Surélévation de Maison : Faut-il un Permis de Construire ?

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Votre maison de plain-pied est devenue trop petite et le terrain ne permet pas d'extension latérale ? La surélévation de maison offre une solution pour ajouter un étage sans consommer d'espace au sol. Mais cette technique ne s'improvise pas : entre l'étude de structure, les contraintes de hauteur maximale du PLU et l'obligation quasi-systématique d'obtenir un permis de construire, le projet demande une préparation rigoureuse. Le coût moyen d'une surélévation oscille entre 1 500 et 3 000 €/m², selon les matériaux et la complexité technique. Voici tout ce qu'il faut savoir avant de surélever sa maison.

Sommaire

Qu'est-ce qu'une surélévation ?

Définition technique

La surélévation consiste à ajouter un ou plusieurs niveaux au-dessus d'une construction existante. Cette technique permet d'augmenter la surface habitable sans emprise au sol supplémentaire. Elle se distingue de l'extension latérale qui, elle, consomme de la surface au sol.

On parle aussi de :

La surélévation s'applique à tout type de bâtiment : surélévation pavillon, surélévation maison de ville, voire surélévation d'immeuble collectif.

Pourquoi choisir la surélévation ?

Cette solution présente plusieurs avantages :

Gain de surface sans emprise supplémentaire : idéal sur les terrains contraints où le CES (coefficient d'emprise au sol) est atteint ou sur les parcelles étroites.

Valorisation du bien : une maison de 80 m² portée à 140 m² peut voir sa valeur augmenter de 40 à 60%.

Conservation du jardin : contrairement à une extension de 20 m² au sol, la surélévation préserve l'espace extérieur.

Les différents types de surélévation

Surélévation totale : tout le bâtiment est rehaussé. La toiture est déposée puis reconstruite après ajout du nouvel étage.

Surélévation partielle : seule une partie du bâtiment est surélevée (une aile, un garage attenant). Plus économique et parfois suffisante pour les besoins.

Rehaussement ossature bois : technique légère privilégiée quand les fondations ne supportent pas une charge importante. L'ossature bois pèse 5 à 10 fois moins que la maçonnerie traditionnelle.

Permis de construire ou déclaration préalable ?

Le principe : permis de construire obligatoire

Dans la grande majorité des cas, la surélévation maison nécessite un permis de construire. Pourquoi ? Parce qu'elle crée généralement plus de 20 m² de surface de plancher et qu'elle modifie l'aspect extérieur du bâtiment.

Article R421-14 du Code de l'urbanisme : les travaux sur construction existante qui créent une surface de plancher supérieure à 20 m² sont soumis à permis de construire.

En pratique, surélever une maison ne se limite jamais à 20 m². Une chambre + salle de bains représentent déjà 25 à 30 m². Un étage complet dépasse facilement les 60 à 80 m².

Exception : déclaration préalable pour petite surélévation

Une simple déclaration préalable suffit si :

Exemple : Surélever un garage attenant pour créer un bureau de 18 m² peut relever d'une DP si le bâtiment principal reste inchangé.

Mais attention : cette configuration est rare. La plupart des surélévations dépassent ces seuils.

Le seuil des 150 m² et l'architecte

Si la surface de plancher totale après travaux (existant + surélévation) dépasse 150 m², le recours à un architecte est obligatoire pour déposer le permis de construire.

Exemple :

Ce seuil ne s'applique qu'aux permis de construire, jamais aux déclarations préalables. L'architecte concevra les plans de façade, le plan de toiture et le plan de coupe nécessaires au dossier.

Tableau récapitulatif des autorisations

Surface créée Zone standard Zone U (PLU) Architecte ?
< 5 m² Aucune formalité Aucune formalité Non
5 – 20 m² Déclaration préalable Déclaration préalable Non
20 – 40 m² Permis de construire Déclaration préalable* Si total > 150 m²
> 40 m² Permis de construire Permis de construire Si total > 150 m²

*Uniquement si le total après travaux reste < 150 m²

Les contraintes du PLU à vérifier

Hauteur maximale autorisée

Le PLU fixe une hauteur maximale pour chaque zone. Elle peut être exprimée :

Exemple de règlement de zone :

« La hauteur au faîtage ne peut excéder 9 mètres mesurés depuis le terrain naturel. »

Si votre maison actuelle culmine à 6 m et que vous souhaitez ajouter un étage de 2,80 m sous plafond, la nouvelle hauteur atteindra environ 9,50 m. Le projet serait refusé.

