fréquentes
Quelle surface de combles aménagés sans autorisation ?
Aucune surface de combles ne peut être aménagée sans autorisation si elle crée de la surface de plancher. Dès que vous créez plus de 5 m² de surface habitable (hauteur > 1,80 m), une déclaration préalable est obligatoire. Au-delà de 20 m² (ou 40 m² en zone U PLU pour une extension), c'est le permis de construire. Si le total après travaux dépasse 150 m², l'architecte devient obligatoire.
L’aménagement de combles crée-t-il de la surface de plancher ?
Oui, l'aménagement de combles crée de la surface de plancher pour la partie où la hauteur sous plafond dépasse 1,80 m. Les zones sous rampant avec une hauteur inférieure ne comptent pas. Cette nouvelle surface de plancher peut déclencher une déclaration préalable ou un permis de construire selon sa taille, et potentiellement l'obligation d'architecte si le total dépasse 150 m².
À partir de quelle surface l’architecte est-il obligatoire ?
L'architecte est obligatoire pour un permis de construire dès que la surface de plancher totale après travaux dépasse 150 m². Ce seuil concerne la surface totale (existant + projet), pas uniquement la surface créée. Une extension de 35 m² sur une maison de 120 m² nécessite un architecte car le total atteint 155 m². Pour les exploitations agricoles, le seuil est de 800 m². La déclaration préalable ne requiert jamais d'architecte.
Quelle surface de carport sans autorisation ?
Un carport ne crée pas de surface de plancher car il est ouvert et ne constitue pas un espace clos. Cependant, il crée de l'emprise au sol. Un carport de moins de 5 m² ne nécessite aucune formalité. Entre 5 et 20 m², une déclaration préalable est requise. Au-delà de 20 m², c'est le permis de construire. Vérifiez également les règles du PLU sur le stationnement et les distances aux limites.
Quelle surface maximum pour une déclaration préalable ?
La surface maximum pour une déclaration préalable est de 20 m² en zone standard (hors PLU ou hors zone U). En zone U d'un PLU, le seuil est relevé à 40 m² pour les extensions, à condition que la surface totale après travaux reste inférieure à 150 m². Au-delà de ces seuils, le permis de construire est obligatoire. Pour une piscine, la DP s'applique jusqu'à 100 m² de bassin.
Quelle surface d’abri de jardin sans autorisation ?
Un abri de jardin de 5 m² ou moins (emprise au sol ET surface de plancher) et de moins de 12 m de hauteur ne nécessite aucune autorisation en zone standard. Entre 5 et 20 m², une déclaration préalable est obligatoire. Au-delà de 20 m², c'est le permis de construire. Attention : en secteur protégé (ABF, site classé), toute construction nécessite une autorisation quelle que soit sa surface.
Le garage compte-t-il dans la surface de plancher ?
Non, le garage fermé ne compte pas dans la surface de plancher car il est déduit au titre des aires de stationnement. Cependant, il compte dans l'emprise au sol et peut donc impacter le coefficient d'emprise au sol (CES) du PLU. Un garage transformé en pièce habitable créerait de la surface de plancher et nécessiterait une autorisation d'urbanisme pour ce changement de destination. Pour les dimensions recommandées, consultez notre article sur les garages doubles ou triples.
Conclusion
Calculer correctement la surface de plancher est essentiel pour déterminer l'autorisation d'urbanisme adaptée à votre projet. Retenez la règle de base : mesurez depuis le nu intérieur des murs de façade, déduisez les garages, les surfaces sous 1,80 m, les trémies et les locaux techniques.
Les seuils clés sont 5 m² (début des formalités), 20 m² (permis si hors zone U), 40 m² (permis en zone U pour extension) et 150 m² (architecte obligatoire). Ces seuils s'appliquent à la surface de plancher ou à l'emprise au sol : c'est le critère le plus contraignant qui détermine l'autorisation.
En cas de doute sur votre calcul, le service urbanisme de votre mairie peut vous aider. Un certificat d'urbanisme opérationnel vous confirmera également la faisabilité de votre projet. Le délai d'instruction d'un permis étant de 2 à 3 mois, mieux vaut prendre le temps de bien calculer en amont.
Pour éviter les mauvaises surprises, n'oubliez pas que la surface créée impacte aussi la taxe d'aménagement et la durée de validité de votre permis. Une extension non autorisée peut entraîner des sanctions jusqu'à 6 000 € par m² et un risque de recours des voisins.
Sources : Code de l'urbanisme (articles R111-22, R421-1 à R421-17), Legifrance, Service-public.fr
