Division de Terrain : Quelle Autorisation pour Lotir ou Vendre une Parcelle

Temps de lecture : 13 minutes

Vous possédez un grand terrain et souhaitez en vendre une partie ? Diviser une parcelle pour construire une seconde maison ? La division de terrain est une opération foncière strictement encadrée. Selon le nombre de lots créés et les équipements nécessaires, il faut soit une déclaration préalable, soit un permis d'aménager. Une division sauvage expose à des sanctions pouvant atteindre 15 000 € d'amende et l'annulation des ventes. Cet article détaille les procédures applicables, les coûts à prévoir et les pièges à éviter pour réussir votre projet de division parcellaire.

Sommaire

Qu'est-ce qu'une division de terrain ?

La division foncière consiste à découper une parcelle cadastrale en plusieurs lots distincts, destinés à être vendus séparément ou à accueillir des constructions indépendantes. C'est une opération juridique qui modifie le parcellaire et crée de nouvelles références cadastrales.

Cadre juridique

Le Code de l'urbanisme distingue plusieurs types de divisions :

Division primaire : création de lots à bâtir à partir d'une unité foncière. C'est le cas classique du propriétaire qui vend une partie de son jardin.

Lotissement : division en vue de construire, impliquant la création d'équipements communs (voirie, réseaux). Les articles L442-1 et suivants encadrent strictement cette opération.

Détachement simple : division sans création de lots à bâtir, pour régularisation cadastrale ou ajustement de limites.

Conditions de constructibilité

Pour qu'un terrain issu d'une division soit constructible, plusieurs conditions doivent être réunies :

Zonage PLU : le terrain doit être situé en zone U (urbaine) ou AU (à urbaniser). Les zones A (agricole) et N (naturelle) n'autorisent généralement pas de nouvelle construction.

Surface minimale : certains PLU imposent une surface minimale par lot (ex : 500 m² minimum en zone UB). Vérifiez le règlement de zone avant d'envisager une division.

Viabilisation : chaque lot doit pouvoir être raccordé aux réseaux (eau, électricité, assainissement). La viabilisation peut représenter un coût important si les réseaux sont éloignés.

Accès : chaque lot doit disposer d'un accès à une voie publique ou privée ouverte à la circulation.

Division de terrain : les chiffres clés

Donnée Valeur
Délai DP division 1 mois
Délai permis d'aménager 3 mois
Coût géomètre (bornage) 800 € à 1 500 €
Coût document d'arpentage 500 € à 1 000 €
Taxe d'aménagement Variable selon commune
Amende division illégale Jusqu'à 15 000 €

Déclaration préalable ou permis d'aménager ?

Le choix de l'autorisation dépend du nombre de lots et de la nécessité de créer des équipements communs.

Quand la déclaration préalable suffit

La DP division (article R421-23 du Code de l'urbanisme) s'applique lorsque :

Le formulaire utilisé est le CERFA n°13702 (déclaration préalable lotissement et autres divisions foncières).

Pièces obligatoires :

Le délai d'instruction est de 1 mois (2 mois si ABF concerné).

Quand le permis d'aménager est obligatoire

Le permis d'aménager s'impose dès que l'une de ces conditions est remplie :

Le formulaire est le CERFA n°13409 (permis d'aménager).

Le délai d'instruction est de 3 mois (4 mois avec ABF, 5 mois si autorisation commerciale).

Tableau décisionnel

Situation Autorisation requise
Division en 2 lots, accès direct voie publique DP
Division en 2 lots avec création chemin d'accès Permis d'aménager
Division en 3 lots ou plus Permis d'aménager
Division en zone ABF Permis d'aménager
Détachement parcelle sans construction DP
Lotissement avec voirie commune Permis d'aménager

Cumul avec un permis de construire

La division de terrain et le permis de construire sont deux autorisations distinctes. Pour construire sur un lot issu d'une division, il faut :

  1. Obtenir d'abord la DP division ou le permis d'aménager
  2. Puis déposer le permis de construire pour chaque lot

Ces demandes peuvent être déposées simultanément, mais le PC ne peut être accordé qu'après validation de la division.