Comment vérifier la hauteur au faîtage

Faites réaliser un relevé par un géomètre ou mesurez depuis le terrain naturel :

  1. Identifiez le niveau 0 (terrain naturel avant travaux)
  2. Mesurez jusqu'au point le plus haut de la toiture existante
  3. Projetez la hauteur après surélévation

La hauteur au faîtage après surélévation ne doit pas dépasser le maximum autorisé.

Règles de prospect (distances aux limites)

Le PLU impose souvent des distances minimales entre les constructions et les limites séparatives. Ces règles de prospect peuvent varier selon la hauteur du bâtiment.

Règle type : H = L (hauteur = distance à la limite)

Si votre surélévation porte la maison à 8 m de haut, elle devra être à au moins 8 m des limites. Un bâtiment actuellement à 4 m de la limite ne pourrait pas être surélevé à cette hauteur sans déroger à la règle.

Secteurs protégés (ABF)

En secteur sauvegardé, site inscrit ou périmètre des monuments historiques, l'Architecte des Bâtiments de France (ABF) doit donner son avis. Le délai d'instruction du permis de construire passe alors de 2 à 3 mois minimum.

L'ABF peut imposer :

Consultez le certificat d'urbanisme pour savoir si votre parcelle est concernée.

Procédure complète pour surélever

Étape 1 : Étude de faisabilité

Avant tout dépôt de permis, faites réaliser une étude de structure par un bureau d'études. Cette analyse vérifie :

Coût : 800 à 2 000 € selon la complexité.

Sans cette étude, vous risquez des désordres structurels graves (fissures, affaissements) ou un refus de l'assurance dommages-ouvrage.

Étape 2 : Conception du projet

Le projet doit être conçu en respectant :

Si la surface totale dépasse 150 m², faites appel à un architecte dès cette étape. Dans tous les cas, un dessinateur ou maître d'œuvre peut préparer les plans du dossier.

Étape 3 : Constitution du dossier de permis

Le dossier PCMI (permis de construire maison individuelle) comprend :

Pièce Description
PCMI1 Plan de situation
PCMI2 Plan de masse
PCMI3 Plan de coupe du terrain et de la construction
PCMI4 Notice descriptive
PCMI5 Plan des façades et toitures
PCMI6 Document graphique d'insertion
PCMI7 Photographie environnement proche
PCMI8 Photographie paysage lointain

Le plan de coupe est particulièrement important pour la surélévation : il doit montrer clairement les niveaux avant et après travaux.

Étape 4 : Dépôt et instruction

Déposez le dossier en mairie ou via la téléprocédure (dématérialisé). Le récépissé indique la date de dépôt, point de départ du délai d'instruction.

Délais :

La durée d'instruction du permis de construire peut être prolongée si la mairie demande des pièces complémentaires.

Étape 5 : Affichage et recours

Une fois le permis accordé, affichez-le sur le terrain (panneau 80 × 80 cm visible de la voie publique). Le délai de recours des voisins est de 2 mois à compter de l'affichage continu.

Attendez la purge de ce délai avant de démarrer les travaux pour éviter les mauvaises surprises.

Étape 6 : Déclaration d'achèvement

À la fin des travaux, déposez une DAACT (déclaration attestant l'achèvement et la conformité des travaux). La mairie peut contrôler la conformité dans les 3 mois suivant le dépôt.

La durée de validité du permis est de 3 ans, prorogeable une fois d'un an.

Coût et budget d'une surélévation

Fourchette de prix au m²

Le coût d'une surélévation dépend de plusieurs facteurs :

Type de surélévation Prix au m² (hors terrain)
Surélévation ossature bois 1 500 à 2 200 €/m²
Surélévation traditionnelle (parpaing) 1 800 à 2 500 €/m²
Surélévation avec renforcement fondations 2 200 à 3 000 €/m²
Surélévation haut de gamme (architecte + finitions) 2 500 à 3 500 €/m²

Ces prix incluent généralement le gros œuvre, la charpente, la couverture, l'isolation et les menuiseries extérieures. Ils excluent les finitions intérieures (plâtrerie, électricité, plomberie).

Exemple de budget détaillé

Projet : Surélever un pavillon de 85 m² pour créer un étage de 60 m² en ossature bois.