Procédure de division parcellaire

La division de terrain suit un processus en plusieurs étapes, impliquant différents professionnels.

Étape 1 : Vérification de faisabilité

Avant tout, consultez :

Le PLU : règlement de zone, surface minimale, CES autorisé, règles d'implantation. La différence entre plan de masse et plan de situation vous aide à comprendre les documents à fournir.

Le certificat d'urbanisme : le CUb (opérationnel) indique si la division est possible et si le terrain est viabilisable.

Le cadastre : vérifiez les limites exactes et l'existence éventuelle de servitudes.

Étape 2 : Intervention du géomètre-expert

Le géomètre-expert est incontournable pour toute division. Son intervention comprend :

Le bornage : matérialisation des limites par des bornes. Opération contradictoire avec les voisins, donnant lieu à un procès-verbal de bornage.

Le document d'arpentage : plan technique transmis au cadastre pour créer les nouvelles références parcellaires.

Le plan de masse : représentation cotée des lots projetés, avec implantation des futures constructions.

Étape 3 : Dépôt de la demande

Le dossier complet est déposé en mairie :

Pour une DP division :

Pour un permis d'aménager :

Étape 4 : Instruction et affichage

L'administration instruit le dossier selon les délais légaux. Une fois l'autorisation obtenue :

Affichage : le panneau réglementaire doit être visible pendant 2 mois (délai de recours des tiers).

Purge des recours : la réalisation des travaux ou la vente ne devrait intervenir qu'après ce délai. Consultez notre article sur le délai de recours après affichage.

Étape 5 : Publication et vente

Après obtention de l'autorisation purgée :

Document d'arpentage : le géomètre transmet le DA au service du cadastre pour création des nouvelles parcelles.

Acte notarié : le notaire rédige l'acte de vente ou de partage, intégrant les nouvelles références cadastrales.

Taxes : la taxe d'aménagement est due lors de la division créant des droits à construire.

Le rôle du géomètre-expert

Le géomètre-expert est un acteur central de la division parcellaire. Professionnel libéral inscrit à l'Ordre des géomètres-experts, il est le seul habilité à établir des documents fonciers ayant valeur juridique.

Missions obligatoires

Bornage amiable ou judiciaire : le bornage fixe définitivement les limites entre propriétés. En cas de désaccord avec un voisin, le géomètre peut être mandaté par le tribunal pour un bornage judiciaire.

Document d'arpentage : ce plan technique, normé par la Direction Générale des Finances Publiques, permet la création des nouvelles références cadastrales. Sans lui, pas de division officielle.

Attestation de surface : le géomètre certifie la superficie des lots créés, information essentielle pour le notaire et les acquéreurs.

Missions complémentaires

Plan de masse réglementaire : pour les plans de masse de permis de construire, le géomètre apporte une précision centimétrique.

Relevé topographique : si le terrain présente un dénivelé, le relevé altimétrique est indispensable pour l'implantation des futures constructions.

Étude de faisabilité : avant d'engager les frais, le géomètre peut évaluer la divisibilité du terrain au regard du PLU.

Coûts d'intervention

Les honoraires du géomètre sont libres mais encadrés par les usages :

Prestation Tarif indicatif
Bornage simple (2-4 bornes) 800 € à 1 200 €
Bornage complexe (nombreux voisins) 1 200 € à 2 500 €
Document d'arpentage 500 € à 1 000 €
Plan de masse 300 € à 800 €
Relevé topographique 500 € à 1 500 €
Total division simple 1 500 € à 3 000 €

Ces tarifs varient selon la région et la complexité du terrain.

Viabilisation et équipements

La viabilisation conditionne la constructibilité effective des lots créés.

Réseaux à prévoir

Eau potable : raccordement au réseau public ou, en zone rurale, forage ou puits (autorisation nécessaire).

Assainissement : raccordement au tout-à-l'égout ou installation d'un système autonome (fosse, micro-station). Le zonage d'assainissement de la commune précise l'option applicable.

Électricité : branchement ENEDIS. Délai moyen : 2 à 4 mois. Coût : 500 € à 2 500 € selon distance au réseau.

Télécommunications : fibre ou cuivre selon disponibilité.

Gaz : optionnel, selon proximité du réseau GRDF.

Coûts de viabilisation

Les frais de viabilisation sont généralement à la charge du vendeur ou répartis entre les lots :

Réseau Coût indicatif
Eau potable 1 000 € à 3 000 €
Assainissement collectif 2 000 € à 5 000 €
Assainissement autonome 5 000 € à 15 000 €
Électricité 500 € à 2 500 €
Voirie privée (au mètre linéaire) 150 € à 300 €
Total viabilisation lot 5 000 € à 25 000 €

Création de voirie

Si la division nécessite une voie d'accès nouvelle, le permis d'aménager est obligatoire. Cette voie peut être :

Privée : gérée par les copropriétaires des lots, avec servitude de passage.

Destinée au domaine public : rétrocédée à la commune après achèvement, selon conventions préalables.

La création de voirie augmente significativement le coût du projet (terrassement, enrobé, éclairage, signalisation).

Cas pratiques et exemples

Exemple 1 : Division simple d'un jardin

Situation : propriétaire d'une maison sur terrain de 1 200 m² en zone UB. Souhait de vendre 400 m² pour construction.

Vérification PLU :

Autorisation : Déclaration préalable (2 lots)

Budget :

Délai : 3 mois (instruction + recours)

Exemple 2 : Division en 4 lots avec voie

Situation : terrain agricole de 4 000 m² reclassé en zone AU. Projet de 4 lots de 800 m² avec voie d'accès commune.

Autorisation : Permis d'aménager obligatoire (3+ lots et voirie)

Études préalables :

Budget division :

Délai : 6 à 12 mois (études + instruction + travaux)

Exemple 3 : Détachement pour régularisation

Situation : terrain de 600 m² divisé de fait (clôture séparant deux jardins vendus séparément il y a 20 ans). Aucune autorisation à l'époque.

Régularisation : Déclaration préalable de division + document d'arpentage pour officialiser la situation cadastrale.

Budget :

Erreurs à éviter

Erreur 1 : Vendre sans autorisation préalable

Diviser et vendre un terrain sans DP ou permis d'aménager constitue une infraction. Le notaire peut refuser de passer l'acte, et l'acquéreur peut demander l'annulation de la vente. L'amende peut atteindre 15 000 € (article L480-4 du Code de l'urbanisme).

Erreur 2 : Ignorer la règle des 10 ans

Le nombre de lots s'apprécie sur une période de 10 ans. Si vous avez divisé votre terrain il y a 8 ans (2 lots), une nouvelle division (1 lot) porterait le total à 3 lots sur 10 ans, déclenchant l'obligation de permis d'aménager.

Erreur 3 : Sous-estimer les coûts de viabilisation

Un terrain "à viabiliser" peut nécessiter des investissements considérables. Avant d'acheter ou de vendre, obtenez des devis précis auprès des concessionnaires de réseaux.

Erreur 4 : Oublier les servitudes existantes

Une servitude de passage, de canalisation ou de vue peut grever l'un des lots et réduire son attractivité ou sa constructibilité. Le géomètre et le notaire doivent vérifier ces points.

Erreur 5 : Négliger le recours des tiers

Comme pour tout permis de construire, la division peut être contestée par les voisins pendant 2 mois. En secteur sensible, attendez la purge avant de signer une promesse de vente ferme.