Poste Montant
Étude de structure 1 500 €
Architecte (si > 150 m²) 8 000 € (environ 8% du coût travaux)
Permis et formalités 500 €
Démontage toiture 8 000 €
Structure ossature bois 35 000 €
Charpente et couverture 15 000 €
Menuiseries (fenêtres, porte-fenêtre) 8 000 €
Isolation et étanchéité 6 000 €
Création cage d'escalier 5 000 €
Second œuvre (électricité, plomberie, placo) 25 000 €
Total TTC 112 000 €

Soit environ 1 870 €/m² tout compris pour une surélévation de qualité.

Financement et aides

La surélévation peut bénéficier de certaines aides si elle intègre des travaux d'amélioration énergétique :

Attention : ces aides ne financent pas la création de surface à proprement parler, seulement les travaux de performance énergétique associés.

Cas pratiques et exemples

Exemple 1 : Surélever une maison plain-pied de 90 m²

Situation : Maison de plain-pied de 90 m² construite en 1985. Le propriétaire souhaite ajouter un étage complet de 75 m² pour accueillir 3 chambres et une salle de bains.

Analyse urbanistique :

Autorisation :

Étude structure : Les fondations (semelles filantes béton) peuvent supporter un étage ossature bois. Pas de renforcement nécessaire.

Budget : 75 m² × 1 900 €/m² = 142 500 € + 10 000 € d'honoraires architecte.

Délai : 3 mois pour le permis + 5 mois de travaux.

Exemple 2 : Surélévation partielle d'un garage

Situation : Maison avec garage attenant de 25 m². Le propriétaire souhaite créer un bureau de 20 m² au-dessus du garage.

Analyse :

Spécificité : Le garage a une toiture terrasse. La surélévation partielle s'appuie sur les murs existants en parpaing.

Budget : 20 m² × 1 700 €/m² = 34 000 €

Délai : 1 mois pour la DP + 2 mois de travaux.

Exemple 3 : Rehaussement de toiture pour aménager les combles

Situation : Maison de 95 m² avec combles perdus (hauteur insuffisante). Le propriétaire souhaite un rehaussement toit de 1 mètre pour rendre 45 m² aménageables.

Attention : Ce projet modifie l'aspect extérieur et crée de la surface de plancher.

Analyse :

Budget : 45 m² × 1 600 €/m² = 72 000 €

Le rehaussement de toiture est souvent moins coûteux qu'une surélévation complète car il conserve une partie de la charpente.

Erreurs à éviter

Erreur n°1 : Ne pas vérifier la hauteur maximale avant de concevoir

Trop de projets échouent parce que le propriétaire a imaginé un étage supplémentaire sans consulter le PLU. Une fois les plans dessinés et le budget validé, la déception est grande si le règlement interdit la surélévation envisagée. Vérifiez en premier lieu la hauteur au faîtage autorisée.

Erreur n°2 : Faire l'impasse sur l'étude de structure

Une surélévation pèse entre 150 et 400 kg/m² selon les matériaux. Sans étude de structure préalable, vous risquez :

Le bureau d'études vérifie la capacité portante et préconise les renforcements éventuels.

Erreur n°3 : Sous-estimer les travaux induits

La surélévation ne se limite pas à poser un étage. Prévoyez :

Ces postes représentent souvent 30 à 40% du budget total.

Erreur n°4 : Oublier la conformité thermique

La partie surélevée doit respecter la réglementation thermique en vigueur (RE2020 pour les constructions neuves). L'isolation doit atteindre les performances requises :

Une attestation RE2020 peut être exigée à l'achèvement des travaux.

Erreur n°5 : Démarrer avant la purge du recours

Le délai de 2 mois pour le recours des voisins court à partir de l'affichage du permis. Commencer les travaux avant cette date expose à un arrêt de chantier si un voisin conteste. Si le recours aboutit, vous pourriez devoir démolir ce qui a été construit.

Attendez d'obtenir le certificat de non-opposition ou, à défaut, que le délai soit écoulé.

Questions fréquentes

Peut-on surélever n’importe quelle maison ?

Non, toute maison ne peut pas être surélevée. Deux conditions doivent être réunies : les fondations et murs porteurs doivent supporter la charge supplémentaire (à vérifier par une étude de structure), et le PLU doit autoriser une hauteur suffisante. Une maison sur terrain argileux ou avec des fondations superficielles peut nécessiter des renforcements coûteux (micropieux : 10 000 à 30 000 €). Si la hauteur maximale autorisée est déjà atteinte, la surélévation est impossible sauf dérogation exceptionnelle.