Erreur 6 : Confondre division et lotissement

Une division simple (DP) n'est pas un lotissement. Le lotissement implique des équipements communs, un règlement de lotissement et des obligations spécifiques (garantie d'achèvement). Les règles du PLU peuvent différer selon le régime applicable.

Questions fréquentes

Combien coûte une division parcellaire ?

Le coût d'une division parcellaire simple (2 lots sans voirie) se situe entre 1 500 € et 3 000 €, incluant les honoraires du géomètre-expert (bornage et document d'arpentage) et les frais de dossier. Pour un lotissement avec création de voirie et viabilisation, le budget peut atteindre 50 000 € à 100 000 € selon le nombre de lots et la distance aux réseaux. La taxe d'aménagement s'ajoute si la division crée des droits à construire.

Division parcellaire : déclaration préalable ou permis d’aménager ?

La déclaration préalable suffit pour une division créant 1 ou 2 lots à bâtir, sans création de voie ni d'espaces communs, avec accès direct à la voie publique. Le permis d'aménager est obligatoire dès 3 lots sur 10 ans, ou si une voie nouvelle doit être créée, ou en secteur protégé (ABF, site classé). En cas de doute, le délai d'instruction du permis de construire ultérieur sera impacté si l'autorisation de division est insuffisante.

Faut-il un permis de construire en plus de la DP division ?

Oui, la DP division autorise uniquement la division foncière, pas la construction. Pour bâtir sur l'un des lots créés, il faut ensuite déposer une demande spécifique : déclaration préalable pour une construction de 5 à 20 m², permis de construire au-delà. Si la surface totale après construction dépasse 150 m², l'intervention d'un architecte est obligatoire.

Le PLU peut-il interdire la division de terrain ?

Oui, le PLU peut limiter ou interdire les divisions de plusieurs façons : surface minimale de terrain par lot (ex : 800 m² minimum), coefficient d'emprise au sol contraignant, règles d'implantation rendant le lot résiduel inconstructible, ou zonage explicitement hostile aux divisions (certaines zones pavillonnaires). En zone A ou N, la division en vue de construire est généralement impossible. Consultez le règlement de zone avant tout projet.

Comment établir le projet de division DP9 ?

Le DP9 est un plan sommaire des lieux montrant les terrains issus de la division. Il doit indiquer : le périmètre total du terrain d'origine, les limites des lots projetés avec leurs surfaces, les accès à la voie publique, l'emplacement des constructions existantes. Un logiciel de plan de masse peut aider, mais pour une précision juridique, le géomètre reste recommandé.

Quelle différence entre lotissement et division parcellaire ?

Le lotissement est une forme particulière de division impliquant la création d'équipements communs (voirie, espaces verts, réseaux partagés) et nécessitant un permis d'aménager. La division parcellaire simple ne crée pas d'équipements communs : chaque lot est autonome avec son accès propre. Le lotissement impose un règlement de lotissement et peut comporter un cahier des charges architectural. La division simple laisse plus de liberté à chaque acquéreur pour son projet de construction.

Conclusion

Diviser un terrain est une opération techniquement et juridiquement encadrée. Déclaration préalable pour les divisions simples (1-2 lots sans équipements), permis d'aménager pour les projets plus ambitieux : le choix de l'autorisation conditionne les délais, les coûts et les obligations.

Le géomètre-expert est votre interlocuteur principal. Son intervention garantit la validité juridique de la division et son opposabilité aux tiers. N'économisez pas sur cette prestation : une division mal réalisée peut générer des litiges de voisinage pendant des décennies.

Avant de vous lancer, vérifiez systématiquement :

Pour un projet de construction sur le lot créé, anticipez également les démarches ultérieures : les exemples de plans de masse vous montrent le niveau de détail attendu pour le permis de construire.


Sources : Code de l'urbanisme (articles L442-1 à L442-14, R421-23), Ordre des géomètres-experts, Service-public.fr