Faut-il un permis pour surélever sa maison ?

Dans la quasi-totalité des cas, oui. Le permis de construire est obligatoire dès que la surface créée dépasse 20 m² (ou 40 m² en zone U d'un PLU si le total reste sous 150 m²). Une surélévation crée rarement moins de 20 m² de surface de plancher. En dessous de ce seuil, une déclaration préalable suffit. Les travaux sans autorisation exposent à une amende jusqu'à 6 000 €/m² et à la démolition. Le formulaire à utiliser est le CERFA 13406 (PCMI).

Peut-on surélever une maison sans architecte ?

Oui, si la surface de plancher totale après travaux (existant + surélévation) reste inférieure ou égale à 150 m². Au-delà, l'architecte est obligatoire pour déposer le permis de construire. Exemple : maison de 100 m² + surélévation de 45 m² = 145 m² → pas d'architecte requis. Mais maison de 110 m² + surélévation de 50 m² = 160 m² → architecte obligatoire. Même sans obligation légale, un architecte peut optimiser le projet et anticiper les contraintes techniques.

Quelle hauteur maximale pour surélever ?

La hauteur maximale dépend du PLU de votre commune. Elle varie généralement entre 7 et 12 mètres au faîtage selon les zones. Dans les secteurs pavillonnaires classiques, la limite est souvent de 9 mètres, soit R+1 avec combles. En centre-ville, elle peut atteindre 12 à 15 mètres. Consultez le règlement de zone applicable à votre parcelle. Certains PLU limitent aussi le nombre de niveaux (R+1 maximum par exemple), indépendamment de la hauteur métrique.

Combien coûte une surélévation de maison ?

Le coût d'une surélévation varie de 1 500 à 3 000 €/m² selon le type de construction et les finitions. En ossature bois, comptez 1 500 à 2 200 €/m². En maçonnerie traditionnelle, 1 800 à 2 500 €/m². Si des renforcements de fondations sont nécessaires, ajoutez 10 000 à 30 000 €. Pour une surélévation de 60 m², le budget global oscille entre 90 000 et 180 000 € tout compris (études, permis, travaux, finitions). L'architecte facture généralement 8 à 12% du montant des travaux.

Surélévation et PLU : quelles règles ?

Le PLU encadre la surélévation par plusieurs règles : hauteur maximale au faîtage ou à l'égout, nombre de niveaux autorisés, distances aux limites séparatives (prospect), aspect extérieur (matériaux, couleurs, forme de toiture). Avant de concevoir le projet, demandez un certificat d'urbanisme opérationnel en mairie. Il récapitule toutes les règles applicables à votre parcelle. En secteur protégé (ABF), des contraintes supplémentaires s'appliquent sur les matériaux et l'aspect.

Surélévation ou extension : que choisir ?

Le choix dépend de votre terrain et de votre budget. La surélévation convient si le terrain est étroit, si le CES est atteint, ou si vous souhaitez préserver le jardin. Elle coûte 1 500 à 3 000 €/m². L'extension latérale est moins complexe techniquement (pas d'étude de structure) et coûte 1 200 à 2 500 €/m², mais consomme de la surface au sol. Pour des projets simples comme un abri de jardin ou une piscine, l'extension reste plus adaptée. La surélévation offre un meilleur rapport surface/emprise sur les parcelles contraintes.

Conclusion

La surélévation maison représente une solution efficace pour gagner de la surface sans empiéter sur le terrain. Qu'il s'agisse de surélever un pavillon complet ou d'opter pour une surélévation partielle au-dessus d'un garage, le projet nécessite une préparation rigoureuse.

Les points essentiels :

Avant de vous lancer, vérifiez la hauteur maximale autorisée dans votre PLU et faites réaliser une étude de faisabilité par un bureau d'études. Ces deux précautions évitent de concevoir un projet irréalisable.

Contrairement à un bow-window ou une simple modification de façade, la surélévation transforme profondément le bâtiment. Prenez le temps de bien planifier pour un résultat à la hauteur de vos attentes.


Sources : Code de l'urbanisme (articles R421-1, R421-14, R431-2), Legifrance, Service-public.fr